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Moyen Orient : Controverse autour d'un mot clé jugé raciste sur Twitter

Depuis quelques jours, plus de 250 000 personnes manifestent dans les rues de Tel Aviv et d'ailleurs pour protester contre le coût de plus en plus élevé des logements et des produits alimentaires en Israël. Les manifestations s'inspirent beaucoup de celles du Printemps arabe. Les manifestants portaient des banderoles sur lesquelles on pouvait lire : “Dégage ! Ici c'est l'Egypte”, à la fois en arabe et en hébreu. Ils ont même repris le célèbre chant utilisé dans les pays arabes au printemps dernier, en gardant une partie du chant en arabe et en ajoutant quelques mots d'hébreu : “Al-Shaab yurid Tzedek Chevrati” (“Le peuple réclame la justice sociale).

 

A Banner in Arabic in Israel
Appel à la démission : En Tunisie, le mot d'ordre était en français (Dégage) et en arabe en Egypte (Erhal) avant d'être repris tel quel par les Israéliens sur leurs banderoles. Photo de Elizabeth Tsurkov (@Elizrael)
Tel Aviv, Israel – 7 August 2011

Les Egyptiens suivent ces manifestations sur Twitter et ont créé un mot clé qui fait des analogies empreintes d'humour [en arabe] entre les événements de la révolution égyptienne  et d'autres événements similaires mais fictifs où apparaissent des personnages de théâtre portant les noms des autorités israéliennes. Mais le mot clé #ThawretWeladElKalb, qui signifie littéralement “La révolution des fils de chien”, suscite la controverse des deux côtés de la frontière.

C'est la twittenaute israélienne Elisabeth Tsurkow qui a remarqué ce mot clé et s'en est dite déçue :

@Elizrael : Triste. Reviens de la manif pour tweeter mais trouve des Arabes parlant du #j14 sur le mot clé antisémite #ThawretWeladElKalb

Puis, d'ajouter :

@Elizrael : Pendant que nous chantions pour l'égalité et la fin de l'occupation, les Arabes sur Twitter qualifiaient le #j14 de “révolution de fils de chien”. Malade.

Le sujet divise les internautes de l'autre côté de la frontière. Certains défendent le mot clé mais d'autres le trouvent déplacé.

La twittenaute palestinienne Abla Awadallah a invité les internautes à bien comprendre les ressorts historiques de cette affaire avant de dénoncer le mot clé, tandis que Nabil Kabalan a raillé ceux qui pour lui ne sont que des gens qui manifestent dans un pays qui n'est pas le leur :

@cold0shoulder : Scoop israélien : Manifestations dans un pays occupé !

Comr4da – qui est d'accord avec Ramy Zreik [en arabe] que de telles manifestations ne peuvent conduire qu'à la construction de nouvelles colonies dans les territoires occupés – a lancé cet avertissement :

@Comr4de: الى المعاتيه اللى بيأيدوا مظاهرات الصهاينه.الحل الوحيد لمشكلة السكن اللى هى سبب التظاهر هو سرقه أرض جديده لبناء مستوطنات

@Comr4de : A tous ces fous qui soutiennent les manifestations sionistes, la seule solution à leur problème de logement, qui est la cause des manifestations, est d'occuper encore plus de terres pour construire des colonies.

Le caricaturiste brésilien Latuff a lancé cet appel :

@CarlosLatuff : Egyptiens, ne vous laissez pas berner. Les manifestations en Israel ont plus avoir avec le coût de la vie pour la classe moyenne [israélienne] qu'avec l'occupation.

Depuis la Tunisie, Marwan-el-Tounisi a fait savoir :

@Marwouantounsi : Je suis tunisien et je soutiens ce mot clé #ThawretWeladElKalb à 10000%. Mort aux sionistes.

Mais d'autres internautes désapprouvent le mot clé. Sara Abdelazim estime qu’il ne faut pas faire de généralisation, avant d'ajouter :

@Lujee : Pendant des années les gens se sont plaint que les Israéliens ne manifestaient pas contre leur gouvernement, et maintenant qu'ils le font, on les insulte ?

