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Bangladesh : L'intérêt national et les gisements de gaz concédés à ConocoPhillips

Le Bangladesh possède de grande réserves de gaz naturel et des gisements de pétrole qui intéressent vivement de nombreuses compagnies énergétiques internationales. Un récent contrat de partage de production (PSC) signé entre le gouvernement du Bangladesh et le géant de l’énergie américain ConocoPhillips pour une exploration du gaz en haute mer a fait de nouveau débat dans le pays.

Le Bangladesh, qui a une forte population et des infrastructures insuffisantes, est lui-même un pays en fort besoin énergétique, c’est la raison pour laquelle certaines personnes sont opposées à l’exportation de ses ressources naturelles. Les militants du Comité national de Protection du Pétrole, du Gaz, des Ressources minérales, de l'électricité et des Ports (NCPOGMR) ont  essayé de susciter dans le pays une prise de conscience publique de ce problème.

Une militante de ce comité, Rahnuma Ahmed, écrit ceci :

Il y a une prise de conscience nationale croissante sur la question non seulement de la propriété des ressources naturelles mais aussi des conditions auxquelles les contrats de partage de production ont été signés avec les compagnies pétrolières internationales (IOCs);  les gens doutent de plus en plus du fait qu’exporter le gaz extrait puisse être la meilleure manière de résoudre la pénurie énergique du pays. De manière plus précise, ils prennent de plus en plus conscience de l’inconsistance du raisonnement du gouvernement quant à la nécessité de concéder des gisements de gaz aux compagnies internationales. Et plus largement, ils se demandent si la classe dirigeante du pays, quel que puisse être le parti politique au pouvoir, agit dans l’intérêt du pays et de sa population

Une manifestation organisée par le NCPOGMR pour s’opposer à l’accord sur le gaz offshore signé entre le gouvernement du Bangladesh et la firme américaine ConocoPhillips a eu lieu à Dhaka, au Bangladesh. Photo de Shuvra Kanti Das. Copyright Demotix. 14 juin 2011.

Le 16 juin, ConocoPhillips a signé un accord avec le gouvernement du  Bangladesh pour une exploitation du gaz et du pétrole sur une zone de 5158 km² à partir de deux concessions situés en haute mer dans la baie du Bengale. Deux jours avant la signature (soit le 14 juin 2011), la police a brutalement réprimé le rassemblement des membres du NCPOGMR, qui s’oppose à cet accord et dénonce non seulement la corruption mais aussi le fait que le gouvernement du Bangladesh n’obtiendra que 20% de ces explorations.

ShahidulNews raconte :

La police a bloqué le rassemblement près du secrétariat et a chargé  les manifestants avec des matraques alors qu’ils approchaient de la barricade. L’écrivaine et anthropologue Rahnuma Ahmed faisait partie des manifestants qui ont été blessés lors des affrontements

Rahnuma Ahmed blessée. Photo fournie par ShahidulNews

Molla Nasiruddin Hojja écrit [bengali]:

“আমি পত্রিকায় প্রকাশিত রেহনুমা আহমেদের ছবি দেখেছি, যিনি আসলে এক সময় জাহাঙ্গীর নগর বিশ্ববিদ্যালয়ের নৃবিজ্ঞনা বিভাগের শিক্ষিকা ছিলেন। তার মাথা দিয়ে রক্ত পড়ছে এবং মুখ রক্তে ভেসে গিয়েছে। কেন সরকার এমনটা করল। এটা ছিল একটা শান্তিপুর্ণ প্রতিবাদ এবং তারা তো অন্য রাজনৈতিক দলগূলোর মত নয়, বহুজাতিক কোম্পানী এবং সরকার মনে হচ্ছে রক্ত চায়। কিসের জন্য, তেল আর গ্যাসের জন্য, সত্যিকারের রক্তের দাম কয়লা, তেল আর গ্যাসের চেয়ে কম।“
“J’ai vu la photo de Rehnuma Ahmed, professeur d’anthropologie à l’université de Jahangirnagar. Le sang coule de sa tête et inonde son visage. Pourquoi le gouvernement a-t-il fait cela ? C’était une manifestation pacifique et, de plus, ces militants n’ont rien à voir avec ceux des autres partis politiques violents. Les compagnies multinationales et le gouvernement semblent vouloir répandre le sang. Et pourquoi ? Pour le pétrole et le gaz. Mais c’est vrai que le sang a moins de valeur que le charbon, le pétrole et le gaz”.

