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Chili: chez Starbucks, des baristas font la grève de la faim pour une rémunération plus juste

Le café est un produit de grande consommation, exporté par de nombreux pays d'Amérique Latine. Les consommateurs ont beau être conscients de la disparité entre le prix de leur café et ce que les producteurs de café de contrées lointaines gagnent, ils ne se rendent peut-être pas compte que ce qu'ils paient est au delà du taux horaire que touche leur barista [en français], comme le déclarent les employés chiliens de Starbucks, en pleine grève de la faim [en anglais]:

Starbucks en grève de la faim from Fundación Sol on Vimeo.

Starbucks en grève de la faim from Fundación Sol on Vimeo.

Grève de la faim

La grève de la faim, qui a pour but d'obtenir de meilleures conditions de travail [en anglais], a été lancée au Chili par trois employés de Starbucks et a entamé son 11ème jour ; Starbucks [en français] refuse de négocier, prétextant appliquer “la politique de la compagnie”, selon les derniers tweets de la Fundación Sol (@lafundacionsol) [en espagnol]:

@lafundacionsol: 11días de #huelgadehambre y Starbucks le dice a sus “partners” @Sindicatosbux q x polít corporativa no pueden dar benef en una Neg Colectiva

@lafundacionsol: 11 jours de #grève de la faim et Starbucks explique à ses “partenaires” @sindicatosbux que, du fait de politiques internes, la société ne peut pas accorder aucun avantage par le biais de négociations collectives.

Les trois employés en grève de la faim sont membres du syndicat des employés de Starbucks au Chili, qui, sur son compte Twitter @Sindicatosbux [en espagnol], a fait le récit de leur 30 jours de grève, suivis par cette grève de la faim. Comme Andrés Giordano, le président du syndicat, l'explique dans cette interview filmée [en espagnol], leur grève de la faim est leur dernier recours après le rejet de toutes les autres tentatives pour trouver un accord avec Starbucks :

A travers leur blog [en espagnol], lancé en 2009, ils ont activement publié des informations sur leur syndicat et sur leurs efforts à travailler avec Starbucks pour arriver à une solution qui profiterait aux deux parties. Par exemple, Starbucks était censé fournir des moyens de transport à ses employés qui fermaient les magasins après 10h ou 11h du soir et qui résidaient dans des zones éloignées ou considérées comme dangereuses, comme en atteste cet article de décembre 2009 [en espagnol]. Quoiqu'il en soit, de nombreux endroits ne bénéficiaient pas de ce système, ou bien, suite à des problèmes de trajets, les “partenaires” arrivaient chez eux à 2 heures du matin.

En novembre 2010, les salariés de Starbucks au Chili ont écrit une lettre [en espagnol] à leurs visiteurs internationaux, y expliquant certains des comportements les plus offensifs que la compagnie avait à l'égard de ses employés. Bien que Starbucks utilisât l'argument de la crise économique, pour les baristas, il n'était pas logique de voir qu'ils perdaient certains de leurs avantages, que leurs salaires stagnaient et que la soirée annuelle des employés était supprimée alors que la hiérarchie maintenait son séjour dans le sud du Chili, avec au programme promenade à cheval et sources d'eau chaude.

Dans ce courrier [en espagnol], ils ont écrit:

No es posible que un americano alto preparado en 3 minutos valga más que la hora de un barista.

Il n'est pas envisageable que le coût d'un grand café au lait préparé en 3 minutes représente plus que ce que gagne un barista en une heure .

Dans la vidéo qui suit, The Timber Beast [en anglais] reprend, accompagné de sa guitare devant un Starbucks dans l'Ontario au Canada, la chanson de Joe Feinberg, ‘What Shall We Do With the Starbucks Bosses?’ (Que devrions nous faire des patrons de Starbucks?), en soutien aux travailleurs de Starbucks au Chili.

Le Wall Street Journal [en anglais] rapporte que les baristas qui travaillent aux États-Unis soutiennent également [en anglais] la grève de leurs partenaires chiliens. Dans l'article, le porte-parole de Starbucks, Jim Olson, invoque le fait que le salaire des baristas chiliens est 30% supérieur au revenu moyen d'un travailleur de l'industrie, et fait référence à certaines des 24 revendications originelles établies puis abandonnées par le syndicat, sans mentionner les 4 qui ont été maintenues.

