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Cameroun : Le calme avant la tempête ?

L'élection présidentielle camerounaise se tiendra le 9 octobre  2011, mais l'absence d’enjeu ressenti par l'ensemble de la population quant à son issue est facteur d'indifférence. Le scrutin marque le final du tumultueux cycle politique démarré en février 2008.

Les émeutes de février 2008

En 2008, un amendement constitutionnel mettant fin à la limitation des mandats présidentiels fut adopté par l'Assemblée Nationale, décision qui fit se récrier la communauté internationale et conduisit aux émeutes [en anglais] durement réprimées de février de la même année. Selon les organisations de défense des droits humains, il y a eu une centaine de morts et un millier d'arrestations.

In February 2008, anti-government riots spead through Cameroon. These buildings and vehicles in Kumba were targeted for being government related or owned. Image by Caroline Thomas, copyright Demotix (04/03/2008).

En février 2008, des émeutes anti-gouvernmentales se sont propagées à travers le Cameroun. Ces immeubles et véhicules de Kumba ont été visés parce que d'utilisation ou possession publique. Photo Caroline Thomas, copyright Demotix (04/03/2008).

La répression des manifestations par l'armée ramena le calme, tandis que le Président Paul Biya s'en prenait vertement à l'opposition, qu'il accusait de manipuler la jeunesse.

Un câble WikiLeaks [en anglais] envoyé en mars 2008 par Scot Ticknor, attaché politique et économique à l'ambassade américaine de Yaoundé, explique que ces événements dénotent une instabilité politique:

Combien de temps durera le “calme imposé” ?  […] Tous nos collègues diplomates européens, sauf les Français, pensent que le potentiel de nouveaux troubles à court terme est intact. Aucun des griefs de l'opinion n'a été traité, ni dans le discours du Président ni dans les actes du gouvernement. […] Même si la situation actuelle reste calme, la semaine passée a rappelé qu'il reste beaucoup de problèmes non réglés, autant politiques qu'économiques, susceptibles de refaire surface en cours de route, et peut-être bientôt. A 75 ans, M. Biya est de plus en plus isolé et impopulaire, et les Camerounais, bien que généralement pacifiques, se sont montrés capables de manifester violemment.

Un autre câble de WikiLeaks [en anglais] révèle qu'en septembre 2008, des intellectuels influents peignaient l'avenir du pays en noir :

Charles Ateba Eyene, qui ne mâche pas ses mots à l'intérieur du CPDM, le parti au pouvoir, a corroboré le diagnostic fondamental d'Owona Nguini que le Cameroun est assis sur “un volcan.” Il a affirmé que la crise est largement de génération, avec des élites âgées cherchant à maintenir leur domination. Des structures de pouvoir fortement centralisées et des fonctionnaires totalement corrompus à tous les niveaux de l'administration ont créé un système de copinage des élites qui par nature est incapable d'assurer des services.

La vidéo qui suit a été mise en ligne sur YouTube un an après les émeutes. Vue plus de 20.000 fois, elle montre un jeune homme abattu par les forces de l'ordre durant les émeutes [AVERTISSEMENT : images explicites] :

La répression a, selon un article sur le site camer.be, instauré une trêve précaire et un climat de peur dans le pays. Une tentative de manifestation a été étouffée dans l'oeuf en février 2011.

Des élections sur mesure pour une victoire de Biya ?

Depuis les événements de février 2008, l’opposition camerounaise se voit reprocher son manque d'organisation, sa passivité et son incapacité à proposer une perspective crédible pour contrer le Mouvement Démocratique du Peuple Camerounais du président sortant Paul Biya (MDPC).

Un article sur Afrik.com, intitulé “Cameroun : L'opposition prépare la victoire de Paul Biya“, fustige :

Comme à son habitude, l’opposition camerounaise n’a pas réussi à présenter une candidature unique à une élection capitale pour l’avenir du pays et qui se joue à un seul tour.

En outre, les critiques continuelles adressées à la Commission Electorale camerounaise (ELECAM), allant jusqu'à l'accuser d'être un instrument du pouvoir pour contrôler les élections, sont de mauvais augure pour un scrutin libre et transparent.

