Toutes les langues dans lesquelles nous traduisons les articles de Global Voices, pour rendre accessibles à tous les médias citoyens du monde entier

En savoir plus Lingua  »

Serbie : Fatigués de la politique et des tabloïds, les Serbes cherchent refuge dans les médias citoyens

En Serbie, les gens vous parleront souvent du manque de transparence, de la subjectivité triviale, de messages politiques mal camouflés dans les médias traditionnels que les citoyens avalent comme des “informations”- comme du manque généralisé de vrai journalisme de reportage et d'investigation. Les gens en parlent. Ensuite, ils retournent avec diligence aux épreuves et tribulations de la vie quotidienne dans les Balkans. Nous sommes “en terrain connu.”  Simplement, nous ne savons pas par où commencer pour y remédier.

Les blogueurs de Serbie semblent, cependant, à la recherche d'une solution. Plus que jamais, les billets des blogs sur l'état des médias et du journalisme semblent fleurir sur la blogosphère. Leur ton est plutôt sarcastique, condescendant, dépréciatif et même avec une irritation latente – et avec raison.

Parmi les premiers de ces billets de blogs, il y a ceux de Milko Grmusa de République serbe de Bosnie, qui écrit sur Thesis-antithesis-synthesis, un blog qui se propose de susciter les débats et les analyses sur de nombreux sujets. C'est ce qu'il semble avoir fait dans le billet suivant, intitulé Les médias et les journalistes de cette région sont impuissants et illettrés et c'est ainsi [en serbe] :

Nous faisons référence particulièrement aux médias de cette région. Ce qui comprend des portails web, des médias imprimés ou électroniques. En réalité, nous faisons allusion aux médias traditionnels (télévisions, imprimés et radios) soutenus [respectivement] par des portails web. Nous laissons de côté pour le moment Twitter, Facebook et autres réseaux sociaux, et les blogs, car nous voulons concentrer notre attention sur ceux qui font, (ou auraient dû faire) ce genre de travail de manière professionnelle. […]

Je suis tout à fait convaincu qu'une bonne partie du problème dans les communautés politiques régionales provient de l'absence de médias de qualité. Il n'y a pas de transmission adéquate des messages (politiques). Et lorsqu'il n'y a pas de véritable échange d'informations pertinentes, au moment le plus indiqué, il ne peut tout simplement pas y avoir de qualité dans le processus politique, économique ou dans tout autre domaine socialement significatif. Le manque absolu de professionnalisme et la mauvaise qualité des médias locaux ont provoqué la “rupture dans la connexion” entre les institutions sociales, rendant ainsi la société entière inefficace. Naturellement, les mauvais médias ne doivent pas être rendus responsables pour tout, mais ils sont pour beaucoup à blâmer, et bien plus.

Une des réponses en ligne au billet de Grmusa est venu d'un blogueur du nomde exxx de www.exxxperiment.net, sous le titre Révolution de la prise de  conscience [en serbe] :

Avant tout, les médias sont le rouage central dans le mécanisme du système politique qui gouverne. C'est le soutien principal, le bras droit, le pilier principal et le gardien du pouvoir. Les systèmes politiques et les administrations peuvent changer, mais les médias restent, toujours au service de ceux détiennent le pouvoir…

Je voudrais simplement ajouter [au billet de Milko Grmusa] et dire que l'objectif des médias n'est pas d'être des catalyseurs dans les processus de changement sociaux, mais plutôt de garder le contrôle sur les masses au bénéfice d'une plus longue survie sur le trône des administrations au pouvoir, c'est-à-dire de l'option politique …

Les catalyseurs dans ce sens peuvent être seulement les livres, les films, la musique et, j'oserai dire les blogs. Twitter et Facebook, en Afrique du nord se sont révélés être des outils très efficaces et effectifs dans le déclenchement des révolutions. Le but est d'invoquer une révolution dans la conscience des peuples.

@Mahlat, une blogueuse serbe et auteur plutôt connue pour ses opinions bien tranchées, non censurées et son franc-parler, s'est fendue d'une critique il y a quelques jours sur l'intrication du politique et du journalisme et la situation générale de ce dernier en Serbie. Elle s'adresse sans mâcher ses mots aux” journalistes” de Serbie  [en serbe ] sous le titre A genoux, je supplie les “journalistes” de la terre de Serbie, :

Comme [le Président serbe Boris Tadić] a déclaré que c'est la crise qui est à blâmer pour les licenciements et la folie générale dans le pays, qu'il nous disent où se trouve cette crise pour qu'on lui torde le cou…

Proclamons l'homme mentionné ci-dessus comme le plus grand fils de ce peuple et du patriotisme général de la nation serbe depuis que les premiers belo-serbes ont franchi les montagnes, ne tergiversons plus …

Et pendant que nous parlons de lui, informez-nous sur l'année qu'il a proclamée comme devant être historique en Serbie, celle de sa naissance, celle au cours de laquelle il a appris à marcher, ou bien qu'il est devenu empereur ou qu'il s'est regardé dans un miroir et découvert son expression faciale qui lui convenait le mieux, pour que nos âmes soient enfin en paix …

Informez-nous régulièrement sur l'exploration du lac Ada [Ada Ciganlija [un lac artificiel sur le Danube, très fréquenté en été à Belgrade], peut-être que les os de quelqu'un d'autre que ceux de [Draža Mihailović] s'y trouvent aussi. Ou qu'il se pourrait que ces premiers êtres humains n'aient pas eu comme origine l'Afrique, mais de quelqu'un part à côté…

Proposez que chaque école en Serbie porte le nom du [joueur de tennis Novak Djokovic] et qu'au lieu d'afficher l'effigie de [Saint Sava], on mette la photo du père de Novak sur les murs, il l'a procréé et la nation est, après tout, en devoir de reconnaissance envers lui…

Expliquez quels sont vos éditeurs lorsque vous alignez les inaugurations de lampadaires, la plantation de pétunias et si la Tour d'Avala a dépassé la hauteur du building de l'Empire State comme la nouvelle de la journée. Et si la Serbie sera proclamée le pays de la plus grande innovation dans la construction de ponts sur les fleuves, en tête dans la lutte contre la piraterie et un pays très respectueux des droits des animaux.

