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Bolivie : Une nouvelle route menace le territoire indigène d'Isiboro Sécure

 

Ce billet fait partie de notre dossier sur les  peuples indigènes.

«Que ça vous plaise ou non, nous allons construire cette route» [en espagnol], a annoncé le président bolivien Evo Morales lors d'un discours prononcé le 30 juin dans la ville de Sacaba, en référence à un projet controversé de route à travers le Territoire Indigène et Parc National d'Isiboro Sécure (TIPNIS). Les plans et les préparatifs de la construction de la deuxième section de cette route nationale fait l'objet de critiques intenses de la part de groupes indigènes car elles affecteraient leurs terres. Le projet remet en question l'engagement de Morales en matière de droit des communautés indigènes autonomes et de protection de l'environnement, deux thèmes que le premier président indigène de la Bolivie a déclarer placer au cœur des préoccupations de son administration.

Carte du territoire TIPNIS

Des plans de construction controversés

Ayant obtenu un prêt de 332 millions de dollars du voisin brésilien, Morales a ratifié un décret autorisant la construction d'une route reliant la ville de Villa Tunari à San Ignacio de Moxos dans le département de Beni. Le territoire n'est pas seulement protégé en tant que réserve naturelle abritant une grande biodiversité, mais aussi comme foyer d'une partie des communautés indigènes Moxo [en anglais], Yuracaré et Chimane. Isiboro Sécure a été proclamé parc national en 1965, puis territoire indigène en 1990.

Lors de la 29ème Rencontre des Membres du Conseil de TIPNIS [en espagnol], les participants ont rédigé un communiqué exposant leur position sur le projet. Leur résolution a été publiée [en espagnol ] sur le blog Defendamos el TIPNIS [en espagnol] (Défendons TIPNIS) et précise que les habitants «refusent définitivement et sans concession la construction d'une route entre Villa Tunari et San Ignacio de Moxos ou tout tronçon de route qui porterait atteinte à [leur] territoire». Elle ajoute :

La decisión de la construcción de la carretera se ha tomado sin seguir los procedimientos técnicos y legales, sin un estudio de impacto ambiental previo, sin aplicar el derecho a consulta de los pueblos indígenas dentro del TIPNIS, transgrediendo la misma Constitución Política del Estado Plurinacional (CPEP) recientemente aprobada en sus artículos 30 y 343, además de transgredir las leyes que preservan el medio ambiente.

La décision de construire cette route a été prise sans respecter les procédures techniques et légales en vigueur, sans étude d'impact environnemental, sans appliquer le droit de consultation des communautés indigènes du TIPNIS, transgressant en ses articles 30 et 343 la Constitution Politique de l’État Plurinational (CPEP) récemment adoptée, ainsi que les lois de préservation de l'environnement.

Un comportement déroutant

L'absence de consultation des groupes indigènes dont les terres et les moyens de subsistance seraient directement affectés est surprenante pour ceux qui ont eu l'habitude de voir le président Morales présenter les droits et intérêts des communautés indigènes comme la priorité absolue de son gouvernement. Le blogueur Pablo Andrés Rivero a écrit plusieurs billets sur ce sujet et évoque le concept d'«autonomie indigène», renforcé dans la nouvelle Constitution approuvée en 2009 [en]. Rivero écrit :

Within this context, one of the major changes constitutionally introduced is the Indigenous Autonomy, a particular figure of self ruling and decision making criteria for indigenous peoples to decide, directly and in full capacity, over the natural resources and ways of development according to their traditions, history and own decisions in the regions where they live for centuries. […] The government, is worth remember, is not ruled by white-mestizo elites any more. Instead is Evo Morales, a indigenous himself, who came to power claiming to bestow indigenous dignity back once and for all, claiming to make sure we all live in balance with nature and respecting peoples decisions or, as he discursively put it “governs by obeying the people”.

Dans ce contexte, l'une des principales nouveautés introduite par la constitution est l'Autonomie indigène, un concept qui regroupe des critères d'autogestion permettant aux peuples indigènes de décider, directement et sans entraves, sur les questions liées aux ressources naturelles et au développement des régions qu'ils habitent depuis des siècles, et ce dans le respect de leurs traditions et de leur histoire. […] Il convient de se rappeler que le gouvernement n'est plus dirigé par des élites blanches et métisses. A sa tête se trouve maintenant Evo Morales, lui-même indigène, arrivé au pouvoir en prétendant rendre leur dignité aux indigènes une bonne fois pour toutes, déclarant faire en sorte que nous vivions tous en harmonie avec la nature et affirmant respecter les décisions du peuple ou, comme il le dit lui même, «gouverner en obéissant au peuple».