Le site internet Industrial Workers of the World [en anglais] fait la lumière sur plusieurs de ces requêtes :

Leur revendication première concerne l'augmentation des salaires. Actuellement, un barista au Chili gagne 2,50 dollars de l'heure, tandis que les tarifs des boissons sont les mêmes qu'aux États-Unis ; ce salaire n'a pas bougé depuis 8 ans. Les baristas demandent également à avoir une pause déjeuner comprise dans leur temps de travail, comme c'est le cas pour les managers.

En plus de tout cela, les salariés demandent à ce que soit pris en charge le transport des baristas qui travaillent loin de chez eux et de ceux qui vivent dans des quartiers dangereux et ne savent pas comment rentrer après 22 heures. Ils demandent également à Strabucks de fournir leurs uniformes, dont le port est obligatoire.

Est-ce illégal?

Café Starbucks. Image par l'utilisareur Flickr MissTurner (CC BY 2.0).

Café Starbucks. Image par l'utilisareur Flickr MissTurner (CC BY 2.0).

Tout cela ne fait pas le bonheur des employés, mais la question est: est-ce illégal? Dans ce podcast d'interview menée par El Quinto Poder de Marco Kremerman [en espagnol], un chercheur de la Fundacion Sol, on comprend comment des sociétés comme Starbucks profitent de certains vides juridiques au Chili, comme la possibilité d'embaucher pour remplacer les grévistes, ce qui rend la grève ineffective.

Selon le site nacion.c [en espagnol], le syndicat des travailleurs de Starbucks dénoncera la compagnie auprès de l'O.I.T. (Organisation Internationale du Travail) pour sa politique anti-syndicaliste. Comme l'a dit Giordano:

Starbucks Coffee está vulnerando nuestra legislación laboral por sus reiterativas prácticas que buscan desarticular nuestra organización sindical y el proceso de negociación colectiva.

Les cafés Starbucks, par leurs pratiques récidivistes, violent nos lois du travail en cherchant à démanteler notre organisation syndicale et à briser le processus de négociation collective.

Le café [en anglais] est une des denrées les plus utilisées au monde, et c'est majoritairement dans les pays en voie de développement qu'il est produit. C'est, de loin, dans les pays développés qu'on en consomme le plus, là où les gens paient en moyenne 3 dollars pour un café dans des chaînes comme Starbucks. Mais quand Starbucks s'implante dans les pays producteurs de café et maintient ses prix, c'est là que la différence est flagrante.

En 2003, quand Starbucks à ouvert à Lima, au Pérou, voilà ce que Hannah Hennessy, journaliste pour la BBC [en anglais], a écrit sur le sujet:

Ils y a des gens ici qui ont les moyens de payer les deux tiers du salaire minimum journalier pour s'offrir une tasse de café, mais même eux savent que c'est un luxe réservé à une poignée de privilégiés.

Et sept ans plus tard, la situation n'a pas vraiment évolué: bien que Starbucks vende du café issu du commerce équitable, certains critiques qui officient sur GreenLiving [en anglais], un blog hébergé par le magazine britannique The Guardian, pensent que ce n'est pas suffisant et que sa politique anti-syndicaliste affecte son comportement éthique.

Ce n'est pourtant en aucune manière un problème limité à Starbucks: l'industrie du café en général a été critiquée pour sa politique d'exploitation. Des films comme Black Gold [en anglais], qui mettent l'accent sur l'écart entre les gagnants et les perdants dans l'industrie du café, particulièrement en Éthiopie, se sont confrontés à un mur de silence de la part des principales sociétés de production de café, comme ils l'expliquent sur leur FAQ [en anglais]:

Nous voulions intégrer des interviews avec les principales multinationales du café : Kraft, Nestlé, Proctor & Gamble et Starbucks. Mais ils ont tous décliné l'invitation, ce qui en dit long sur la transparence de cette industrie.

Dans le cas de Starbucks, nous avons passé plus de six mois à essayer d'obtenir une interview par le biais de leur agence des relations publiques et leur QG à Seattle. Ils ont refusé toutes nos propositions et ont publiquement discrédité le film quand ce dernier est sorti.

Jusqu'ici, Starbucks ne s'est pas prononcé sur la grève au Chili et son site internet local [en espagnol] n'en fait pas mention. Maintenant que la grève fait parler d'elle sur le plan mondial, peut-être que Starbucks sera forcé de répondre aux questions comme celle que @micronauta [en espagnol] pose sur Twitter:

Si los precios q cobra Starbucks en Chile por sus productos son similares a los de EEUU ¿por qué los sueldos son más bajos?

Si les prix que Starbucks pratique au Chili sont les mêmes qu'aux États-Unis, pourquoi les salaires sont-ils plus bas ?

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