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Pakistan : Contrôle de “moralité” musclé dans une galerie d'art

[liens en anglais] Au Pakistan, le mois sacré du Ramadan impose plus que le jeûne, comme le montre un incident qui a eu lieu dans une galerie d'art,  la Nairang Gallery, à Lahore.  Au début du mois d'aout, un officier de police et quelques uns de ses collègues ont envahi la Nairang Art Gallery.  Le prétexte de cette incursion était que la directrice de la galerie d'art portait un chemisier sans manches et se mêlait aux hommes, comportements contraires aux convictions des conservateurs locaux et donc à la limite de l'obscénité pour eux.

Dès que les faits ont été connus, Twitter et la blogosphère pakistanaise ont débordé de billets et de tweets les condamnant.  Scandalisés et dégoûtés par un tel comportement de la part d'un officier de police, les internautes demandaient des punitions sévères  pour éviter que de tels faits se reproduisent.  La Commission des Droits Humains du Pakistan elle aussi a exprimé son inquiétude suite à cet incident et demandé que des mesures immédiates soient prises contre l'officier.

Scandalisée que certains médias soient davantage intéressés par les vêtements que portait la directrice de la galerie que par l'agression,  Meera Ghani écrit sur le blog Pak Tea House :

Certaines personnes choisissent d'ignorer le fait que ces femmes ont été frappées par un policier et s'interrogent pour savoir si leur tenues et leur comportement étaient ou non en conformité avec l'islam.  Et à cause de cela, les agressions deviennent justifiées, même si ces femmes n'avaient rien fait de mal.

Amir Qureshi, dans ‘Let us Build Pakistan’, (Laissez-nous construire le Pakistan) fait un parallèle entre ces actes et la “police de la moralité” des Talibans,

Avec le soutien de l'État, notre police est devenue une version pakistanaise du fameux ministère pour la propagation de la vertu et la prévention du vice des Talibans.  Cela rappelle la vidéo pirate diffusée par les groupes de protection des droits des femmes afghanes  qui montrait un Taliban frappant une femme portant la burqa parce que ses chevilles étaient visibles.”

Dans ses commentaires sur l'absence relative de réaction des médias traditionnels, Amir suggère la cause profonde d'un telle conception de la moralité controlée par l'Etat : la politique du Général Zia,

Depuis la fin du régime de Zia, les gouvernements successifs ont bâti une toile de fond d'islamisme national, en en faisant une partie intégrante de l'image que le Pakistan a de lui-même. Donc, quand un officier de police s'en prend à une galerie d'art et attaque le personnel, les accusant de ‘fahashi‘, il n'y a eu que peu de réactions.

M. Nayyar Ali Dada, propriétaire de la galerie et père d'Amira Ali Dada, qui a été arrêtée et emmenée au commissariat, a écrit une lettre au gouvernement de Lahore adressée au Ministre et au chef de la Police du Punjab.  Déplorant l'évidente atteinte  à ses droits constitutionnels en tant que citoyen pakistanais, il écrit :

Votre honneur, les faits décrits ci-dessous prouveront et montreront que nos droits fondamentaux conférés par les articles 14 (droit à la dignité), 9 (droit à la vie) et 18 (droit d'exercer un commerce) de la Constitution ont été violés par un officier de police qui a pris ces droits entre ses propres mains sans respecter la loi, le PPC et le Règlement de la police de 2002.”

Après avoir relaté les événements, M. Nayyar demande que des sanctions soient prises contre le coupable :

Par conséquent, je demande que l'honorable ministre et l'IGP prennent des mesures contre l'officier, conformément à ce que prévoit la section 155 du Règlement de la police de 2002 et déclenchent les procédures prévues pour mauvaise conduite dans le Règlement de 2006 des employés du Punjab, pour ceux qui ne respectent pas l'efficacité, la discipline et la responsabilité.”

Bien que le gouvernement n'ait pas officiellement réagi,  les artistes et la société civile continuent à demander une enquête et ont exprimé leur colère par des manifestations.   L'invitation en ligne à manifester à Karachi, Lahore et Islamabad a été diffusée rapidement sur de nombreux blogs et dit :

Les artistes, les critiques d'art, les galeristes d'art et la société civile manifesteront à Karachi, Lahore et Islamabad le 13 août 2011 (informations ci-dessous) pour montrer leur solidarité avec la Nairang Gallery, à Lahore, qui a été attaquée le 2 août 2011, et exprimer leur désaccord avec  le comportement répréhensible de la police.  Ils demanderont des excuses publiques de la part de l'officier Rana Zulfiqar et son renvoi des forces de police pour avoir frappé la directrice et le personnel de la Nairang Gallery.  Tous les citoyens concernés doivent s'unir pour stopper les violences de la police contre les citoyens.”

Au vu de l'immunité dont jouit la police pakistanaise dans des affaires beaucoup plus graves, il y a peu de chances que des sanctions sérieuses soient prises contre l'officier de police en question.  Cependant, la condamnation ferme par la communauté des internautes pakistanais et la société civile est la preuve que la liberté d'expression et de parole, qu'il s'agisse d'art ou de littérature, sera protégée avec ardeur.  Et ceux qui tenteront d'y porter atteinte sous couvert de “protection de la moralité” feront face à de la résistance s'ils s'obstinent.

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