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Porto Rico : Un journaliste sur Twitter

Rafael Lenín López, l'un des journalistes les plus connus de Puerto Rico, a fait sa carrière comme présentateur d'un journal télévisé de la télévision portoricaine (Noticentro, WAPA TV) et dans des émissions radiophoniques (Pegaos en la Mañana, Radio Isla). A 34 ans, il a déjà été élu deux fois Président de l'Association des Journalistes de Porto Rico.

Bien que son arrivée sur Facebook et Twitter n'ait pas été une surprise, ce qui est réellement nouveau est la manière dont Rafael a su utiliser les réseaux sociaux comme un pont entre ses différentes activités journalistiques.

Rafael utilise son compte Twitter @LeninPR – qui compte plus de 20 000 suiveurs – pour offrir de brèves mises à jour et informations sur les derniers faits d'actualité, lesquelles sont ensuite davantage  approfondies à la télévision ou à la radio. Le compte lui a aussi fourni un canal pour exprimer ses opinions et établir un lien plus direct avec les Portoricains.  En fait, c'est via Twitter que nous avons demandé à  Rafael de nous accorder un peu de son temps sur son emploi du temps chargé afin de répondre à quelques-unes de nos question.

Journalist Rafael Lenín López. Photo republished with his permission.
A droite, le journaliste Rafael Lenín López.
(photo publiée avec son autorisation)

Global Voices (GV): J'aimerais commencer par vous interroger – non sur le début de votre carrière (nous y reviendrons plus tard) – mais sur votre premier contact avec les réseaux sociaux. Puisque vous aviez déjà une expérience professionnelle dans des médias plus traditionnels ou reconnus comme la radio et la télévision, qu'est-ce qui vous a motivé à commencer à informer via  Twitter? Comment en êtes-vous venu à ce média?

Rafael Lenín López (RLL): Salut! Merci de votre intérêt. Après la frénésie autour de Facebook, j'étais un peu sceptique quant au fait de me lancer sur d'autres réseaux sociaux. Toutefois, je suis allé sur  Twitter et j'y ai trouvé une manière beaucoup plus pratique de rapporter les dernières infos et de me créer  tout à la fois une nouveau profil via un média ayant un public différent de celui des médias traditionnels. Cela me donne aussi l'opportunité de glisser mes commentaires et opinions personnels, ce que je ne pourrais pas faire dans les médias traditionnels. Je peux rapidement échanger des commentaires avec le public, les gens apprennent à mieux me connaître et vice-versa.

Je ne me souviens pas comment j'en suis arrivé à Twitter mais ce dont je suis bien sûr c'est que ce sont le procès de l'ancien sénateur Héctor Martínez [es] et l'interview du gouverneur [es] dans La Comay [une émission  gossip de la télévision locale] qui ont boosté mon compte.

GV: Vous travaillez actuellement pour WAPA TV et Radio Isla et vous avez aussi été réélu Président de l'Association des Journalistes de Puerto Rico. Est-ce que le fait d'être sur les réseaux sociaux a créé un quelconque conflit avec votre activité professionnelle ? Avez-vous de fait éprouvé quelques scrupules quant à la manière de vous présenter au public ?  Que prenez-vous en compte lorsque vous envoyez un tweet ou partagez quelque chose sur les réseaux sociaux ?

RLL: Pour des journalistes plus conservateurs, cette “surexposition” impliquerait peut-être un conflit mais pas pour moi. J'essaie de compléter mon travail professionnel avec le contenu que je diffuse dans les médias sociaux. Peut-être est-ce devenu le moyen par lequel je combine le travail que je fais à la radio avec celui que je fais à la télé.  Mon objectif est de partager les toutes dernières et les plus urgentes informations au travers des réseaux sociaux et de réserver les détails et les explications pour la radio et la télévision.

J'expose mes opinions et mes commentaires lorsque j'estime qu'il est important de les exprimer et de générer une discussion ou un débat. Les gens ont besoin de cette étincelle pour les réveiller. A ce jour, cela n'a entraîné aucun conflit.

GV: Le journalisme semble plus que jamais se focaliser sur le divertissement, à cause des contraintes  économiques des médias. L'émergence de ce qu'on appelle le “crowdsourcing” (=externalisation ouverte) complique aussi la situation. Est-ce ces tendances existaient déjà lorsque vous avez commencé votre carrière ? Quels ont été alors vos plus grands défis ? Comment compareriez-vous tout cela par rapport à votre actuelle expérience ?

