Afrique du sud : Malema hors jeu, que va-t-il se passer ?

[Liens en anglais] Julius Malema, homme politique et personnalité la plus controversée d'Afrique du sud, a été suspendu de l'ANC pour une durée de 5 ans. M. Malema est l'ancien Président de la Ligue pour la Jeunesse du parti ANC.

L'an dernier, Malema avait dirigé un groupe d'étudiants chantant “Kill the Boer” (Tuez les Boer), une vieille chanson du temps de la lutte anti-Apartheid, et un juge sud-africain l'a déclaré coupable d'incitation à la haine en raison des propos qu'il avait tenus sur une femme ayant accusé le Président Jacob Zuma de viol. En mai 2010, Malema fut contraint de présenter des excuses publiques à la nation et de participer à des sessions de gestion d'agressivité. Il transforma alors la chanson “Kill the Boer” (Tuez les Boer) en “Kiss the Boer” (Embrassez les Boer). Malema est considéré par ses sympathisants comme la vraie voix des pauvres d'Afrique du sud, en particulier depuis son appel à la nationalisation des mines dans le pays. Le blog du Père Stephen explique la suspension de Malema :

Julius Malema est sur le point d'être suspendu de ses fonctions comme dirigeant de la Ligue pour la Jeunesse de l'ANC (ANCYL, acronyme anglais) du fait de sa suspension de l'organisation pour une durée de 5 ans. Malema est exclu de toutes les activités de l'ANCYL et de l'ANC pendant la durée de sa suspension, qui est effective dès aujourd'hui, après l'annonce à Johannesburg faite par Derek Hanekom, président de la commission disciplinaire nationale de l'ANC, et les résultats de l'enquête disciplinaire concernant Malema et les grands pontes de la Ligue. Malema n'était pas présent à Luthuli House lors de l'annonce de la sanction. Il était apparemment en train de passer un examen à Limpopo. La commission a déclaré Malema coupable des deux chefs d'accusation principaux. L'un concernait ses propos du 31 juillet, déclarant que l'ANC ne se préoccupait plus des problèmes ayant trait aux intérêts de l'Afrique. … Malema a aussi été sommé de libérer son poste de président de la ligue à compter de la date du jugement. Il a 14 jours pour faire appel…

L'ancien Président de la Ligue pour la Jeunesse de l'ANC. Photo publiée sous Creative Commons (CC BY-SA 3.0) par Gary van der Merwe.

Le billet de Hardspear sur Malema exprime ses craintes pour le futur (en Afrikaans) :

Julius Malema… Ek sidder om te dink watse kak gaan hy nou aanjaag…

Je tremble rien qu'à imaginer quel genre de connerie il va faire maintenant.

Pour comprendre les événements ayant mené à cette situation, il faut considérer la récente “Marche pour la Liberté Economique” menée par Malema. Dans un billet intitulé “Zapiro has a dig at Malema's ‘Economic Freedom March” (Zapiro se fiche de la Marche pour la Liberté Économique de Malema), le blog Leaboy's Domain nous livre une présentation de cet événement illustrée d'un dessin satirique de Zapiro. La critique la plus courante, dans la blogosphère sud-africaine, consiste à souligner l'hypocrisie inhérente à Julius Malema, qui met en avant le sort des pauvres d'Afrique du sud alors que lui-même vit dans le luxe. One Long Minute nous donne son point de vue dans ce billet intitulé “What are you walking for?” (Pour quoi marchez-vous ?):

D'abord, la Marche pour la Liberté Économique menée par Julius Malema…enfin, quand il n'était pas trop fatigué, en train de prendre une pause dans sa BM avec chauffeur. C'est tellement ironique que je frise l'overdose sensorielle. Ce bâtard fainéant continue à laisser le peuple faire tout le travail à sa place et à s'octroyer tout le crédit.

Vuilblog adopte un ton satirique à l'égard des partisans de Malema en publiant une photo de Malema accompagnée de la légende suivante:

Vous n'avez pas l'eau courante, vous vivez dans une cabane, vous prenez les transports en commun. J'achète des voitures et des maisons hors de prix, je ne bois que du Johnnie Walker. Et pourtant vous m'aimez. Merci d'être un pauvre c$$.

D'autres billets examinent l'image et la personnalité de Julius Malema. Avec une pointe de sarcasme, 2OceansVibe décrit ce que Malema pense de lui-même :

Lors de son récent discours à l'Université Walter Sisulu de Mthatha, Malema affirmait que c'était le rôle de la jeunesse que d'introduire des idées radicales mais regrettait que de nos jours, on ne soit traîné devant une commission disciplinaire pour avoir “dit la vérité”. Cela venant de l'homme qui était encore ce matin dans les médias pour avoir tenu des propos diffamatoires à caractère raciste à l'encontre des Indiens. Pauvre Juju. Vraiment, il se sent juste incompris et privé de soutien.

Bibliopolit compare Malema à Lady Gaga :

Bien sûr, ici, en Afrique du sud, nous avons l'équivalent de Lady Gaga en la personne de Julius Malema ! Seulement, c'est sur la scène politique. Est-ce qu'on devrait l'appeler Julius Gaga ou Lady Malema ? Si ce n'étaient ses déclarations à l'emporte-pièce, Malema n'aurait pas une fraction de l'attention dont il bénéficie actuellement. Selon le mode de pensée de Lady Malema, si un sujet ne promet pas de provoquer une controverse, il ne vaut pas la peine d'être mentionné. Malema prospère grâce à l'attention qu'on lui porte et, selon moi, il est à mettre dans la même catégorie que Lady Gaga. Bien qu'étant physiquement adulte, il n'est pas mature mentalement ni sociologiquement et il a autant besoin d'attention qu'une petite fille de 10 ans. La seule façon dont il peut obtenir l'attention qu'il désire si désespérément, c'est en suscitant la controverse par ses actes et par ses dires.

The Fire in My Eyes ne mâche pas ses mots:

Julius Malema a l'étoffe d'un dictateur. Il incite la population noire d'Afrique du sud à procréer et semble rêver d'un pays où les blancs seraient éradiqués. Le façon dont il s'exprime évoque un Apartheid à rebours et il ne cesse de présenter les blancs comme l'ennemi. Une grande partie de la jeunesse d'Afrique du sud le soutient malgré les allégations de corruption qui pèsent sur lui. La mauvaise presse qu'il reçoit semble attiser les flammes de ses partisans et il est devenu une sorte de “sauveur” pour beaucoup.

The Property Mag fait un bilan de la vie politique en Afrique du sud à la lumière des événements récents :

Le licenciement de deux ministres, le renvoi du préfet, l'enquête sur les ventes d'armes et le fait que, quelle qu'en soit l'issue, Julius Malema ait été traduit en justice : tous ces faits ont lancé un message positif indiquant que l'Afrique du sud ne se laissera pas tomber dans le chaos d'un état du Tiers Monde. Ces mesure prises par le Président,  en conjonction avec un mini-budget du Ministre des Finances, ont certainement restauré la confiance en un gouvernement qui semblait être en passe de perdre le contrôle de la situation.

Maintenant que les choses sont claires, il reste à voir ce que l'avenir réserve à Malema et à l'Afrique du sud.

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