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Espagne: La visite du Pape à Madrid laisse derrière elle des traces de violence

*Cet article s'inscrit dans la suite du billet Espagne: Brutale répression policière contre les journalistes couvrant la “Marche laïque”

Les 17 et 18 août, dans le centre de Madrid, en Espagne, la police antiémeutes s'en est prise à des manifestants rassemblés autour du slogan “Contre le financement public de la visite du Pape et le soutien des institutions à cet événement ” [les liens de ce billet sont en espagnol]. Cette protestation était organisée par Europa Laica (Europe Laïque) et soutenue par plus de 150 organisations qui ont souligné le fait qu'au cours de ses diverses visites, le Pape Benoît XVI ne s'abstenait pas de critiquer des mesures telles que celles adoptées par le gouvernement espagnol, parmi lesquelles la recherche sur les cellules souches, la légalisation de l'avortement, l'euthanasie ou encore le mariage homosexuel.

 

Affiche où figurent les photos du Pape Benoît XVI et de Stéphane Hessel, auteur du livre "Indignez-vous!" qui a inspiré le mouvement des Indignados. Photo de Juan Luis Camacho, extraite de www.laicismo.org.

Suite à cette violence policière inhabituelle du 17 août lors de ladite “Marche Laïque”, une foule s'est rassemblée le 18 août pour dénoncer les événements qui s'étaient produits la veille. Au cours de cette nouvelle protestation, les manifestants ont fait face à un second déploiement de policiers qui se sont montrés beaucoup plus agressifs.

Comme expliqué sur http://stephanegrueso.blogspot.com, l'après-midi du 18 août, 30 fourgons et plus de 120 policiers ont été finalement mobilisés. Photo publiée sous la licence CC BY SA.

Que se passe t-il à Madrid ? Le Pape Benoît XVI est arrivé le 10 août 2011 dans la capitale sous les acclamations de milliers de fidèles venus du monde entier pour participer à la Journée Mondiale de la Jeunesse (JMJ) 2011. Beaucoup ont passé plusieurs jours à se prélasser au soleil, à visiter des musées, à profiter des fêtes organisées le soir pour les participants et à tirer profit des nombreuses opportunités que les institutions madrilènes leur offraient, notamment une réduction de 80% sur les transports en commun pour les participants à la JMJ qui doit engendrer un manque à gagner de 20 millions d'euros [en espagnol] pour l'Etat. (Article similaire disponible ici en anglais). Le coût de la visite du Pape, selon le directeur financier de l'organisation, Fernado Giménez Barriocanal, est estimé à 50 millions d'euros, soi-disant financés par des contributions privées, des inscriptions et des donations de la part d'entreprises qui comptent sur des exonérations d'impôts puisque le gouvernement a fait de cette venue un événement d'intérêt public.

A noter la dépense publique destinée à couvrir le coût des centaines de policiers assurant la sécurité du Pape et celle des milliers de participants. Tout comme la réquisition de plus de 600 établissements scolaires et espaces publiques. Une préoccupation d'intérêt public qui a conduit plusieurs jours auparavant le Ministère de la Communauté de Madrid, en la personne de la ministre de l'éducation Lucía Figar à accrocher à ses fenêtres des affiches où l'on peut lire des slogans chrétiens [en  espagnol, comme les liens suivants], une action qui pourrait aller à l'encontre de la Constitution qui empêche l'exercice des droits civiques pour utiliser un espace public à des fins de prosélytisme. L'article 16.3 de la constitution espagnole ne prévoit aucune religion d'Etat et spécifie une certaine coopération avec les confessions religieuses. Ce type de comportements ou de privilèges n'est donc pas considéré comme acceptable.

@cjimenezcruz#50kilospara De camino a la mani para q no se gasten los impuestos de un país laico en eventos de ninguna religión
@cjimenezcruz#50kilospara En route pour la manifestation afin que les impôts d'un pays laïque ne soient pas dépensés pour quelque événement religieux que ce soit.

C'est durant la manifestation “laïque” du 17 août qu'ont commencé les premiers affrontements entre manifestants et participants à la JMJ. Avec un itinéraire bien déterminé, approuvé par les institutions madrilènes et adopté par des citoyens qui demandaient à ce que ce soit le peuple qui décide de ce qu'il advient de son argent, il était inévitable que les catholiques présents se rapprochent, provoquent les manifestants et se mettent en travers de leur chemin dans certaines rues du centre de Madrid en criant: “Cette place appartient au Pape!” Un déferlement de violence risquant de se produire à tout moment, la police s'est interposée entre les deux groupes afin de maintenir une distance minimale. Les deux camps ne se sont pas affrontés et bien qu'il y ait eu des insultes, des bousculades et même des coups de poing, ça n'est pas allé plus loin.

@almu_en_Sol: RT @fanetin Y claro, unos y otros se encuentran. Extraña maniobra policial. Algún empujón ya… ains! #17A

@almu_en_Sol: RT @fanetin Bien entendu, les uns et les autres se rencontrent. Drôle de manœuvre policière. Déjà une bousculade… #17A

http://www.youtube.com/watch?v=y_t1EPlaApU

Dès lors que le plus gros des manifestants est arrivé à la Puerta del Sol, ils se sont de nouveau confrontés aux membres de la JMJ et c'est alors que les policiers se sont mis à séparer les deux groupes et se sont postés tout autour de la place pour les maintenir à l'écart les uns des autres. Une fois la place vidée des participants à la JMJ et remplie de manifestants, une violente attaque policière s'en est suivie, au cours de laquelle un certain nombre de journalistes ont été appréhendés et insultés bien qu'ils aient montré leur carte de presse.

@acampadasol: Policía mientras retenía a @Manuelcuellar (@el_pais), sobre su carné de prensa: “Esa mierda no vale nada”. #17A #EmboscadaSol.
@acampadasol: La police, retenant @Manuelcuellar (@el_pais), a déclaré au sujet de sa carte de presse: “Cette merde ne vaut rien.” #17A #EmboscadaSol.

Le lendemain, la presse répercute l'évènement d'une manière très particulière. @kurioso – http://twitpic.com/68021q

Le 18 août, les organisateurs ont retrouvé les membres de la JMJ après une réaction bien étrange de la police et ont forcé leur barrage.

@fanetin: Hablan de varios heridos en Sol, Tirso y c/ Atocha. Carreras por las calles. No tengo fuerzas ni pila pa ir a mirar… #18A

@fanetin: On parle de plusieurs blessés à la Puerta del Sol, Tirso et dans la rue Atocha. Des gens se sont précipités dans les rues. Je n'ai ni la force ni l'énergie d'aller voir… #18A

Le moment le plus dur et le plus violent de ces attaques a eu lieu lorsqu'un groupe de policiers anti-émeutes, qui marchait dans la rue, s'est retourné et, tandis qu'un couple croisait l'un des policiers, ce dernier, sans dire un mot, a frappé la jeune fille en plein visage pendant que ses collègues appréhendaient un photographe qui faisait son travail. Les réactions ne se sont pas fait attendre et des groupes tels que ¡Democracia Real YA! (La vraie démocratie maintenant!), le syndicat des journalistes madrilènes et d'autres groupes politiques ont publié des communiqués de presse dans lesquels ils demandent des comptes à la délégation gouvernementale et au ministère de l'Intérieur, lequel n'a pas officiellement reconnu à ce jour les actions d'une police excessivement zélée.

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