Le journaliste et blogueur Arafatul Islam écrit dans un billet intitulé “Rahnuma en sang, atteinte aux droits de lhomme” [bengali] :

তিনি কোন রাজনীতিবিদ নন৷ একটি স্বাধীন দেশের নাগরিক হিসেবে স্বাধীনভাবে নিজের মতামত প্রকাশের চেষ্টা করেছিলেন মাত্র৷ ইস্যু কনোকো ফিলিপসের সঙ্গে সরকারের বিতর্কিত চুক্তি৷ আপা মনে করেন, দেশের প্রাকৃতিক সম্পদ ভুলভাবে তুলে দেওয়া হচ্ছে বিদেশিদের হাতে৷ এজন্যই প্রতিবাদ৷ এমন প্রতিবাদীর উপর যখন কোন দেশের নিরাপত্তা বাহিনী নির্বিচারে হামলা চালায়, তখন মেনে নিতে হয়, সেই দেশে আসলে ‘গণতন্ত্রের প্রকৃত চর্চা’ নেই৷ সভ্য দেশের কোন গণতান্ত্রিক সরকার এভাবে মানুষের কণ্ঠস্বরকে চেপে ধরতে পারেনা৷

Rahnuma Ahmed n’est pas une militante politique. Elle voulait simplement exprimer ses opinions comme tout citoyen d’un pays indépendant. Le problème porte sur l’accord controversé qui a été signé  entre ConocoPhillips et le gouvernement du Bangladesh. Elle estime que les ressources naturelles du pays sont remises entre les mains  d’une firme étrangère sans réflexion préalable, d’où cette manifestation. Lorsque la police a réprimé celle-ci brutalement, il vous faut bien ensuite admettre qu’il n’y a pas en pratique de vraie démocratie dans le pays. Un gouvernement démocratique dans un pays civilisé ne peut faire taire les gens comme cela.

Il y a aussi d’autres avis sur la question.

Sultan Mohammed Zakaria qualifie ces manifestations de banqueroute de la politique de gauche au Bangladesh. Le blogueur expose ses raisons  :

[..] Des déclarations faites par le ministère concerné, par les hautes autorités et par les experts en énergie indépendants (c’est-à-dire non marxistes), nous en déduisons que le contrat est correct et qu’il satisfait aux normes internationales. Toutefois, les gauchistes ne cessent de spéculer et ils font état d'intentions qui n'existent même pas dans le contrat.

[..] Pour ce qui est de la question des royalties à propos desquels Anu Muhammad et son équipe prétendent que le Bangladesh n’en obtiendra que 20%, ceci a été démenti par le Secrétaire à l’énergie, qui a en fait dit que le Bangladesh obtiendra  45%  durant la phase de recouvrement des coûts  et que cette part s’accroîtra naturellement une fois les coûts recouvrés. Cependant, le Bangladesh n’obtiendra que 20% dans le cas précis où il refuserait d’acheter le gaz exploré et que Conoco devrait l’exporter pour rentrer dans ses frais, etc…

Le blogueur Dinmozur avait exposé dans un billet précédent les conditions du PSC (contrat de partage de production), en particulier celles où il est stipulé que le Bangladesh devra acheter le gaz au prix du marché et aux conditions de la compagnie exploitante. Comme des limites à cette exploitation n'ont pas été  fixées, le gaz sera exploité à son maximum et le Bangladesh ne pourra pas l'acheter pour couvrir ses besoins à un moment donné. La réserve peut être vite épuisée, avec un maximum de gaz exporté, ce qui rend incertain l’avenir énergétique du Bangladesh.

Voici ce que dit quelqu’un qui commente le billet de Dinmojur :

আমাদের দেশে এত গ্যাস সংকট থাকা সত্ত্বেও ৮০% গ্যাস রপ্তানি রাখার সুযোগ কে তীব্র নিন্দা জানাই।

Nous déplorons le fait que conformément au PSC (contrat de partage de production) et en dépit de la crise du gaz dans notre pays, 80% de la réserve de gaz puissent être exportés.

Rahnuma rappelle d'autres machinations, révélées par Wikileaks :

Le concert de voix que l’on entend et voit maintenant était remarquablement absent lorsque les câbles diplomatiques en provenance de l’ambassade américaine à Dhaka, diffusés sur WikiLeaks durant la nuit du 24 décembre, ont révélé que l’ambassadeur américain James Moriarty avait rencontré le conseiller à l’énergie du Premier Ministre bangladais, Tawfiq-e-Elahi Chowdhury, et avait cherché à obtenir l’assurance qu’il serait octroyé à la firme basée aux Etats-unis Conoco Phillips (parmi les sept soumissionnaires en présence) deux des blocs d'exploitation vacants dans la Baie du Bengale.

Les attaques n’ont pas amoindri le moral des militants et une nouvelle série de manifestations est prévue.

(Billet co-signé par Rezwan)

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