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Australie : La Malaisie n'est pas la solution au problème des boat people

[Liens en anglais, sauf mention contraire] La tentative du gouvernement australien de se montrer intransigeant à l'égard des passeurs de clandestins et des demandeurs d'asile arrivant par bateau s'est heurtée à un problème majeur. En décembre 2010, environ 50 demandeurs d'asile se sont noyés au large de l‘île Christmas [en français] après que leur bateau se soit brisé contre les rochers. Une contestation judiciaire retarde actuellement un échange des rescapés avec la Malaisie.

L'article Malaysia deal in disarray (Confusion autour de l'accord avec la Malaisie) écrit par Amber Jamieson résume les derniers évènements sur le site d'informations en ligne Crickey :

La contestation de la décision, menée par Maître David Manne au nom de 42 demandeurs d'asile récemment arrivés (parmi lesquels six mineurs non accompagnés), remet en question cette mesure du point de vue du respect des droits de l'homme et s'interroge sur la protection que la Malaisie pourra accorder aux demandeurs d'asile renvoyés par l'Australie.

…Seize de ces hommes étaient censés rejoindre la Malaisie par avion hier [11 aout]. Il s'agit de la première action menée dans le cadre de ce nouvel accord d'échange de réfugiés conclu entre le gouvernement et la Malaisie, un accord en vertu duquel 800 “boat people” illégaux seront renvoyés et échangés contre 4000 “réfugiés” légaux actuellement en Malaisie.

Ce projet a remporté un faible soutien sur la blogosphère,  il a été critiqué à la fois par ceux qui souhaitent mettre un terme aux arrivées de ceux que l'on appelle les “boat people” et par ceux qui se préoccupent des droits de l'homme.

Laberal qui déclare “en avoir assez d'essayer de trouver en quoi diffèrent les deux principaux partis, le parti travailliste et le parti libéral” expose son point de vue sous la forme d'un dessin humoristique:

High Court ruling, the end of the Malaysian Solution?

"ça ne peut peut pas être à gauche, ça doit être à droite…une fois de plus" – Image du blog Laberal

Le dessin de Ian revient sur la proposition “Zone pacifique” du précédent gouvernement de John Howard d'envoyer ceux qui arrivent par bateau en république de Nauru [en français], une mesure que rejette le gouvernement actuel dirigé par Julia Gillard.

Dans l'article Border fantasies out of control (Fantasmes hors de contrôle sur la frontière), Kim du blog Lavartus Prodeo analyse quelques statistiques alarmantes qui peuvent expliquer la position sévère du gouvernement :

Si le sondage dit vrai et même si en réalité le nombre d'Australiens “très inquiets” [de l'afflux de boat people] est passé de 43% à 33%, cela n'en reste pas moins un chiffre stupéfiant. La bête semble être devenue incontrôlable.

D'un point de vue altruiste, on pourrait supposer que cette inquiétude repose au moins en partie sur le désir d'éviter que ne se reproduisent des horreurs telles que celles de l'île Christmas  aux alentours de Noël l'an dernier.

Sur Skeptic Lawyer, Legal Eagle est loin d'être favorable à cette solution :

Je dois reconnaître que je doute depuis le début de cette “solution” malaisienne. Déporter des gens sur des îles reculées ou dans d'autres pays n'est pas une “solution” en soi. Il faut un changement radical de modèle. Le véritable problème, comme je l'ai dit auparavant, concerne les avantages pervers que nos lois prévoient pour les demandeurs d'asile. Il est plus facile pour eux d'obtenir un visa une fois ici sur notre territoire que lorsqu'ils ne s'y trouvent pas, même si leur situation n'a pas changé d'un iota.

Dans l'article Christians cannot accept Malaysia solution (les chrétiens ne peuvent pas accepter la solution malaisienne), Rob Benson de iDigress, ‘Musings of an antipodean contrarian’ (Réflexions d'un Australien anticonformiste), se penche sur la question d'un point de vue moral :

La dite “solution malaisienne” du gouvernement fédéral donne l'impression d'être une action concluante, mais elle est ignoble sur le plan des droits de l'homme et en contradiction avec une vision chrétienne pondérée de la justice et de la compassion.

Cette politique va adresser un message aux futurs demandeurs d'asile et trafiquants d'êtres humains mais c'est tout simplement la mauvaise chose à faire.

Le site Aussie Views News de Peter se soucie avant tout des enfants, en particulier ceux qui ne sont pas accompagnés par des adultes :

Je ne sais pas quelles doivent être l'angoisse et la souffrance d'une mère qui envoie son enfant à l'étranger sur une petite embarcation. Mais je sais bien à quel point il faut être endurci pour envoyer un enfant seul en Malaisie par avion. Reste à voir si l'Australie abandonnera ses responsabilités internationales et toute prétention au concept d'égalité des chances et renverra en Malaisie les enfants récemment arrivés seuls.

John George exprime son ras le bol sur Had Enough. Il ne soutient ni le gouvernement ni ceux qu'il qualifie de “clandestins”.

La solution malaisienne semble donc vouée à l'échec ; une autre débâcle de Julia Gillard. Nous allons à présent ouvrir nos portes à 4000 “réfugiés” sans savoir si nos clandestins seront transférés en Malaisie. L'accord était bancal dès le départ mais maintenant, c'est pire. Enfin, ces gens-là sont stupides ou quoi ?

Bon sang mais je ne comprends pas pourquoi Gillard et compagnie sont à ce point bornés qu'ils tournent le dos à la solution de l'île Nauru uniquement parce qu'on pourrait penser qu'ils soutiennent une initiative de Howard.

Julian Burnside, éminent avocat  et défenseur des droits de l'homme, implore les Australiens de réfléchir à leur identité nationale :

Alors voilà : l'Australie en 2011. Pour des raisons de commodité, nous avons oublié nos origines, notre chance, notre cécité et notre égoïsme. En guise de mémoire, nous avons construit le mythe national d'un pays généreux, accueillant, une terre d'asile où tout le monde a sa chance, le mythe selon lequel la vanité comble le vide là où la vérité a été oubliée.

Ou peut-être que ce n'est pas un mythe après tout. Peut-être que notre image nationale est vraie, mais nos hommes politiques ont oublié ce qu'elle est. Si nous avons de l'estime pour nous-mêmes, nous devrions le leur rappeler. Parce que notre véritable identité en tant que nation est remodelée chaque jour par ce que les hommes politiques font en notre nom. Dites à Canberra [siège du gouvernement fédéral] que nous valons mieux que cela, au cas où nous l'oublierions.

Quelle que soit l'issue de la procédure judiciaire, le problème des demandeurs d'asile n'est pas prêt de disparaitre, surtout tant qu'il n'y aura pas de consensus entre les partis politiques sur la manière de régler la question.

Vignette de Takver sur Flickr (CC BY-NC 2.0).

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