Expliquez-nous, ensuite, comment le fait que Pippa Middleton aille en topless constitue une nouvelle dans la Section culturelle.

Si c'est trop difficile pour vous, alors allez vous faire [***] !

Mahlat signe son billet effronté “Une citoyenne de Serbie humiliée.”

Pour être juste, reconnaissons qu'en Serbie les médias et les journalistes jouissent de beaucoup plus de liberté que ceux d'autres pays, où tout journaliste et même blogueur qui émet la moindre opinion contraire à celle du régime au pouvoir, peut subir des atrocités, des emprisonnements voire des sentences de mort. Et, revers de la médaille des opinions de blogueurs exprimées plus haut sur le journalisme, il y a les journalistes eux-mêmes : souvent, il leur manque les outils nécessaires ainsi que le financement pour mieux faire leur travail et, par conséquent, ils renoncent à faire leur travail correctement en se limitant aux gros titres qui pourraient faire vendre (il faut savoir que la Serbie a plus de tabloïds par habitant que tout autre pays dans le monde). Tout ceci ne constitue cependant pas une raison pour ignorer le manque évident de diversité dans l'information et les opinions dans les moyens de communication de masse locaux ou régionaux.

Il y a deux mois, la Journée internationale pour la liberté de la presse de l'UNESCO a été célébrée en Serbie. a ce moment, et plus récemment, lors d'une rencontre de la Fédération Européenne des Journalistes à Belgrade, des journalistes ont profité de l'occasion pour lancer un appel à l'opinion et aux autorités pour les protéger contre des éléments qui menacent leur position en Serbie. L’édition en ligne du quotidien serbe Blic a cité des propos du Président Tadic [en serbe] à ce sujet ainsi qu'en relation à de nombreux cas d'assassinat de journalistes serbes non encore élucidés  :

“Je comprends pleinement votre appel et vos pressions, mais comme pour le Tribunal de La Haye, c'est futile. Je comprends ceci comme ma mission et mon devoir et je suis confiant que les représentants du gouvernement qui sont responsables de ces problèmes le comprenent aussi”.

Le Centre de recherche serbe sur les médias a aussi publié un billet sur son site [en serbe] à propos des menaces sur les membres des médias en Serbie:

Les médias en Serbie non seulement se trouvent dans une mauvaise posture à cause de la crise économique, mais aussi à cause de la menace sur leurs droits que représentent les propriétaires [des médias] et l'état […]

Un autre compte-rendu de la rencontre de la Fédération européenne des journalistes se trouve sur le portail Nouvelles de Belgrade, intitulé Le manque de liberté des médias en Serbie [en serbe]. L'article raconte une histoire semblable :

L'état de la liberté des médias en Serbie n'est pas satisfaisant et la plupart de ceux qui y travaillent ont des salaires très bas et sont exposés à des pressions sous diverses formes de la part des centres formels et informels de pouvoir….

Naturellement, chaque histoire a deux versions et la vérité ne se trouve jamais d'un seul côté. La vérité, ironiquement, est ce que le vrai journalisme devrait rechercher. La seule vérité visible ici au citoyen lambda est: quelque chose ne va pas avec les médias serbes. Des deux côtés ! En outre, le fait que la liberté de la presse et d'expression soient moins observées ici que dans certains pays ou encore moins établies et sûres que dans d'autres n'est pas d'une grande utilité. En effet, la place du milieu est la plus difficile à tenir.

Comme blogueur, l'auteur de Global Voices pourrait être ici quelque peu partial dans ce domaine ; mais il semble qu'il existe une solution alternative dans ce cas – les médias citoyens. Ou bien les blogueurs, si vous préférez. En plus d'exprimer activement et régulièrement leurs opinions en ligne, les blogueurs de Serbie ont ouvert d'autres voies pour s'adresser aux responsables de quelques institutions.

A peine hier, un des blogueurs les plus populaires de Serbie, affectueusement connu comme Deda Bor (Papi Bor), a organisé un Tweetup, débat entre utilisateurs de Twitter, des blogueurs et autres internautes dans le but non seulement de donner l'opportunité aux membres de la communauté de se connaître, mais aussi pour promouvoir les blogs comme outils significatifs de communication. Quelques fonctionnaires du gouvernement et des dirigeants de grandes corporations serbes étaient présents et l'événement a été couvert par au moins un des quotidiens d'aujourd'hui.

“Twitterers à Usce”, photo de Irena Posin (@iposin), utilisée avec permission

Ivan Minic, fondateur et animateur d'un des forums en ligne les plus populaires de Serbie, Burek, qui rassemble 1,2 million d'utilisateurs enregistrés, a participé à l'événement et avait ceci à dire à propos de Global Voices:

C'est étonnant de voir tant de personnes provenant d'horizons sociaux différents se rassembler autour d'une idée […]. Les voir participer avec tant de passion online et offline provoque une sensation agréable  pour tous ceux d'entre nous qui avons passé la plupart de notre vie à essayer d'aider les gens à se connecter afin de faire d'Internet un bon outil de communication. Du néant absolu, nous avons réussi en peu d'années à gagner sur les médias traditionnels – auxquels nous appartenons.

La section commentaires est fermée

Je m'abonne à la lettre d'information de Global Voices en Français
* = required field
Non merci, je veux accéder au site