RLL: Lorsque j'ai commencé ma carrière à WPAB Radio à Ponce, aucune de ces tendances n'émergeait encore. J'ai eu la chance d'assister à cette grande transition désordonnée des médias qui a rendu la plupart des gens un peu fous et qui a aussi fait perdre à beaucoup leur emploi. Au début, je travaillais avec des consoles analogiques de diffusion et mettais des annonces publicitaires enregistrées sur cartouches ; je réalisais le montage des pellicules avec des lames de rasoir et je déchirais  les feuilles de papier du téléscripteur avec une règle. J'avais l'habitude de piquer un sprint à chaque fois que j'entendais la sonnerie annonçant une information urgente. N'oubliez pas que je n'ai que 34 ans !

Mon expérience actuelle est complètement différente mais ce par quoi je suis passé auparavant – au risque de sembler un peu nostalgique – me permet de comprendre parfaitement la situation à laquelle font face de nos jours les communicants.

GV: Quel est la présente situation du journalisme à Puerto Rico? Les journalistes jouent-ils leur rôle?

RLL: Je pense que oui. Je pense que nous avons des journalistes qui tendent à être très responsables, pleinement engagés dans leur travail et, par dessus-tout, dévoués à notre pays. Cependant, nous devons améliorer notre journalisme d'investigation.

GV: Vous avez récemment partagé un article  sur Facebook [es] sur la diffusion nationale d'une photo d'une tête décapitée. Dans cet article, vous dites : “Nous devons aborder ces affaires sous l'angle de l'investigation et analyser comment l'absence d'une politique adéquate face à ce problème social nous a conduit jusque-là.” Qu'est-ce qui entrave ce type de  couverture?  Les enquêtes sont-elles menées aussi rigoureusement qu'elles devraient l'être?

RLL: Le nombre de crimes commis chaque jour en notre pays ne permet pas aux communicants – donc au reste de la nation- de faire une pause et d'analyser en profondeur les problèmes sociaux dont nous sommes affligés. La plage horaire quotidienne impartie aux actualités est occupée par les évènements les plus récents et il reste de fait très peu de temps pour une discussion plus à froid. Les médias alternatifs, en conséquence, jouent là un rôle important.

GV: Le mouvement Occupy Wall Street est en train de devenir la version nord-américaine du printemps arabe. Quelle est votre implication en ce mouvement ? Quel effet pourrait-il avoir sur notre île ?

RLL: Je crois qu'il est bien que les gens essaient d'occuper les espaces jusqu'alors acceptés comme “ne nous appartenant pas.” Cependant, je pense que nous sommes loin d'un mouvement généralisé à Puerto Rico et ce, du fait du faible sens collectif que nous avons quand il s'agit d'expliquer et de résoudre nos propres problèmes.

GV: Dans votre carrière, quelles sont les informations qui vous ont le plus marqué et qu'avez-vous appris de celles-ci ?

RLL: Indubitablement, l'explosion à Río Piedras en 1996 pour le drame humain qu'elle a engendré. Si je considère des évènements quotidiens et plus banals, les procès pour corruption sont une preuve de  la manière dont l'élite politique pourrit de l'intérieur. S'agissant de personnes précises, les deux interviews de Filiberto Ojeda Ríos [es] m'ont aussi marqué à vie.

GV: Est-il difficile de vous détacher des informations qui vous passionnent, qu'il s'agisse de la couverture d'élections, d'interviews ou de quoi que ce soit d'autre ? Pensez-vous que le détachement soit requis?

RLL: Je ne crois que celui-ci soit nécessaire et je ne l'adopte pas habituellement. Je suis un citoyen et un habitant de ce pays et de cette planète.  Nous ne pouvons offrir de couverture d'évènements si nous y sommes étrangers. Cela ne signifie pas que nous devions nous positionner dans une affaire controversée. Dans de telles situations, il convient de présenter de manière équitable tous les angles.

GV: Vous avez ouvertement soutenu des projets musicaux tels que  Orquesta el Macabeo et Calle 13 sur Twitter. Suivez-vous la scène musicale locale? Quelle autre musique aimez-vous?

RLL: Je suis la scène musicale locale.  J'aime ce qui se passe ailleurs avec les artistes et les acteurs culturels, qui ne sont pas assez reçus par les grands médias. C'est ainsi que je réalise combien les médias traditionnels sont vraiment déconnectés. J'écoute presque tous les types de musique tant que celle-ci est bonne.

GV: Une dernière question.  Pourriez-vous partager avec nos lecteurs quelques conseils qui vous semblent essentiels pour la réalisation d'un pays qui soit meilleur pour tous?

RLL: Nous avons besoin de construire une nation dont le but ultime soit la solidarité et le sens du collectif.

Remerciements tout particulier à Diana Campo (@dianadhevi) pour la traduction de cette interview. Pour une plus longue  version de cette interview (en espagnol) vous pouvez lire Puerto Rico Indie ici .

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