La différence entre juif, Israélien et sioniste dans la langue arabe parlée au quotidien n'est pas toujours claire. Et Nadar Iskandar – qui pense que le mot clé est raciste – estime que l'on devrait être attentif aux nuances de sens entre  tous ces mots. Essam El-Zamil a lui aussi décidé d'arrêter d'utiliser le mot clé puisque certains des manifestants sont arabes. Ahmed Saker et Amr Em Gohary trouvent respectivement le mot clé infantile et non-constructif.

En dépit de la haine inculquée par le système éducatif des deux côtés de la frontière, la blogueuse kowétienne Mona Kareem a fait savoir sur son blog qu'elle était contre ce mot clé :

Je n'éprouve aucune haine pour les Israéliens (même si à l'école, dans les pays arabes, on vous apprend à haïr systématiquement les juifs et à vous sentir supérieur aux autres de manière générale) mais je m'oppose et désapprouve absolument les crimes perpétrés par l'Etat d'Israel, de la même manière que je déteste les dictatures en place dans les pays arabes (sachant que le gouvernement israélien est bien plus clément avec ses citoyens que ne le sont nos tout puissants régimes policiers). Et je déteste tout autant les Arabes qui vont commettre des attentats suicides dans les boîtes de nuit ou dans les bus scolaires. Je crois que rien ne justifie qu'on puisse tuer un être humain, quels que soient l'idéologie, l'identité ou la religion de la victime ou de celui qui commet ces actes.

Mona a ensuite expliqué pourquoi pour elle les manifestations pacifiques du Printemps arabe ne devraient pas s'arrêter là :

Les Arabes ne peuvent pas abandonner la voie pacifique qu'ils ont choisie dès que cela concerne leur “ennemi traditionnel”, Israël. Les révolutionnaires arabes devraient se montrer plus responsables et cohérents, et comprendre le message de Ghandi : “œil pour œil et le monde finira aveugle”. Ils devraient ranger au placard ce long héritage fait de récits épiques et héroïques de vengeance. Les Arabes devraient également comprendre que leurs révolutions n'auront de sens que s'ils croient vraiment qu'elles ne sont pas seulement dirigées contre leurs gouvernements mais qu'elles visent aussi à rebâtir leurs cultures et à éliminer toute forme de discrimination simplement parce que jamais rien ne justifie la discrimination et que la violence verbale ne grandit personne. Les Arabes ne peuvent considérer que tout Israélien est un criminel, pas plus qu'ils ne peuvent ignorer, comble d'ironie, que ceux qui manifestent en Israël viennent d'horizons différents et qu'il y a parmi eux des activistes qui s'opposent à l'occupation et des Israéliens arabes.

Un autre blogueur israélien, The Elder of Ziyon (Le Sage de Sion)a fait savoir que la comparaison entre juif et chien remontait loin dans l'histoire :

Le mot clé est #ThawretWeladElKalb, ce qui signifie “La révolution des fils de chien”. Naturellement, comparer les Juifs aux chiens est une vieille tradition arabe.

De fait, traiter quelqu'un de chien est une des plus anciennes formes d'insulte en Egypte. Elle est tellement répandue que c'est l'une des rares insultes non censurée au cinéma. Il y a eu un débat récemment en Egypte pour savoir si on devait accorder la priorité aux réformes politiques ou au respect des droits des personnes démunies. Et un blogueur égyptien a publié un billet intitulé “Les pauvres d'abord, fils de chien” [en arabe] dans lequel il s'en prenait à ceux qui font passer les réformes politiques et institutionnelles avant la justice sociale. Ce billet est devenu si populaire que les gens mentionnaient son titre dans les discussions en ligne ou en dehors.

Au final, Ahmed Kamal propose un autre mot clé :

@ahmed_virgine: Thawret Welad El3am ,,,hom mesh bany admen zayena ….wallahe alsho3oa 3'albana al7okam homa wlad elkalb.

@ahmed_virgine : La révolution des cousins … n'est-ce pas des êtres humains comme nous … franchement, les mecs … ce sont les dirigeants seulement qui sont des fils de chien.

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