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Pays de Galles : Trydar y Cymry ! L'essor de la blogosphère galloise

L'expression “Trydar y Cymry” est un bon exemple de l'évolution de la langue galloise dans son utilisation en ligne. Elle peut désigner aussi bien les utilisateurs de Twitter gallois, que les tweets de ces derniers (le verbe “trydar” étant maintenant employé en relation avec le site de micro-blogging Twitter).

Global Voices a rencontré le blogueur et chercheur Rhodri ap Dyfrig (@Nwdls) pour discuter des blogs et des tweets en langue galloise, des défis rencontrés par les Gallois en ligne, et de comment ils se situent par rapport aux autres langues minoritaires.

Global Voices (GV) : Tout d'abord, pouvez-vous nous donner une estimation du nombre de pratiquants de la langue galloise ? Quel est son statut officiel ?

Rhodri ap Dyfrig (RD) : Selon le recensement britannique de 2001 [en anglais], 582 400 (soit 20,8% de la population du Pays de Galles) des personnes âgées de plus de trois ans savent parler le Gallois, tandis que 661 526 personnes (soit 23,6%) sont capables de le comprendre à l'oral. Bien que le Royaume-Uni n'ait pas de langue officielle définie par la loi, le gouvernement gallois a adopté une disposition en 2010 pour accorder un statut officiel à la langue galloise dans le Pays de Galles. Cependant, malgré cette officialisation et les aides de l'état, le gallois reste classé parmi les langues en péril [en anglais] dans l'Atlas des Langues du Monde de l'UNESCO. La plupart des pratiquants de la langue galloise sont bilingues puisqu'ils parlent également l'anglais, mais nombreux sont ceux qui sont plus à l'aise dans leur langue maternelle.

 

Rhodri ap Dyfrig (photo reproduced with permission)

Rhodri ap Dyfrig (photo publiée avec autorisation)

GV : Quelle est l'étendue de la blogosphère en langue galloise ? Tous ceux qui bloguent en gallois vivent-ils au Pays de Galles ?

RD : On dénombre de 200 à 300 blogs, même si certains d'entre eux ne sont pas forcément actifs. Le wiki gallois Hedyn a commencé à compiler une liste de blogs qui a atteint les 260, sachant que déjà 37 nouveaux blogs ont été créés en 2011. La plupart des blogueurs vivent au Pays de Galles, mais beaucoup d'entre eux sont également de la diaspora galloise ou des étudiants en langue galloise ailleurs dans le monde. Il y a ou a eu des blogs en gallois écrits depuis les États-Unis, l'Australie, l'Espagne, l'Argentine, le Japon, et la Chine. Il existe une petite colonie de langue galloise en Patagonie, en Argentine, qui compte 7000 pratiquants, mais une seule blogueuse écrit de là-bas. Originaire du Pays de Galles, elle enseigne le gallois dans une école primaire.

Y Blogiadur est le seul agrégateur de blogs gallois, qui repère tous les articles écrits en langue galloise. Quand la blogosphère galloise était plus réduite, les blogs se liaient tous entre eux, mais avec son expansion, il est aujourd'hui plus difficile de suivre tout ce qui est publié. Le nombre de nouveaux blogs en gallois augmente chaque année, même si beaucoup pensent que la population galloise pourrait et devrait plus s'investir dans le blogging. En Islande, où la population compte deux fois moins de pratiquants de leur langue qu'ici, il y a plus de 10 000 utilisateurs de Twitter [en islandais] ! Je pense que cela prouve que le soutien de l'état à la langue est important dans la standardisation de l'usage de celle-ci en ligne (et même hors ligne !)

GV : Quel genre de sujets sont abordés par les blogs en gallois ? Ont-ils un sentiment de combler un vide, en touchant ce qui est négligé par les médias traditionnels ?

