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Pologne : Des élections annonciatrices d'un changement de génération

Varsovie ne copie pas Budapest

Le 9 octobre, les résultats des élections législatives de Pologne auront été un soulagement pour beaucoup et une surprise pour tous. L'actuel premier ministre Donald Tusk est devenu le premier Polonais dans la fonction depuis 1989 à être réélu, mais l'outsider de l'élection, c'est l'anticlérical et libertaire Janusz Palikot, dont le parti a raflé 10 % des voix.

Avec 39 % des voix, la Plateforme Civique de centre-droit a battu le principal parti d'opposition, le parti national-conservateur Droit et Justice, qui en a obtenu 30 % et dont le chef Jaroslaw Kaczynski a commenté les résultats, par ces mots [en anglais] : “le jour viendra où Varsovie sera comme Budapest,” allusion [en polonais] à l'actuel premier ministre conservateur hongrois Viktor Orban.

Donald Tusk est le premier chef de gouvernement polonais à être réélu pour un second mandat consécutif. Photo sur Flickr de PlatformaRP (CC BY-ND 2.0)

Une élection, deux vainqueurs

Mais la plus grande surprise a été le score du parti “Ruch Palikota” (“Mouvement de Palikot”), qui est devenu la troisième force du parlement, enregistré il y a à peine quatre mois par un diplômé de philosophie et entrepreneur, Janusz Palikot. Un moment membre de la Plateforme Civique, Palikot s'y était fait taxer de clown politique et de provocateur. Son excentricité avait éclaté au grand jour lors de la tristement célèbre conférence de presse où il avait brandi un pistolet d'enfant et un vibromasseur [en polonais] pour signaler le cas d'une jeune femme agressée sexuellement dans un commissariat de police. Une autre fois, il apporta une tête de porc ensanglantée [en polonais] à une émission de télévision, l'appelant un “cadeau de la mafia.”

A présent, quelques années plus tard, M. Palikot ne craint pas de faire campagne pour des questions sérieuses, comme un Etat laïc, des unions civiles pour les homosexuels et les lesbiennes, la légalisation de l'avortement et une politique plus libérale de la drogue. Avec ce programme [pdf, en polonais], il s'est gagné les coeurs de beaucoup de jeunes à travers le pays, particulièrement parmi ceux qui trouvaient que leurs demandes n'étaient prises en compte par aucun autre parti sur la scène politique.

L'utilisateur de Twitter @szwalowski a commenté [en polonais] le 9 octobre :

La voix de Palikot est une expression des mêmes émotions qui font descendre dans la rue à Madrid ou Tel Aviv #wyborcza | Pas vraiment #wybory [élections]

Le même jour un autre Twitteur, @pawelbielecki tentait de trouver [en polonais] ailleurs la raison du succès de Palikot :

Était-ce une bonne communication ou peut-être le ras le bol des électeurs de la scène politique polonaise qui s'est traduit par un si bon résultat du Mouvement de Palikot #wybory

Mateusz Drulis a écrit [en polonais] sur le Mur Facebook du Mouvement :

J'espère que je vivrai ce moment merveilleux où les politiciens comprendront qu'il ne s'agit plus d'ignorer un simple individu, Janusz Palikot, mais avec lui 1,5 million de jeunes Polonais qui le soutiennent lui et ses postulats.

Une affiche du matériel de presse sur le Mouvement

Les jeunes considèrent Palikot comme bien plus honnête que les autres personnages politiques et trouvent attrayant son courage anticlérical. Une phrase d'un journaliste de télévision sur le face-à-face entre Géneration JPII (le pape Jean Paul II) et Génération JP (Janusz Palikot) semble en plein dans le mille [en polonais]. Le parti de Palikot a aussi remporté [en polonais] la primaire organisée parmi ses élèves de lycée. Près de 36 % des futurs électeurs se sont prononcés en faveur de son parti. Commentaire [en polonais] de Dave Schiemann le 14 octobre sur le mur Facebook du mouvement de Palikot :

Je voyais ça venir. A un certain âge, les gens ont leur opinion déjà formée et ils n'en changeront pas. De plus, ils ne sont pas aussi ouverts à d'autres choses que les jeunes. Le Mouvement de Palikot est le parti de l'avenir, ces 10% de soutien ne sont qu'un début ! Du moins c'est ce que j'espère :)

Le blogueur Nocri considère [en polonais] le succès de Palikot comme le signe d'un besoin manifeste de changement dans la société polonaise :

Il est devenu une figure neuve et intéressante de la scène politique polonaise. La dernière élection a prouvé qu'il y avait un besoin de réformes dans le système politique qui nous manipule depuis déjà 20 ans. Il [Palikot] est devenu un symbole d'embarras mais aussi de décisions courageuses. Il est devenu un symbole chez les jeunes – c'est lui qui a obtenu le plus de voix dans l'électorat que se disputaient tous les partis.

Sur Twitter, @pawel_meteo notait [en polonais] le 9 octobre que le succès de Palikot résultait d'un jeu populiste, en faisant le parallèle entre lui avec sa proposition de légaliser la marijuana, et un autre populiste du passé, Andrzej Lepper.

Les militants des droits civils entrent au Parlement

Grâce au succès de Palikot, la première députée transsexuelle Anna Grodzka entrera au parlement, de même que le premier homme politique ouvertement homosexuel Robert Biedron [ces 2 liens sont en anglais], avec la militante féministe Wanda Nowicka. La veille du scrutin, la future députée Anna Grodzka soulignait [en polonais] sur son blog combien la campagne avait changé sa vie :

Au long de cette campagne et de ces dernières années, j'ai reçu tant de choses positives, tant d'aide et de soutien de nombreux amis comme jamais dans toute ma vie. Nous nous battons ensemble pour une Pologne moderne et juste. Pour une Pologne de personnes différentes mais égales, pour notre place au soleil.

Tomasz Terlikowski, un journaliste conservateur et militant catholique polonais, a réagi sur son portail par un article [en polonais] intitulé “Nous partons en guerre” :

[…] Les Polonais ont créé la troisième force politique en Pologne […] un homme dont les seuls mérites sont des attaques éhontées contre l'église, et ses comparses sont un type qui se dit une femme, une femme qui a fait carrière en prêchant le meurtre d'enfants et un homme dont le seul mérite est d'aimer les autres hommes.

Quoi qu'on dise de la nouvelle réalité politique de la Pologne, une chose est sûre : l'élection a révélé le profond changement connu par la société polonaise ces dernières années, un changement qu'ont ignoré tous les partis sauf le Mouvement Palikot. M. Palikot se battra-t-il pour les propositions qui lui ont valu son impressionnant sacre par la jeunesse polonaise, ou décevra-t-il ses électeurs ? Tomek Alfik Frontczak a exprimé [en polonais] ses espoirs dans ce message joyeux sur le mur Facebook du Mouvement, le 10 octobre :

Merci, Janusz ! C'est génial ! La Pologne a enfin une chance de devenir un pays moderne, je vous dis sincèrement merci. J'espère que vous ne décevrez pas les Polonais qui ont soutenu votre mouvement. Je ne trouve pas de mots pour décrire notre joie. A bientôt et bonne chance !!!

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