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2011 est-elle la pire année de l'histoire du Malawi?

Alors qu'on entamait l'année 2011, chacun espérait que les choses s'amélioreraient concernant la fourniture en essence et les difficultés monétaires et de la politique au Malawi. D'où le choix de certains Malawiens du chigubu (sorte de jerrican) comme objet de l'année 2011 [en anglais comme les liens suivants].

Au début de l'année, la plupart des Malawiens ne se doutaient pas que la queue pour s'approvisionner en essence serait encore plus longue à la fin de l'année. Un reflet des défis économiques grandissants affectant la vie quotidienne à travers tout le pays.

Le climat dans le domaine politique s'est lui davantage tendu au cours de l'année, avec une campagne pour la présidentielle de 2014 déjà lancée, autour d'un fossé de plus en plus net entre le président et son vice-président.

Plusieurs lois néfastes, comme l’Injunctions Bill, qui empêche les tribunaux d'accorder un sursis aux accusés opposés à l'Etat, ont été adoptées à la déception de nombreux Malawiens.

Police versus academic freedom. Source: Joseph Banda's Academic Freedom in Malawi Facebook page.

La police contre la liberté d’enseignement. Source: Joseph Banda's Academic Freedom sur la page Facebook du Malawi.

Les professionnels des médias ont été de plus en plus déterminés à écrire et à publier malgré l'intimidation de plus en plus forte tentée par les officiels du parti en place. Quelques journalistes ont tout simplement décidé se retirer ou de s'autocensurer.

Les relations diplomatiques du Malawi et de ses principaux soutiens financiers, dont la Grande-Bretagne, ont atteint un point critique avec l'expulsion de l’ambassadeur britannique au Malawi.

La bataille pour la liberté d'enseignement s'est renforcée et les intellectuels ont finalement triomphé, le chancelier ravalant sa fierté.

Le bilan du pays concernant les droits de l'homme s'est, lui, aggravé avec un total de 21 personnes mortes suite à des manifestations anti-gouvernementales, les premières du genre dans le Malawi démocratique. C'est le bilan le plus lourd du nombre de personnes tuées par les forces de sécurité au Malawi.

Et, alors que 2011 s’achevait, peu avaient l'esprit à célébrer les fêtes comme il se devait. Quelques uns ont offert leurs prières, espérant une meilleure année 2012 pour le pays. D'autres ont regardé le passé avec douleur, soulagés que l'année soit finie.

Les blogueurs du monde entier ont suivi avec intérêt les événements au Malawi. Certains ont décidé d'éviter les articles sur les problèmes du pays mais beaucoup ont eu le courage de publier sur le sujet.

Content que 2011 soit finie

Vincent Kumwenda a ainsi déclaré :

De très mauvaises décisions ont été prises cette année comme l'expulsion de l'ambassadeur de Grande-Bretagne, les mauvaises lois adoptées par nos honorables parlementaires. Le Malawi s'en serait mieux sorti sans ces décisions et notre gouvernance ainsi que nos problèmes socio-économiques auraient pu être prévenus.

Alors que sur Zachimalawi, le journaliste Richard Chirombo a posté une photographie du président Mutharika accompagnée d'une prière:

Alors que nous nous préparons à entrer dans la Nouvelle Année, notre prière devrait être: “Mon Dieu, bénis les autres nations mais ne nous oublie pas. N'oublie pas le Malawi” – le président du Malawi, Ngwazi Bingu wa Mutharika.

La crise du carburant

Boniface Dulani a conseillé au gouvernement de discuter des moyens de résoudre la crise durable de l'essence. Dans un article de blog intitulé “zones zimatha nkukambirana” (“Parler des problèmes peut résoudre la crise”) il a suggéré que le Malawi devrait s'attaquer aux problèmes sous-jacents expliquant les relations problématiques avec les contributeurs du pays:

Aller à la Banque Mondiale et au FMI et pleurer en racontant que le Malawi souffre sans d'abord résoudre les soucis qui expliquent la suspension des Facilités Étendues de Crédit repose sur un voeu pieu. Le simple fait de rencontrer les contributeurs et leur demander de reprendre les versements, alors que nous n'avons pris aucune initiative pour éviter les problèmes qui nous ont valu la suspension des aides financières en premier lieu révèle une myopie de premier ordre.
Agissons et focalisons nous sur les défis et les problèmes qui nous ont mis dans cete situation. Alors nous aurons une base pour négocier. Jusque là, MM. Gondwe et consorts, vous passerez de plus en plus pour les imposteurs que vous êtes.

Alors que la fin de l'année approchait, Ndagha a constaté avec surprise qu'il pouvait faire le plein d'essence avec facilité. Il a considéré cela comme un cadeau de Noël:

Aujourd’hui, en revenant du service religieux de Noël à l'église, j'ai vu une file d'attente réduite pour l'essence, près de chez moi. Je ne pouvais croire qu'il y eut du carburant et pas de queue. J'ai rapidement déposé ma famille à la maison avant de me précipiter à la station. En attendant mon tour, je me suis demandé avec anxiété combien d'essence on m'autoriserait à acheter. Quand ce fut à mon tour, j'ai demandé à l’employé le plein. J'avais sur le moment décidé au cas où il faudrait compléter le prix d'emprunter de l'argent, et j'ai trouvé incroyable que l’employé accepte de faire le plein. J'ai payé et je suis parti. C'était le plein le plus rapide en plus de quatre mois! Le plus rapide, même si ces vendeurs d'essence reviennent cher.