RD : Les blogs gallois couvrent un grand nombre de sujets, à l'instar des blogs en d'autres langues, des technologies à la cuisine, en passant par la musique et aussi la vie personnelle. Il y a cependant une tendance nette aux blogs politiques. Selon moi, c'est dû à la faiblesse de la presse galloise (dans les deux langues), qui entraîne un manque de débat politique. Il est assez ironique de voir qu'au Pays de Galles, alors que le pays a obtenu plus de responsabilités dans sa gouvernance lors la création d'un gouvernement dévolu en 1999, avec des pouvoirs capables de changer le quotidien des Gallois, les médias semblent quand à eux s'être grandement détériorés. La pluralité de l'information télévisée a diminué, et la presse écrite souffre d'une baisse de la distribution. De ce vide sont apparus de nombreux blogueurs talentueux et investis, qui même s'ils commentent souvent sur des articles déjà parus dans la presse traditionnelle, enrichissent le domaine public en offrant des points de vue politiques variés.

GV : Quelle est la quantité de contenu gallois en ligne ? Quels sont les défis et opportunités à venir dans le développement gallois d'internet ?

RD : Il est difficile de juger l'étendue des contenus gallois en ligne. La recherche de contenu dans une langue spécifique n'en est pas encore au stade où l'on peut dire “Je veux trouver tout ce qui a été écrit sur Barack Obama en gallois” et voir apparaître une liste de pages en gallois sur Barack Obama. Arriver à trouver ce que l'on cherche dans la masse de contenus en ligne n'est pas un problème qui est limité aux langues minoritaires, mais il est plus difficile. L'ampleur du web en anglais est telle que les filtres et agrégateurs sont infinis et peuvent aider à trouver ce que l'on cherche. Ce n'est pas encore le cas en gallois. Il existe quelques agrégateurs, mais il reste encore beaucoup à découvrir pour les pratiquants du gallois, qui surfent sur internet selon les schémas (et langues qui créent ces schémas) mis en place par les moteurs de recherche.

Pendant l'ère analogique, les fournisseurs de média en langue galloise étaient des personnes très importantes dans un cercle limité, et leur public était attentif et fidèle. Maintenant que le paradigme de la rareté n'est plus, les contenus de langue galloise doivent se défendre tout seuls, ce qui n'est pas évident dans la compétition pour gagner un public.

J'ai effectué quelques recherches avec le Dr. Daniel Cunliffe [en anglais] de l'Université de Glamorgan à propos de l'utilisation de la langue galloise sur YouTube (recherche qui sera publiée prochainement dans un livre de Multilingual Matters), et l'une des principales conclusions était que YouTube ne facilite pas la recherche en d'autres langues que celles offertes par la plateforme. Des mutations [en anglais] dans la langue galloise rendent les recherches souvent inefficaces, et les recherches internes doivent se baser sur des associations de tags et de titres plutôt que sur une analyse linguistique. Les vidéos étant souvent décrites ou taguées de manière incomplète, elles sont encore plus difficiles à trouver. C'est pour cette raison que j'ai créé fideobobdydd.com [en gallois], qui permet de filtrer les meilleures vidéos en gallois disponibles en ligne. On peut vraiment trouver des choses formidables.

Rhodri présente (en gallois) son site fideobobdydd.com qui collecte les meilleures vidéos galloises.

GV : Le gallois est l'une des langues présentées sur Indigenous Tweets. Quel rapport voyez-vous entre les pratiquants du gallois et ceux d'autres langues minoritaires [en anglais] ? Trouvez-vous des ressemblances avec d'autres communautés de langage ?

Welsh 'Twitter dragon', based on the dragon that appears on the national flag. Image by Flickr user Foomandoonian (CC BY-NC-SA 2.0).

Le "dragon gallois de Twitter", inspiré par le dragon qui apparaît sur le drapeau national. Image de l'utilisateur de Flickr Foomandoonian (CC BY-NC-SA 2.0).

