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Russie : L'opposition désunie à St. Pétersbourg

Catégories: Europe Centrale et de l'Est, Russie, Cyber-activisme, Droits humains, Élections, Gouvernance, Liberté d'expression, Manifestations, Média et journalisme, Médias citoyens, Politique, RuNet Echo

La contestation post-électorale de décembre 2011 a deux composantes : les ‘opposants professionnels’ et les citoyens vigilants. A Moscou, ces deux éléments ont réussi à s'unir en une des manifestations pacifiques les plus massives de l'histoire du pays. A St. Pétersbourg, en revanche, le rassemblement a été boudé par l'une des parties. Les citoyens ont réagi par la confusion et le dédain.

Les manifestations changent-elles quelque chose ?

Qu'est-ce qui a changé depuis le 5 décembre, avec les premières manifestations d'après les élections ? Cela a-t-il un sens de participer aux rassemblements de protestation organisés par l'opposition ? Telles étaient les questions posées à l'approche du 24 décembre, jour d'un autre rassemblement à travers toute la Russie (la liste détaillée des manifestations en Russie et à l'étranger est ici [1] [en russe]).

Plusieurs mouvements ont donné cette réponse sur leur groupe Vkonakte [2] [en russe] :

Dans son adresse [3] au Conseil de la Fédération Medvedev proposait une “réforme complexe” du système politique (par rapport au discours de l'an dernier où il n'avait consacré que trois minutes aux questions politiques). Les propositions comprennent l'élection contrôlée des gouverneurs régionaux, un enregistrement simplifié des partis politiques, des circonscriptions à mandat unique…

"No voice. No choice." Photo from St Petersburg meeting. Photo by Maria Lelyuk [4]

"Pas de voix. Pas de choix." Photo du rassemblement de St Pétersbourg. Par Maria Lelyuk

Un autre accomplissement des manifestations précédentes est l'appel du Conseil Présidentiel aux Droits de l'Homme au renvoi de Vladimir Tchourov, président de la Commission Electorale centrale.

Nul ne saurait dire laquelle de ces initiatives, s'il y en a une, débouchera sur du concret, mais il est indéniable que le pouvoir n'est pas resté inerte. Les autorités semblent avoir misé sur une extinction naturelle des rassemblements et manifestations d'après-élections avec le temps et le relâchement de la tension.

D'aucuns affirment que le discours du Président n'est autre qu'une aumône aux citoyens. Des voix appellent donc tous à continuer à battre le pavé jusqu'à ce que le but, des élections justes, soit atteint. L'utilisateur @WakeUpR (le compte officiel du comité d'organisation du rassemblement du 24 décembre à Moscou) a tweeté [5] [en russe] :

Нам Медведев столько всего наобещал сегодня. Теперь ведь мы никуда не пойдем? Правда? Посидим тихонечко, подождем, пока выполнит.

Medvedev nous a fait tant de promesses aujourd'hui. Alors on ne va plus nulle part ? Vraiment ? Asseyons-nous doucettement et attendons qu'il les réalise.

La manifestation de Saint-Pétersbourg scindée par les hommes politiques

A St. Pétersbourg l'opposition s'est scindée en deux rassemblements aux lieu d'un, qui se sont tenus à seulement une heure d'écart (l'un place Pionerskaya et l'autre plpace de l'Académicien Sakharov). Selon les communiqués officiels, la majorité des organisations y compris les partis et mouvements politiques, se sont prononcées [6] [en russe] lors d'une réunion de coordination le 22 décembre, contre la participation de nationalistes au futur rassemblement, à cause des provocations de ceux-ci lors des deux précédents rassemblements (des 10 et 18 décembre). A Moscou aussi le risque de perturbation était très élevé, mais les protestataires réussirent à trouver un consensus [7] [en anglais].

Une autre explication de la rupture était que l'opposition se disputait un pouvoir que pourtant nul ne possédait (les écoutes téléphoniques illégales de Boris Nemtsov illustrent le climat [8] entre les hommes politiques de l'opposition). Par manque de confiance mutuelle, la manifestation a échoué à réunir de nombreux individus qui refusaient d'être manipulés. Les manifestants en majorité n'appartiennent à aucun parti mais ressentent la nécessité de défendre leur droit de vote constitutionnel.

Le rassemblement place Pionerskaya commença à 13 heures comme prévu. Première surprise de la journée, le podium était décoré des emblèmes d'un seul parti, Russie Juste, bien que la manifestation fût organisée par de nombreux groupes militants. Et leur hymne joué au début et à la fin a fait paraître l'ensemble de la manifestation comme seulement la leur.

The stage with emblem of Just Russia. Photo by dugwin (dugwin.net) [9]

Le podium avec l'emblème de Russie Juste. Photo dugwin (dugwin.net) (Utilisée avec sa permission).

Une telle monopolisation de la symbolique de manifestation (au bénéfice de Russie Juste, et plus encore de Sergueï Mironov qui sera candidat à la présidentielle de mars 2012) a provoqué rejet et désaveu parmi les participants. @dark_vovich s'exclame [10] [en russe] :

Piter [St.Pétersbourg] a complètement coulé le rassemblement d'aujourd'hui…

et poursuit [11] [en russe] :

Russie Juste c'est pareil que Russie Unie. Ils ont occupé le rassemblement de Piter. Quelle honte !

@Andrey_Seryakov a tweeté [12] [en russe] sur le résultat de telles actions :

Справедливая Россия сегодня, похоже, окончательно отбила желание у Петербуржцев ходить на митинги.

Il semble que Russie Juste a finalement coupé l'envie aux Pétersbourgeois d'aller aux meetings.

Un meeting qui a rassemblé entre 2.500 et 5.000 participants, bien moins qu'à Moscou. Les contestataires ne se découragent pas pour autant. Les modérateurs du groupe Vkontakte “Saint-Pétersbourg pour des élections justes” a apostrophé [13] [en russe] les politiciens de “Russie Juste” qui ont saboté une initiative citoyenne :

Мы выходим на улицы не потому что мы идем за вами, а потому что мы сознательные граждане, которые хотят, чтобы законы их страны соблюдались и чтобы выборы были честными. ЭТО НЕ ВЫ ВЫВОДИТЕ НАС НА УЛИЦЫ, ЭТО МЫ ВЫВОДИМ ВАС!

Nous sortons dans les rues non parce que nous marchons derrière vous, mais parce que nous sommes des citoyens responsables, qui veulent que les lois de leur pays soient respectées et que les élections soient honnêtes. CE N'EST PAS VOUS QUI NOUS AMENEZ DANS LES RUES, C'EST NOUS QUI VOUS AMENONS !