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Kazakhstan : Controverse autour de la langue officielle

Début août 2011, le ministère de la Culture du Kazakhstan élaborait [en russe] un projet de loi introduisant certains amendements dans la politique linguistique du pays. Celui-ci fut rapidement qualifié par de nombreux observateurs de mesure visant à réduire encore davantage l'influence la langue russe qui, selon la Constitution, jouit d'un statut égal à celui de la langue kazakhe.

Cette nouvelle mesure était censée rendre obligatoire l'usage du kazakh pour tous les rapports entre les citoyens et les instances gouvernementales ainsi que pour l'ensemble de la documentation interne des structures étatiques. Toutes les informations visuelles et à caractère commercial (publicité, panneaux, tarifs, formulaires, etc) auraient également dû être fournies uniquement en kazakh. Il était prévu d'introduire ces changements en 2013.

Le basculement vers une documentation dans la langue officielle s'effectue depuis plusieurs années mais cela se traduit le plus souvent par une situation où les gens utilisent les traductions kazakhes (parfois très mauvaises) par pure formalité mais utilisent le russe pour faire avancer les choses. Arkhard écrit [en russe]:

Je me prends à imaginer nos citoyens se cassant la tête à traduire leurs lettres de candidature en kazakh et les fonctionnaires ayant ensuite du mal à les traduire à nouveau en russe. Il s'ensuit qu'il serait difficile de comprendre le sens initial et que cela prendrait aussi plus de temps.

Alpamis_batyr objecte [en russe] :

Vous feriez bien de vous rendre compte enfin que vous vivez au Kazakhstan, pays dont le nom est dérivé de l'ethnie formant sa nation, c'est-à-dire les Kazakhs. Ainsi, vous faites preuve de manque de respect à l'égard de la langue, de la culture et de l'histoire de la nation. Tuez donc votre paresse et réveillez votre désir d'apprendre et d'accepter la “kazakhitude”.

Russky (un Russe) a laissé un commentaire sous un article d'actualité [en russe]:

Tout le monde – sans exception – devrait étudier le kazakh mais cela ne devrait pas se solder par des conflits où d'un côté on hurle “Vous n'avez d'autre choix que d'apprendre” et de l'autre on crie “Pas question” (bien qu'ils disent comprendre qu'il serait vraiment préférable de connaître la langue kazakhe). […] Tôt ou tard, tous les citoyens seront amenés à connaître cette langue mais il est nécessaire de créer des cours de langue accessibles à toutes les bourses.

Jelsomino convient qu'avant d'exiger que les gens utilisent la langue, il faudrait leur donner l'opportunité de l'étudier [en russe]:

Je suis un Kazakh russophone, ayant étudié dans un lycée où l'enseignement se faisait en russe (pendant l'ère soviétique, on n'avait pas d'autre option, avec seulement deux écoles kazakhes à Almaty, l'ancienne capitale et la plus grande ville du Kazakhstan)…La langue russe était omniprésente – dans la rue, à la télévision, systématiquement. La langue kazakhe était très mal enseignée à l'école car personne ne l'utilisait vraiment dans les milieux urbains. A présent les temps ont changé, la population rurale s'urbanise et de nombreux russophones ont quitté le pays. Alors, que vont donc faire les générations issues de l'ère soviétique ? D'accord, on doit étudier le Kazakh. Mais comment ? Les cours de langue sont pour la plupart hors de prix, les manuels sont de piètre qualité, les CD multimédia viennent seulement de paraître mais ils sont chers également…Je suis capable de parler un kazakh basique dans la vie de tous les jours mais si les fonctionnaires me demandaient de communiquer avec eux uniquement en kazakh, je considèrerais cela comme une discrimination à mon égard de la part du gouvernement.

Basilio suggère une réflexion sur une autre conséquence possible [en russe] :

De telles mesures radicales vont encore une fois mener à une importante fuite des cerveaux, car les spécialistes qualifiés qui ne connaissent pas la langue officielle – mais qui possèdent bel et bien l'expertise – déserteraient le pays. Rappelez-vous les années 90, quand presque une famille non-Kazakhe sur cinq (Allemands, Ukrainiens, Russes) émigra vers les “patries historiques” […]

Megakhuimyak propose une perspective différente, à savoir pourquoi une telle initiative a même vu le jour [en russe] :

Je ne mentionnerai pas le fait que le projet de loi est en contradiction avec la Constitution (on s'en moque, notre Parlement est renommé pour être capable de changer la Constitution en une demie heure). La question qui nous importe, c'est pourquoi. Quand le bureau du Président s'est rendu compte que les journaux en langue kazakhe (sous contrôle du ministère de la Culture) publiaient des articles critiques à l'encontre du Président, les prérogatives de ce ministère ont été réduites et son mandat de contrôle des médias passa au ministère de la Communication. Après la vague d'extrémisme dans l'Ouest du Kazakhstan, il s'est avéré que le ministère avait échoué dans ce domaine également … et le Comité pour les religions fut retiré au Ministère… Ainsi, le ministre de la Culture se trouva démuni des deux leviers de la Realpolitik : les médias et la religion. A présent, il ne lui reste plus que la culture, les ONG et la langue, ça fait mal… Et le ministère a décidé de se lancer dans un nouveau programme, en s'attaquant cette fois-ci au problème de la langue officielle.

Cela n'est pas passé inaperçu. Le projet de loi controversé a été plutôt promptement retiré par le ministère : les responsables politiques n'ont pas insisté trop sérieusement pour défendre l'initiative mais ont indiqué qu'ils n'étaient pas très contents du ton que prenait le débat public. Les esprits se sont calmés mais le problème persiste.

Image miniature du drapeau kazakh, photo de sly06 sur Flickr (CC BY 2.0).

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