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Porto Rico: Déception, frustration et humour après la visite d'Obama

Le président américain Barack Obama était en visite ce 14 juin à Porto Rico, l'île des Caraïbes considérée comme membre du commonwealth américain ou seulement comme un territoire ou une colonie américaine depuis 1898. La visite d'Obama était la première visite officielle d'un président américain à Porto Rico depuis celle de Kennedy en 1961.

Obama est arrivé à 11.30 et est reparti à 15.30 même s'il avait été évoqué qu'il resterait une heure et demi de plus à San Juan, la capitale.

Obama, dont la visite était supposée commémorer le cinquantième anniversaire de la visite de Kennedy, a prononcé un discours de dix minutes dans lequel il a fait état, entre autres sujets, de son soutien au droit des Portoricains à l'auto-détermination, des sacrifices accomplis par les soldats et anciens combattants portoricains dans les guerres menées par les Etats-unis, du plat local portoricain “arroz con gandules” et de la victoire en finale du championnat américain de basket remportée par le basketteur d'origine portoricaine JJ Barea avec son équipe des Dallas Marvericks. Voir la vidéo officielle de son discours diffusée par la Maison Blanche :

Obama a rendu une courte visite au gouverneur Luis Fortuño [en anglais], membre du parti républican et partisan de la transformation de l'île en état américain, à La Fortaleza, le palais du gouverneur datant de l'époque coloniale. Obama en a également profité pour lever des fonds pour sa campagne (le ticket d'entrée pour l'un de ses meetings était de 35.000 dollars par personne, et Obama est supposé avoir recolté près d'un million de dollars) et pour partager un “medianoche” (un sandwich local) à Kasalta, une célèbre boulangerie-café-restaurant de San Juan, la capitale portoricaine, avec le sénateur démocrate partisan du maintien de Porto-Rico dans le système du commonwealth américain et avec Alejandro Garcia Padilla, candidat aux élections de gouverneur de 2012 et adversaire de Fortuño. Et voilà tout ! On se demande encore sur l'île à quoi a bien pu servir cette visite, au-delà de la collecte de fonds pour le candidat Obama.

Une marche rassemblant plusieurs milliers personnes a été organisée à San Juan pour protester [en espagnol] contre la politique d'Obama et réclamer la libération du prisonnier politique Oscar López Rivera [en anglais].

[Les liens suivants sont en espagnol Depuis l'annonce de sa visite, Obama et ses quatre heures de présence sont au centre des discussions à Porto-Rico. Sa visite-éclair a été largement couverte par les grands médias, qui ont diffusé l'événement en direct mais aussi réalisé des compte-rendus minute par minute, des reportages spéciaux et une couverture en direct . La visite d'Obama a également été couverte par Centro de Periodismo Investigativo et NotiCel, deux ONG locales. Et on pouvait suivre en ligne les commentaires, empreints d'humour, suscités par cette visite sur les mots-clés #obamapr et #obamaenpr.

Commentaire sur Twitter de Ezequiel Rodriguez (@eldifusor), le présentateur de l'émission musicale Frecuencias Alternas et membre de l'équipe qui réalise le podcast #EnProfundo :

@eldifusor: Garcia Padilla: “..SI, ¡te traje a Obama eh! eh!” #ObamaEnPR #CaptionThishttp://twitpic.com/5bkmiw

@eldifusor: Garcia Padilla : “Oui, j'ai fait venir Obama, éhé ! #ObamaEnPR#CaptionThis http://twitpic.com/5bkmiw

Plaisanterie de @detra83 sur le fameux “medianoche” :

@detra83: Hoy voy a almorzar un #medianoche en honor a #ObamaPR

@detra83: Aujourd'hui je vais me prendre un #medianoche au déjeuner en l'honneur du Président Obama

Benjamin Torres Gotay (@torresgotay), journaliste et éditeur à El Nuevo Dia, était, lui, plus critique :

@torresgotay: Discurso genérico, Mr. Presidente, where's the beef? #obamaenpr

@torresgotay: Message général, M. le Président, qu'est-ce que vous nous proposez de concret ?

Les blogueurs se sont aussi exprimés sur la visite d'Obama, sur ses implications et ses enjeux. Yarisa Colon Torres, poète et blogueuse, qui écrit pour Global Voices, a ainsi déclaré, en référence à la remarque d'Obama selon laquelle les Portoricains étaient aussi américains que l'”apple pie” et le “arroz con gandules” :

La visita del presidente de los Estados Unidos a Puerto Rico detuvo el curso de nuestros hechos, por los menos durante cuatro horas. “De nuevo estamos en el mapa” gritaban unos con orgullo. “Primero JJ Barea, ahora Obama. Qué honor, y todo en menos de una semana…Estamos pegaos…” gritaban otros. Pero a Enero tampoco le interesan los deportes ni los discursos en inglés, salpicados de español (algo así como ahora hacen en el hiphop); ni le sorprenden las comparaciones histéricas entre un apple pie y el arroz con gandules. Ahora resulta que uno y lo otro son igualmente americanos.