RD : Si l'on doit faire des comparaisons, je pense que la langue la plus proche du gallois d'un point de vue sociolinguistique et démographique est l'euskara, la langue basque. La population et le pourcentage de pratiquants sont similaires, ce qui fait que c'est souvent à eux que l'on se compare. Il est bien sûr important de voir la position des autres langues celtiques, mais leur situation est différente de la nôtre, aussi il est difficile de faire des comparaisons valables. Cela ne veut pas dire qu'on ne partage pas d'importantes leçons, et des festivals comme le Celtic Media Festival [en anglais] jouent un rôle considérable dans ce partage et cet apprentissage mutuel, même si je pense toujours que le festival devrait englober davantage les médias en ligne dans un contexte plus large. Il reste principalement un festival pour les présentateurs et diffuseurs des grands réseaux, et j'aimerais qu'il s'élargisse pour inclure des créateurs amateurs de vidéos sur internet.

Il y a eu des collaborations entre des médias en ligne de langues minoritaires, principalement avec les outils d'apprentissage de la langue développés par la BBC, qui incluent le gallois, le gaélique et l'irlandais, par exemple. Mais à un niveau amateur, cela semble plus dur à coordonner. Cependant, grâce à des contacts pris lors de mon précédent emploi, j'ai pu coopérer avec une société basque pour la création d'un logiciel prometteur.

GV : En ce qui concerne Twitter, combien d'utilisateurs tweetent en gallois ? Pouvez-vous nous en dire plus sur votre implication dans le projet Umap, que vous venez de mentionner ? Comment est-il connecté à vos recherches actuelles ?

RD : L'utilisation du gallois sur Twitter a vraiment décollé dans les derniers dix-huit mois. Je suis le créateur d’Umap Cymraeg, un agrégateur de tweets en langue galloise. Le site, originellement conçu pour la langue basque, et par la suite adapté pour le catalan et le gallois, vise à former une twittosphère de langue galloise. J'avais l'impression que les discussions galloises étaient perdues dans le flot des tweets en anglais. Des algorithmes de reconnaissance linguistique et des programmes astucieux ont pu me donner la chance de montrer la vraie nature du débat gallois, et peut-être même d'observer l'émergence de motifs intéressants. Le site filtre les tweets et calcule les sujets populaires, ainsi qu'un flux des “top news” créé en comptant les liens sortants les plus mentionnés. J'imagine qu'une des principales utilités est de trouver des pratiquants du gallois sur twitter. Aujourd'hui, le site suit plus de 2000 utilisateurs gallois, et offre une bannière de ceux qui sont les plus actifs. J'ai entendu dire que des producteurs de télévision gallois utilisent aussi le site pour suivre ce qui est dit sur leurs séries, et c'est une très bonne nouvelle.

Je consacre ma thèse aux médias participatifs en ligne et à la production de contenu en collaboration, en particulier dans des langues minoritaires comme le gallois. Je vais observer Umap et développer d'autres plateformes pour voir quelles sont les dynamiques qui dictent des phénomènes internet comme l'intelligence collective à grande échelle, mais qui doit se contenter d'une échelle plus réduite à cause du nombre limité de pratiquants de la langue. J'espère que les résultats pourront aider ma recherche, et montrer également à tous ceux que cela intéresse comment améliorer le niveau et la qualité de participation et collaboration en ligne dans des petites communautés de langage.

Quels que soient les résultats, Umap Cymraeg m'a déjà montré que la langue reste bien vivante en ligne, et ce de manière complètement naturelle. Bien que la plupart des sujets populaires touchent le Pays de Galles, la politique galloise, ou la langue, on voit quand même que la langue est utilisée pour discuter de tous les sujets de la vie quotidienne, dans une variété de registres et de dialectes. J'espère qu'Umap pourra montrer que le gallois est une langue vivante, qui ne montre aucun signe de faiblesse, et semble prête à rester sur le devant de la scène.

Rhodri va à partir de maintenant faire la revue des blogs en gallois pour Global Voices. À suivre !

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