Un câble WikiLeaks [en anglais] de 2009 précise les critiques :

Lors d'une rencontre du 9 février avec l'ambassadeur, le ministre de l'Administration territoriale et de la décentralisation (MINATD) Marafa Hamidou Yaya était très démoralisé sur la capacité de la Commission Electorale (ELECAM) à mener une bonne élection. Les membres fraîchement nommés de l'ELECAM étaient incompétents et corrompus, a-t-il dit, ajoutant qu'une élection ratée en 2011 pourrait être suivie de graves désordres civils.

A en croire cet article du site web allafrica, la campagne électorale a été taillée sur mesure pour assurer la victoire de Paul Biya :

(…) La démocratie camerounaise n'est pas comme les autres démocraties véritables où tout se déroule dans une transparence totale. Elle a ses caractéristiques propres, ses stratégies particulières pour que le président sortant garde son fauteuil.

Vers une crise post-électorale ?

L'éventualité de violences post-électorales est prise au sérieux par le pouvoir sortant, qui a renforcé ses capacités sécuritaires. Mille élèves-gendarmes ont été ajoutés au contingent déjà présent à Douala, la capitale économique, explique le quotidien camerounais Le Jour.

Les troubles en perspective ont aussi été envisagés depuis que les commentaires de l'actuel ministre de la Justice sur une possible fracture ethnique après le règne de Biya ont été révélés dans un câble WikiLeaks [en anglais] :

Dans un récent et franc tour d'horizon avec l'ambassadeur, [Amadou] Ali a dit que la base de la stabilité du Cameroun est la détente entre l'ethnie Beti/Boulou de Biya, prédominante dans la partie Sud du Cameroun, et les populations des trois régions du Nord, appelées le Septentrion, qui sont ethniquement et culturellement distinctes du reste du pays. Le Septentrion soutiendra Biya aussi longtemps qu'il voudra être président, prédit Ali, mais n'acceptera pas un successeur qui ne serait pas également Beti/Boulou, ou un membre de l'économiquement puissante ethnie Bamiléké.

Selon un article paru sur le site du bureau Afrique de Radio Netherlands Worldwide, “Le Cameroun craint des affrontements ethniques après le câble de WikiLeaks” [en anglais], c'est une source de grande préoccupation :

La ‘révélation’ de Wikileaks a créé un tollé général dans ce pays d'Afrique centrale. L'article a occupé les titres de la presse pendant plusieurs jours et fait sensation dans la rue camerounaise. “Ce genre de déclarations est une menace pour la stabilité de notre pays. Si les ethnies se combattent pour le pouvoir, nous pourrions nous trouver dans la même situation que le Rwanda en 1994,” craint Edjouma Alain, un fonctionnaire de la capitale Yaoundé.

3 commentaires

  • […] Cameroun : Le calme avant la tempête ? · Global Voices en Français L'élection présidentielle camerounaise se tiendra le 9 octobre 2011, mais l'absence d'enjeu ressenti par l'ensemble de la population quant à son issue génère l'indifférence. Source: fr.globalvoicesonline.org […]

  • Patrick Salomon

    Il étaient 10, 9 ont été saisie par la police selon TV5, c’était un individu vêtu d’une tenue militaire selon équinoxe, voila que la polémique est lancés au sujet de ce qu’on peu appeler les évènements de Bonabéri. Est-ce une conspiration? Une tentative de déstabilisation du régime Biya? Ou mieux une tentative d’importation du printemps Arabe ou encore du scénario Ivoirien chez nous? Les opinion sont divergentes.

    Cependant, ce qu’il faut dire au regard des observations personnelles, c’est que cette histoire est un hasard de calendrier. Sil faille déstabiliser le régime c’est pas quand même par Douala,car le locataire d’Etoudi ne vit sur le vieux pont. Ce qui est évident c’est que la manipulation voir la récupération que certains partis politiques veulent en faire soit disant un quelconque bruit des armes, profite a un seul candidat qui est monsieur l’Abstention. Pour la simple raison que les gens préfèreront rester chez eux le 9 que de sortir se faire mitrailler

  • […] Cameroun : Le calme avant la tempête ? L'élection présidentielle camerounaise se tiendra le 9 octobre  2011, mais l'absence d'enjeu ressenti par l'ensemble de la population quant à son issue est facteur d'indifférence. Source: fr.globalvoicesonline.org […]

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