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Brésil : Incidents entre police et étudiants à l'université de São Paulo

La police militaire a lancé une opération de grande ampleur dans les locaux de l'Université de São Paulo (USP) le vendredi 28 octobre. Cette action a été menée après l'arrestation de trois étudiants surpris en train de consommer du cannabis, la veille, sur le site de la faculté des lettres et des sciences humaines (FFLCH).

Des dizaines de voitures de police ont encerclé les locaux où des centaines de personnes manifestaient contre l'arrestation des trois étudiants et leur mise en détention, jugée disproportionnée. Pour rappel, la consommation de  cannabis est illégale au Brésil.

Selon les dires du lieutenant de police Luiz Henrique Salles, des étudiants ont empêché les forces de l'ordre de conduire leurs trois camarades au poste de police. La directrice de la faculté, Sandra Nitrini, a tenté d'intervenir en proposant sa médiation et d'accompagner les trois étudiants au poste, mais a été verbalement réprimandée par le reste des étudiants qui assistaient à la scène. Ces derniers craignant, en effet, que des mesures administratives soient prises à l'égard des étudiants arrêtés.

Alunos da USP solicitam a saída da polícia militar do campus. Foto do autor

Étudiants de la faculté des lettres demandant aux forces de police de sortir des locaux. Photo de l'auteur.

Plus de sécurité, moins de répression

L'intervention policière sur le campus s'est soldée par des grenades lacrymogènes, des coups de matraques, pour disperser la foule des étudiants. Quelques heures plus tard, dans la confusion encore totale, des voix se faisaient entendre pour et contre l'intervention policière.

Sur Twitter, Samuel Gerez (@samuelgerez) a soutenu l'action des policiers :

Aujourd'hui, la police est intervenue à l'université. 15 voitures et 8 motards. Ils veulent attraper des fumeurs de cannabis. J'en suis sûr.

Une étudiante en journalisme, Andrea Wirkus (@andrea_wk), a préféré s'interroger sur la sécurité mise en place sur le site universitaire, qui a été intensifiée après le meurtre de Felipe Ramos de Paiva, un étudiant de 24 ans, sur l'un des parkings du campus, en mai dernier :

Ce n'est pas que je sois favorable ou contre à la présence des policiers dans l'université, mais ils perdent leur temps à perquisitionner les locaux au lieu de nous protéger…

L'augmentation de la violence à l'intérieur même du campus, situé dans le quartier de Butantã, préoccupe la communauté académique, mais ce n'est pas un fait isolé. Avant la mort de Felipe, la police avait une possibilité d'action limitée sur le campus, spécialement à cause de l'opposition de nombreux étudiants, professeurs et personnels administratifs qui craignaient, à juste titre, que la répression soit un mot d'ordre pour les autorités.

Le directeur de la faculté de géographie, le professeur André Martin, ne croit pas non plus à l'efficacité d'une présence policière. Il a déclaré que “la police ne respecte pas les protocoles d'usages” au sein de l'établissement :

Mon point de vue est qu'il faut prévenir une tragédie annoncée. Car à partir du moment où l'on autorise ça [la présence policière], cet épisode ne fera qu'envenimer les choses. Il ne faudrait pas qu'ils prennent la cité universitaire pour le reste de la ville.

L'idée d'origine était que les policiers présents ici devaient éviter les cambriolages et les agressions venues de l'extérieur. Enfin, ce type d'assaut n'étaient pas nécessaire pour arrêter des consommateurs de cannabis. On a atteint un point dangereux. La police rétorque que l'on ne peut permettre la consommation de stupéfiants, que cela reviendrait à se fourvoyer.”

Sur Twitter, le professeur sociologue et journaliste Laurindo Leal (@Lalolealfilho) commente :

Vous aviez des doutes sur la nature de l'intervention des policiers dans les locaux pour réprimer les étudiants ? Notez bien, la prochaine fois, ce sera au tour des professeurs et des fonctionnaires.

Nombreux sont les professeurs qui ont soutenu les étudiants durant les évènements. Le professeur Marlene Suano, du département d'Histoire, a tenté de calmer les débats, notamment lors d'échauffourées. Elle a reçu plusieurs coups destinés à un jeune qui provocait un agent des forces de l'ordre.

L'étudiant s'est montré agressif envers le policier, a-t-elle déclaré, celui-ci tentait de se défendre avec sa matraque et j'ai reçu un coup sur le côté. Il voulait faire couler le sang. Que faire, face à un tel policier? “

La présence policière dans les locaux universitaires rappellent tristement l'époque où le Brésil avait souffert d'un coup d'état militaire restreignant et réprimandant avec violence tous les mouvements d'opposition, y compris dans les universités.  Comme l'explique le sociologue Stênio Soares sur son blog Cálice, c'est pour cela que la révolte étudiante est si forte. L'esprit contestataire demeure dans l'esprit estudiantin :

D'un côté, nous avons encore en mémoire l'intervention armée du régime militaire dans nos universités entre 1964 et 1985. Nous avons l'exemple de ce à quoi peuvent mener les inégalités socio-économiques. Quelqu'un peut-il me dire quelle action a été menée par l'université pour pallier à ce problème ? Cela ne vaut pas la peine de parler d'un compromis, nous le savons bien. Mais quelles sont les relations entretenues entre l'université et les gens démunis qui vivent, en marge, dans le quartier ? On ne peut pas ignorer la question où on va droit dans le mur. Si la criminalité associée à ce genre de trafic arrive au seuil de la classe moyenne pauliste, il reste quantité de jeunes qui luttent pour ses droits à la liberté d'agir et de penser. Et si l'université choisissait des solutions rationnelles pour résoudre ces problèmes, au lieu de chercher une forme autoritaire dont le modèle est la violence et l'oppression ?” [extrait traduit]

Le campus est un espace de dialogue et de constitution du savoir. Cela ne coïncide en rien à cette idée sécuritaire basée exclusivement sur la force.

Au milieu de ce tumulte, la voix de la raison est revenue à Ana Fani, professeur de géographie : “Je souhaiterais que les policiers s'en aillent, qu'on nous laisse continuer notre travail. Il ne s'est rien passé de tragique, il n'y a pas de terroristes ici, nous voulons seulement avoir cours.”

Cet article a été écrit avec la collaboration de Amanda Previdelli.

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