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Les choix des Japonais face à la peur des radiations

Cet article a été traduit pendant l'année scolaire 2012 par Diane Difo, Clémence Paccaud, Cécile Lenormand et Floriane Garcia, étudiantes FTSK Germersheim, sous la direction de Catherine Chabasse dans le cadre du projet « Global Voices ».

Par crainte des effets à long terme sur la santé dus à la catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, certains habitants de la principale île japonaise ont déjà pris la décision de déraciner leur famille et de déménager dans une autre préfecture ou un autre pays. Nous n’avons aucun chiffre précis et beaucoup de raisons sont à l’origine de ces décisions importantes. Cependant les raisons sont totalement différentes de celles qui avaient été prises précipitamment lors de l’évacuation qui avait eu lieu dans la semaine suivant la catastrophe.

Le blogueur Taku Nakajima est un de ceux qui a décidé de rester. Il exprime ses réflexions dans un blog intitulé “Je veux pouvoir accepter ceux qui ont pris une autre décision”(自分と違う決断をした人に敬意を持てるようになれたらいいな) [en jappnais] et appelle à davantage de compréhension pour les émotions sous-jacentes qui font suite à ces conflits.

[ Remarque : Cet article de blog a été traduit dans son intégralité avec la permission du blogueur.]

 Cartons de déménagement de l’utilisateur Flickr bao_bao (CC BY-NC-ND 2.0)

Cartons de déménagements, par l’utilisateur Flickr bao_bao

Admettons qu’un ami soit parti par peur des radiations alors que, moi, je suis resté et que nous nous rencontrions par hasard vingt ans plus tard. Si ma famille n’avait aucun problème de santé, alors cela signifierait que j’ai « gagné ». Je me sentirais certainement supérieur et je lui dirais quelque chose comme : « A cette époque, cela a dû être très difficile pour toi. » Si par contre un de mes proches était malade, cela voudrait dire que j’ai « perdu ». Je passerais très probablement beaucoup de temps à chercher des excuses. Dans tous les cas, la situation serait douloureuse.

Bien que nos décisions nous aient menés sur des voies différentes, elles ont été toutes les deux pénibles et mûrement réfléchies. Lors de nos retrouvailles, je souhaiterais que nous puissions nous réjouir de tout cœur et nous dire : « C’était une période difficile mais je suis très heureux que nous ayons tous les deux fait de notre mieux. » Je veux pouvoir accepter ceux qui ont pris une autre décision. Actuellement, je ne peux imaginer mon Moi à venir qu’en refoulant stoïquement mes véritables émotions et en faisant comme si de rien n’était. D’une façon ou d’une autre, je voudrais pouvoir avoir, dans les deux cas de figure, une attitude positive face à nos deux positions.

Son départ a doublé ma crainte des radiations. Bien sûr, je n’ai pas de raison d’avoir peur, je me suis très bien informé et je pense que les informations collectées au cours de mes recherches sont fiables. Quelle que soit l’ignorance de mon ami et l’absurdité de sa décision à mes yeux, son choix a pourtant changé sa vie et l’a amené à surmonter de nombreux risques. Le simple fait que quelqu’un qui me soit aussi proche prenne une telle décision est choquant et je le déteste de m’avoir mis face à ce dilemme. Quand nous nous reverrons, ce sentiment jettera tout de même une ombre entre nous.

Je pense être une personne capable de surmonter cette animosité et de se comporter en parfait gentleman, sauf en cas extrême, mais cela ne signifie pas que je peux arrêter de haïr et de me faire du souci. Pourquoi est-il nécessaire de penser ainsi alors que d’autres interprètent la situation de façon totalement différente ? Est-ce vraiment utile ?

La question que nous devrions nous poser est la suivante : chacun de nous a-t-il fait de son mieux à partir de ce qu’il savait à ce moment-là ? J’aimerais tout d’abord partager ma vision des choses avec mon ami avant qu’il ne parte. Je voudrais faire de mon mieux et écouter attentivement ce qu’il a à dire. Et si cela nous amenait à prendre une autre décision, celle-ci serait alors fondée sur les choix qui nous paraîtraient, à l’un et à l’autre, les plus justes. N’est-ce pas tout ce que nous pouvons espérer ?

Peu importe la décision prise par mon ami, la peur m’habitait déjà. On ne peut certes rien y faire, mais son départ ne devrait pas l’intensifier. Je veux m’épargner ce surcroît de négativité, et je ne veux sûrement pas qu’elle se tourne contre lui. Voilà le genre de personne que je voudrais être.

Les faibles radiations ont des effets sournois. Décider de partir est un dilemme, c’est tout ou rien. Cependant il y a d’énormes divergences dans les réactions, comme par exemple, en ce qui concerne les denrées alimentaires. Toutes ces décisions, qui doivent être prises dans la vie quotidienne, ouvrent des abîmes de complexité.

Même si plus tard, ces problèmes semblent s’être multipliés parce que quelqu’un d’autre a pris une autre décision, cette insécurité existait vraisemblablement dès le début et nous ne devrions pas en rejeter la faute sur les autres. Quand quelqu’un croit quelque chose qui est apparemment faux, nous nous devons évidemment de le lui dire. Si chacun était plus conscient de la peur qu’il porte en lui, la communication entre les les hommes serait meilleure.

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