De plus, la détermination de Morales à construire cette route en dépit des protestations contredit sa position sur la scène internationale en tant que défenseur de l'environnement. Aux Nations Unies, Morales a soutenu des résolutions [en anglais] en faveur d'«une approche holistique de la relation à la nature, et du partage des expériences entre nations en matière de critères et d'indicateurs d'un développement durable en harmonie avec la nature». Et son soutien total à la World People’s Conference on Climate Change and the Rights of Mother Earth (Conférence Mondiale des Peuples sur le Changement Climatique et les Droits de la Terre Mère) [en], qui s'est tenue début 2010, n'est pas moins déroutant pour ceux qui perçoivent ses actions comme incompatibles avec ses positions sur la scène internationale en matière de protection de l'environnement. Rivero ajoute :

Morales has travelled the world arguing -and glorying- Bolivia's decision of living in balance with the Pachamama, publicising his ‘Mother Earth’ Bill and demanding effective actions -and economic compensation for poor countries- against climate change from industrialised countries.

Morales a sillonné le monde pour promouvoir – et glorifier – la décision de la Bolivie de vivre en harmonie avec la Pachamama, vantant son projet de loi “Terre mère”, et exigeant de la part des pays industrialisés des actions efficaces contre le changement climatique, ainsi que des compensations financières pour les pays pauvres.

"La forêt est la vie, la route est la mort" – Dessin au pochoir vu dans les rues de Cochabamba. Photo de Patricia Vargas utilisée avec son autorisation

Le gouvernement justifie le projet par l'isolement des communautés, affirmant que la route favoriserait le développement et «accroîtrait la présence de l’État», offrant un meilleur accès aux soins, à l'éducation et aux commerces. Cependant, la route serait aussi synonyme de meilleur accès pour des activités illégales qui nuiraient encore davantage à l'environnement et menaceraient les modes de vie des communautés indigènes. Des études montrent que la route pourrait entraîner la déforestation de 65% du territoire au cours des 20 prochaines années [en espagnol] en raison de l'abattage illégal et du défrichage, déjà problématique dans beaucoup de ces territoires.

D'autres critiques prévoient une augmentation des activités liées au trafic de drogue suite à l'expansion des plantations illégales de coca par les colons dans la région. L'ancien Vice-Ministre du Territoire du gouvernement de Morales, Alejando Almaráz, affirme que la route crée de nouvelles opportunités [en espagnol] pour «l'appropriation massive de terres et le commerce incontrôlé de la coca [aux conséquences] dévastatrices pour les communautés indigènes et pour la nature, car ces plantations de coca sont établies au détriment de la forêt».

Et c'est là que l'attention portée par Morales aux habitants du sud de TIPNIS devient un conflit d'intérêts. Beaucoup de ces colons sont «déjà familiers des transactions foncières avec les cultivateurs de coca» [en espagnol], rappelle Xavier Albo, un anthropologue renommé. Morales a fait ses armes en politique au cours de ses activités syndicales auprès des cultivateurs de coca – il a d'ailleurs conservé le poste de Président des six fédérations de producteurs de coca.

Le gouvernement bolivien prétend que les communautés indigènes sont influencées par des ONG européennes [en espagnol] qui les incitent à réclamer de l'argent. Cependant, (@hormigoazul) estime que l'opposition au projet ne relève pas d'une manœuvre politique :

El problema del #TIPNIS no es esencialismo ecologista, ni protección de ni intervencionismo tipo ONG, ni jugada política de la oposición.

Le problème du #TIPNIS n'est pas l'essentialisme écologique, ni l'interventionnisme des ONG, ni une action politique de l'opposition.

La résistance des groupes indigènes est une cause défendue par beaucoup de citadins, rappelle Majo Ferrel (@lamajoferrel) :

El proyecto carreterro V.Tunari a S.I.Moxos no solamente es cuestionado por los del TIPNIS tb por gran parte de la sociedad civil !!!

Le projet de route entre Villa Tuanari et San Ignacio de Moxos n'est pas remis en cause que par ceux du TIPNIS, mais aussi par une grande partie de la société civile !!!

Dans le cadre de cette opposition, la Confédération des Peuples Indigènes de Bolivie (CIDOB) organise une marche nationale qui partira le 2 août de Villa Tunari pour le siège du gouvernement à La Paz. Ils ont reçu le soutien du Conseil national d'Ayllus et markas du Qullasuyu (CONAMAQ) [en espagnol].

Cet article fait partie de notre dossier consacré aux peuples indigènes.

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