La liberté d'enseignement

Comme évoqué plus tôt, la lutte pour la liberté d'enseignement a été un domaine où les points négatifs ont été nombreux pour le gouvernement Mutharika en 2011. Alors qu'une majorité n'était pas satisfaite de sa conduite pendant la crise, Mutharika a néanmoins reçu le soutien de quelques uns, dont le directeur général de la Malawi Broadcasting Corporation Bright Malopa, sa position n'étant pas une surprise.

Malopa, soucieux de montrer son bon comportement au pouvoir qui l'a nommé, a minimisé l'importance du combat pour la liberté d'enseignement dans son article “Déçu par la conduite du syndicat enseignant Chanco” :

Il me semble évident que le régime actuel est tolérant et ne fait donc peser aucune menace sur la liberté d'enseignement et la démocratie en général. L'essence même du régime en place, il me semble, a toujours consisté en une foi en la nature humaine, distinctement de l'idéologie abstraite. Et les principes de la nature humaine sont l’adaptabilité, la flexibilité, l'ingéniosité. Je n'ai pas de raison de douter de la politique de l'administration actuelle, qui a été de donner de l'espace pour que ces qualités puissent se développer. Maintenant le Peuple, comme il le voulait, a toute la liberté au monde. En revanche, le seul problème selon moi est qu'il ne sait pas quoi faire avec.

D'autres citoyens ont eu un point de vue différent sur Internet, en majorité opposé à celui de Malopa.

Les droits de l'homme

Dès février, la société civile a voulu mener des manifestations pour protester contre les problèmes sociaux et économiques grandissants du pays. Ces manifestations ont été interdites et au même moment certaines figures de la société civile ont été réduites au silence. Au fur et à mesure de l'année, les Malawiens ne pouvaient se taire. Probablement inspiré par d'autres mouvements, ailleurs dans le monde, on a fixé la date du 20 juillet.

Malgré des tentatives du gouvernement pour arrêter le mouvement, la justice a été clémente avec les Malawiens. Les forces de sécurité ont elles mal négocié l'événement, conduisant au bilan de 21 tués et plus de 300 blessés après les manifestations réunissant les Malawiens dans les villes de Blantyre, Lilongwe, Mzuzu, Zomba and Karonga.

Le journaliste Kondwani Munthali a livré sa chronique des événements du 20 juillet dans la capitale, Lilongwe. Dans un de ses articles, “La violence au Malawi, 20 juillet: ce dont j'ai été témoin“, Munthali rapporte:

'United for Peaceful Resistance Against Bad Economic and Democratic Governance'. Image courtesy of 'DEMO YA TIYENI TONSE PA 20 JULY' Facebook page.

"Unis dans la résistance pacifique contre la mauvaise gouvernance économique et démocratique" Image fournie par "DEMO YA TIYENI TONSE PA 20 JULY", page Facebook.

10.14 Nous arrivons à la station Zodiak qui est déserte, nous partons avec Emmanuel Chibwana à Lumbadzi où les émeutes sont intenses. Nous sommes avertis un kilomètre avant que nous ne devons pas avancer. Nous abandonnons le véhicule et marchons jusqu'à la zone des émeutes. Un corps est étendu et un supermarché PTC et d'autres magasins sont en feu.

Des témoins disent que l'homme est un ouvrier en construction qui était venu voir la manifestation.
La police nous empêche de prendre des photos.

11.30 Nous recevons un appel d'un responsable de la circulation nous informant qu'on vient de tirer sur un autre homme à Chilinde. Information prise, l'homme était avec mon ami d'enfance Suzgo Kwelepeta et ils parlaient affaires quand un policier lui a tiré au visage, le tuant sur le coup.

12.00 Nous revenons par l'arrondissement 25, où nous rencontrons un véhicule de la Croix Rouge transportant une personne à moitié inconsciente apparemment visée par la police. Tout le monde nous raconte comment des gaz lacrymogènes sont jetés dans les maisons.

Beaucoup craignaient cette journée devenue depuis un mauvais point retenu contre le régime de Mutharika. On a ordonné aux chaînes de télévision d'arrêter de retransmettre les événements en direct. La situation était tendue.

La liberté d'expression et le droit à l'information ont-ils été assurés ? Après ce jour, des journalistes ont décidé de faire profil bas par peur de représailles, suite à des menaces formulées par des sympathisants du parti en place. Il reste à déterminer si cette tendance se poursuivra en 2012

Les “mauvaises lois”

Pour des raisons avancées par le gouvernement dirigé par le DPP et ses parlementaires, plusieurs projets de loi ont été votés en 2011. Cela a conduit le Comité des affaires publiques à décrire 2011 comme la pire année en termes de gouvernance. Heureusement, le gouvernement a agi en révisant ces “mauvaises lois“. Le budget a été présenté à l’équilibre l’année dernière, ardemment débattu puis finalement voté. C'était sûrement la première fois que les Malawiens entendaient parler d'un Budget Zéro Déficit.

Alors que les Malawiens débutent 2012, il n'est pas certain que les problèmes d'essence, monétaires, économiques de droits de l'homme, politiques et énergétiques seront surmontés. Une majorité espère certainement qu'il ne s'agit que de problèmes passagers et que la situation s’améliorera au Malawi cette année.

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