La visite du Président des Etats-Unis à Porto Rico a suspendu toutes nos activités, du moins pendant 4 heures. “Nous existons de nouveau”, s'est fièrement écrié quelqu'un. “D'abord JJ Barea, maintenant Obama. Quel honneur ! Et tout ça en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Ça n'arrête plus …”, s'écrièrent d'autres. Mais January [personnage de fiction] ne s'intéresse ni au sport ni aux discours en anglais saupoudrés d'espagnol (comme c'est la mode maintenant dans le hip-hop), pas plus qu'il n'est impressionné par des comparaisons oiseuses entre “apple pie” et “arroz con gandules”. Il se trouve que l'un et l'autre sont américains, au même titre.
Le blogueur Ed Morales [en anglais] a pour sa part noté qu'il y avait certaines questions qui n'avaient pas été évoquées :

En parlant des fréros des Tropiques, vous avez vu ce moment quand POTUS (le Président des Etats-Unis) a tombé la veste dans un hagard d'avions à San Juan alors qu'il faisait 32° ? Et puis qu'il s'est mis à imiter l'accent de tous les hommes politiques portoricains de premier plan ? Je présume qu'ils l'ont bien mérité, n'est-ce pas, en voulant la transformation de l'île en état américain.

Dans tous les résumés de cette visite qui nous sont proposés jusqu'ici par les grands médias de Miami, je n'ai vu nulle part évoqué le problème de la brutalité policière à l'université de Porto-Rico, ni le nom de Oscar Rivera López, ni la question du Gasoducto.

Dans Palabra Latente, c'est Angel Javier qui a laissé libre-cours à sa désillusion et à sa colère :

[…] ¿Tu padre no te ha visitado? 50 años. Sin pensar. Sin sentir. ¿Escuchó lo que has hablado? No. Hoy regresó. ¿Le reclamaste? No. En cambio, dócil. Sonrisas de suplica. Saliva de mediocres. Abofeteados por el protocolo. Disfrazados de asfalto. De pintura. De voces que callan amarguras. De silencio. De censura. El poder de la injusticia. De historia oscura. Reacciona. ¿Libertad? ¿Democracia? No me condenen la dictadura.  Aquí estamos encarcelados.

Ton père n'est pas venu te voir depuis longtemps ? 5o ans. Aucune pensée. Aucun sentiment. A-t-il jamais entendu ce que tu avais à dire ? Non. Mais aujourd'hui, il est revenu. T'es-tu plaint ? Non. Au contraire, la docilité. Tout sourire et plein de supplication. Salive inutile. Humilié par le protocole. Elément du décor. Une de ces voix qui n'osent pas s'exprimer. Silencieuses. Réduites au silence. La force de l'injustice, de l'histoire noire. Réagis. Liberté ? Démocratie ? Ne comdamne pas les dictatures. Ici aussi, nous sommes en prison.

Le journal satirique en ligne “El ñame” (“L'igname”) s'est régalé avec la viste d'Obama :

Tras la absolutamente decisiva visita de casi cuatro horas de duración realizada el pasado martes por el presidente Barack Obama, miles de estadistas de la Isla se mostraron sorprendidos esta mañana con el hecho de que el país no se ha convertido aún en estado. Fuentes revelaron que a pesar de la confusión tras esteno-resultado, los partidarios de esta fórmula de estatus mantienen la esperanza de que durante la tarde de hoy comience a caer nieve sobre Adjuntas, se hagan rubios los loiceños y que caiga un aguacero de mantengo sobre la nueva isla-estado.

Après la visite absolument décisive de près de quatre heures du Président Obama, mardi, des milliers de personnes favorables à la transformation de l'île en un état américain ont été surprises ce matin que Porto-Rico ne soit toujours pas devenu un état. Des sources ont indiqué qu'en dépit de ce non-résultat, les partisans de l'intégration de Porto-Rico à l'espace américain espèrent toujours qu'il neigera cette après-midi à Adjuntas, que les habitants de Loiza (une commune majoritairement noire) deviendront blonds et qu'une pluie d'avantages sociaux tombera sur la nouvelle île-état.

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