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Festival des blogs – Mexique : Exprimer verbalement la violence

Après avoir lu les 36 participations au Festival des blogs: Mexique – Citoyenneté, violence et blogs [liens en espagnol], il ne fait aucun doute qu'en dépit de tout ce que l'on écrit, commente et analyse sur ce thème de la violence au Mexique, il est encore besoin de faire beaucoup plus. Parler, raconter, extérioriser la violence que chacun renferme en lui-même et ne sait comment exprimer.  En d'autres mots, exorciser, sublimer, métamorphoser la violence; une manière surtout de veiller à ce que  les générations les plus jeunes ne la transforment en un cercle vicieux, une manière aussi de générer des actions non seulement de résistance et de dénonciation mais aussi qui évitent la violence elle-même. Ce n'est pas un secret : dans l'actualité, les voies les plus violentes ne se légitiment plus aussi facilement.

#nosoncifras @tienennombre. Del usuario de Lockerz.com Daniel Gershenson http://lockerz.com/s/121154026

#nosoncifras @tienennombre. (#Ils ne sont pas des chiffres @ils ont un nom Photo sur Flickr de Lockerz.com Daniel Gershenson http://lockerz.com/s/121154026

Exprimer verbalement les événements violents.

Je commence la compilation des billets remis au Festival par “Como un grito de dolor” /”Comme un cri de douleur ” d'Ana Lilia Rodríguez Olvera dans son blog Poeterno (en l'honneur  de l’ art). Elle nous explique ceci: “Le texte suivant a été écrit comme un cri désespéré et renferme une terrible colère contre les agresseurs de mon grand-père…”:

Tu leur as assurément pardonné, de par ta foi, de par  laloi, tu leur as pardonné parce que tu es ainsi, pacifique et sincère, et merveilleusement compatissant. Mais moi je ne leur pardonne pas, je ne suis pas capable de dire que cela n'a pas d'importance, que je finirai par me résigner. La résignation est une bien vague conséquence de notre histoire pour le monde. Je ne leur pardonne pas parce qu'à toi, ils ont ôté la vie du corps et parce qu'à moi ils ont ôté celle de l'âme. Comment peut-on pardonner à un corps sans coeur? Comment peut-on pardonner à un arbre sec ?

Si quelques-uns d'entre nous refusent de pardonner, d'autres parmi nous refusent d'oublier. C'est ce que nous dit Diana Medina dans le blog Papás DF, tout au moins relativement à un fait très ponctuel qui est arrivé il y a quelques mois  et dont elle pense ceci : “Ce fait n'est déjà plus d'actualité. C'était la semaine dernière et pour ces temps d'immédiateté médiatique où ce qui s'est passé a fait l'objet d'une heure sur Twitter c'est déjà de l'histoire passée, ce qui est arrivé le 31 mai dernier est loin de notre réalité. C'est pour cela que j'écris ces lignes. Pour que l'on n'oublie pas ce fait.”

Les enfants qui ont vécu la fusillade de Monterrey s'en souviendront toujours. Il y a une génération de futurs citoyens qui gardera en souvenir les actes violents commis dans son pays, le foyer de son identité culturelle.  D'un autre côté, il y a des enfants qui vivent une autre réalité, comme s'ils vivaient dans un autre pays, mais qui ont appris depuis leur enfance que leur pays était déjà perdu, que la violence nous avait vaincus. Quel sera l'avenir de cette génération chez qui l'idée de son pays a été brisée?  Voilà ce qui me préoccupe.

Daniela Pérez Michel de La Trinchera réfléchit aussi sur l'oubli. Mais son oubli est celui que d'autres, dit-elle, prétendent qu'elle s'impose :

Dire que l'on souffre est répétitif. Nous entendons, nous lisons et nous voyons quotidiennement le visage de la douleur dans une provocation médiatique journalière, laquelle se nourrit d'une pantomime scandaleuse sur un  devoir être démocratique de mots éphémères et vides. Tellement vides que l'on se félicite des accords conclus pour ne plus informer entre des médias qui comptent des publications donnant à voir les images déchirantes et cruelles du #Mexique rouge.

Leonor Reyes Pavón du blog El Gallinero Revuelto écrit sur le caractère quotidien de la violence et sur l'effet qu'ont les images violentes, bien qu'elle déclare vivre dans une zone qui ne souffre pas autant que d'autres zones de son pays :

Comment ne pas vivre avec la peur si ces images sont notre pain quotidien? Il est certain que la technologie nous permet souvent maintenant de nous informer rapidement de ce qui est en train de se passer, sans doute est-elle aussi utilisée de manière irresponsable, ce qui engendre peur et incertitude. Je me rappelle par exemple ce moment où ont eu lieu, il y a deux mois, le blocage des routes par les narcotraficants à Guadalajara et les fusillades, car ce que j'ai lu m'a réellement effrayée et m'a tout de suite poussée à contacter deux grands amis. Résultat : ce n'était pas aussi grave qu'il y paraissait, bien qu'au moment où l'information a circulé, et elle ne circule pas toujours de manière responsable, se soit créée une panique généralisée. Il y a sans doute des cas réussis comme celui de #reynosafollow sur Twitter ou sur  le Blog du Narco où l'on cherche à fournir des informations véridiques sur ce qui est en train d'avoir lieu dans le pays.

Ernesto Priego dans #SinLugar, va un peu plus loin et parle du trafic d'armes et de drogues, générateur historique de violence :

De quelle manière avons-nous normalisé le rôle définitif de l'accès aux armes dans la guerre de la drogue au Mexique ? Quels sont les dangers de cette accoutumance à sa présence et à son apparence, et jusqu'à quand allons-nous tolérer cela? Quand saurons-nous clairement qui sont les vrais coupables de la transformation du journal quotidien en un rapport permanent de police?

Le Groupe d'Information sur la Reproduction choisie. AC (GIRE), nous montre un autre aspect de la violence, celle dont souffrent les femmes :

On agresse les femmes de ce pays au seul motif qu'elles sont des femmes. La Loi Générale d'Accès à une vie sans violence pour les femmes définit cette violence comme “toute action ou omission, se basant sur leur sexe et leur causant des dommages ou des souffrances d'ordre psychologique, physique, patrimonial, économique, sexuel voire la mort,  tant dans la sphère privée que publique”.

Note de l'éditeur: Pour des raisons de longueur ainsi que pour faciliter la lecture, nous avons décidé de publier l'habituel billet de résumé du Festival en plusieurs parties. Voici la  première, la seconde se trouve ici.

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