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Philippines : Le mouvement “Occupy” de Manille

[Liens en anglais] Des manifestants philippins ont tenté d'”occuper” le pont historique Mendiola Bridge près du Palais présidentiel de Manille en organisant un campement  de protestation contre les coupes budgétaires et la pauvreté. La police a utilisé des matraques et des canons à eaux pour disperser brutalement le rassemblement. Pourtant, des milliers de personnes continuent de se réunir autour de Mendiola devant la résidence du Président Noynoy Aquino, jour après jour.

Six étudiants ont été arrêtés mais par la suite relâchés. Les maigres charges retenues contre eux par la police ont été annulées par le bureau du procureur. Un grand nombre de prostestataires ont été sérieusement blessés par la brutalité de l'évacuation.

Empêchés par la police de camper près du Palais, les manifestants ont monté leurs tentes sur la Place Miranda dans le quartier Quiapo la première nuit, puis dans l'église Bustillos à un pâté de maison seulement de Mendiola, et plus récemment encore dans le sanctuaire Liwasang Bonifacio. Le 10 décembre, Journée Internationale des Droits de l'Homme, était le dernier jour de l'occupation.

 

L'appel de plus de 100 groupes à ceux qui sont “fâchés avec le statu quo et unis par un espoir commun dans un meilleur présent et avenir” pour “agir” et occuper Mendiola a été posté en ligne pour la première fois sur www.campoutph.com:

Nous ne pouvons plus supporter une organisation sociale pervertie qui empêche la majorité de notre peuple d'accéder à une vie décente et aux services de base. Nous ne pouvons plus supporter un système social qui produit une richesse immense pour les capitaux étrangers, et aussi peu pour le peuple, qui trime toute sa vie, et qui s'enfonce de plus en plus dans la faim, la pauvreté et l'injustice.

Mettant en avant le thème “sawang-sawa na tayo” (on en a marre), le campement  voulait attirer l'attention sur de nombreux problèmes, depuis les coupes budgétaires du gouvernement Aquino dans l'éducation et les services sociaux,  jusqu'à la hausse incessante des prix de l'essence et des produits de première nécessité, en passant par la réforme agraire, les problèmes des migrants, l'expulsion des populations pauvres des villes et les atteintes répétées aux droits de l'homme.

Manifestation "campout" bloquée par la police. Photo de @androzarate

Des vidéos réalisés par des étudiants et des jeunes leaders, des universitaires, des artistes, activistes et autres supporters de ‘campout’ exprimant leur désenchantement face au système et invitant d'autres à les rejoindre dans le mouvement circulent également en ligne :

Le peuple en a marre de la pauvreté. Tous les secteurs de la société ont une responsabilité à prendre pour y mettre fin. Je suis Axel Pinpin, un activiste du mouvement paysan et un poète. Chacun de nous a la responsabilité de continuer à réveiller les consciences des Philippins sur leur conditions réelles de vie. Chacun est invité au “campement du peuple” qui commencera le 6 décembre.

Des centaines d'étudiants venant de différentes universités publiques ont mené des actions sur les îles Panay et Guimaras alors que presque un millier d'étudiants ont bravé la pluie dans Iloilo City pour une marche-rallye en solidarité avec le mouvement Occupy Mendiola.

Photo de l'auteur

Le mouvement Occupy Mendiola s'inspire des révoltes populaires du “printemps arabe” au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, des grèves générales en Europe, et du mouvement de protestation “Occupy” devenu aujourd'hui mondial.

Les dernières nouvelles sur les occupations en cours peuvent être consultées sur Facebook ou via les hashtags #sawangsawa et #campoutph sur Twitter.

Marre du système

Krissy Conti, conseiller des étudiants de l'Université des Philippines (l'université nationale), explique la signification historique de Mendiola en tant que lieu d'occupation :

Mendiola, au pied du siège du pouvoir politique et économique des Philippines, a toujours été historiquement un lieu de protestation. Un campement à Mendiola contre le système de gouvernement actuel, comme le mouvement “Occupy Wall street” contre la cupidité des firmes, possède la “puissance du lieu”. Nous étions là en septembre dernier, en mai dernier ainsi que l'année précédente, en décembre. Pourquoi le Président Aquino n'a-t-il pas fermé cet endroit aux activistes cette fois-ci, avec ou sans permis ?

Politika2013 fait remarquer l'ironie de l'évacuation brutale quelques jours seulement avant la Journée des Droits de l'Homme :

Mais la police, au nom de la sécurité de l'occupant actuel du Palais, ne veut pas que les manifestants exercent leur droit démocratique à Mendiola. Donc, ils bloquent les marcheurs avant même qu'ils puissent approcher ce symbole de la lutte pour la démocratie du peuple philippin.

Cette scène nous rappelle les souvenirs de la répression des manifestations durant la période sombre des années Marcos,  du début des années 1970 jusque dans les années 1980, auxquelles les collègues et les supporters des parents de Noynoy avaient participé.

New Philippine Revolution critique l'évacuation violente et y voit une preuve de la paranoïa du gouvernement Aquino et de son mépris total des principes démocratiques.

Je ne vois rien de mal à permettre à des étudiants de camper à Mendiola, de passer leur Noël là, ou simplement de faire véritablement du pont leur maison. Malacanang est plus loin. Un campement à Mendiola n'affectera même pas la sécurité du Palais.

Aux États-Unis, des centaines de milliers de gens ont eu le droit de s'exprimer, d'où le mouvement “Occupy Wall Street”. Dans une période comme celle-ci, où les gens ont faim et des millions sont sans-emploi, supprimer ces actions légales dans une démocratie est simplement stupide.

Le blogueur Terry Ridon cite “5 raisons pour lesquelles vous devriez rejoindre #campoutph”:

5. Le budget de votre école a diminué. Encore une fois. Et encore… 4. Vous aimez voyager avec le MRT et le LRT [système de transport en commun]… 3. Votre père était un agriculteur. Et votre lolo [grand-père] était un agriculteur… 2. Vous/Maman/Papa/Frérot/Sœurette/ tout le monde est un OFW [travailleur philippin à l'étranger]… et 1. Vous avez l'impression qu'il y a quelque chose qui ne va vraiment pas dans ce système.

A radical's Nut répond à la stratégie toujours plus nette du gouvernement Aquino de minimiser l'importance ce mouvement “Occupy”.

Le porte-parole présidentiel Edwin Lacierda a dit en octobre qu'il n'y avait pas de raison pour qu'un mouvement similaire se produise (aux Philippines), dans la mesure où le gouvernement est du côté des plus pauvres des pauvres. Le gouvernement, dit-il, se bat pour une croissance pour tous.

Rien ne peut être plus loin de la vérité. Dans son éditorial du 6 décembre, le Philippine Daily Inquirer remarque que le revenu cumulé des 1% des familles les plus riches (185 000) est l'équivalent à celui des 30% les plus pauvres. Aquino, comme Arroyo, appartient à ces 1% qui monopolisent la richesse du pays.

Les politiques économiques favorisent l'élite au pouvoir à laquelle  Aquino tout comme Arroyo appartiennent. Ils utilisent le pouvoir politique pour empêcher toute redistribution sociale de la richesse et en accumuler encore plus. L'exemple le plus frappant est l'Hacienda Luisita [plantation possédée par la famille du président actuel], qui a été contrôlée par la famille du président, propriétaire depuis  plus d'un demi-siècle, par la violence et la fraude. Aujourd'hui, Aquino veut obtenir des compensations des agriculteurs que sa famille a exploités pendant des décennies avant qu'ils puissent obtenir la terre qui leur avait toujours appartenu.

 

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