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Madagascar : Après le retour manqué de l'ex-président, quelle suite ?

L'ex-président Marc Ravalomanana a tenté pour la deuxième fois de rentrer à Madagascar samedi dernier 21 janvier 2012, après trois ans d'exil, sous le regard inquiet de ses concitoyens. Mais comme l'explique Niren Tolsi du Mail and Guardian [en anglais] :

La tentative de M. Ravalomanana de poser le pied sur le sol malgache a été mise en échec une heure avant l'heure prévue. D'après le chef de la sécurité de la compagnie aérienne, le pilote avait été informé par le contrôle au sol de l'aéroport international d'Ivato que celui-ci avait été fermé pour “motifs de sécurité”.

Les informations qui ont transpiré laissaient entendre qu'une foule — estimée à 20 000 ou 30 000 personnes — s'était rassemblée à Ivato dans l'attente de Ravalomanana. Personne n'a voulu dire qui a donné l'ordre de fermer l'aéroport, mais les conseillers de Ravalomanana ont suggéré que ce devait être un supérieur de quelqu'un du gouvernement d'Andry Rajoelina (qui avait déposé le gouvernement démocratiquement élu de Ravalomanana par un coup d'Etat en 2009).

La vidéo du retour avorté, mise en ligne par Jentilisa sur YouTube le 21 janvier :

Citoyenne Malgache, une blogueuse locale raconte avec émotion les sentiments doux-amers des partisans de l'ex-président [en français et malgache] venus en grand nombre l'accueillir :

Et aujourd’hui quand tu es rentré chez toi le cœur triste de ne pas  avoir retrouvé celui que tu es venu accueillir,  tu te consoles : nous sommes venus nombreux, c’est notre victoire. Tu t’encourages : Andrasanay na amin’ny valo alina aza… Et tu sais que tu reviendras encore au prochain appel.
que deviendras-tu si tu te sens vaincu ? Tu n’es peut-être pas LE peuple mais tu en fais partie, et on n’a pas le droit de t’ignorer. Mais n’oublie pas que personne ne prendra soin de toi, sauf toi-même. Des gens se moqueront de toi : tsy ho avy eo izany ny dadanareo… Pour d’autres, tu n’es qu’objet d’analyse et de reportage. Certains se serviront sûrement de toi. Mais défends ton choix et assume le reste.

Malagasy crowd at Ivato airport on January 21. Image by Jentilisa, used with permission.

La foule à l'aéroport d'Ivato le 21 janvier. Photo de Jentilisa, utilisée avec sa permission.

Les blogueurs ont mis le doigt sur les dissensions apparentes au sein du gouvernement de transition de M.Rajoelina, lorsque le Premier Ministre et le Ministre des Communications se sont ouvertement contredits sur l'auteur des NOTAM (‘messages aux navigants’), le gouvernement ou Rajoelina lui-même, ou sur l'existence même de NOTAMs, et si Ravalomanana serait arrêté, ou pas.

Le Premier Ministre Jean Omer Beriziky, un modéré, a déclaré à RFI :

Je peux vous assurer que le gouvernement, à aucun moment, n’avait donné l’ordre de fermer les aéroports à Madagascar. Le retour de l’ex-président était possible. Cependant, j’aurais souhaité que le retour de Marc Ravalomanana se fasse dans d’autres conditions. Je pensais qu’il était possible d’arriver à une solution consensuelle, c’est-à-dire que toutes les parties prenantes de la feuille de route puissent trouver ensemble une manière consensuelle de faire revenir le président dans sa patrie.

Crowd facing police forces in Madagascar by Mamysou. Used with permission.

Le face à face foule-police à Madagascar par Mamysou. Photo utilisée avec permission.

Le gouvernement de transition n'a pas eu de stratégie cohérente face à la crise, comme le résume VANF dans sa chronique hebdomadaire dans l'Express de Madagascar :

Le ministre de la Défense dit s'en tenir au maintien de l'ordre, le chef de l'état-major mixte opérationnel (EMMO-Reg) d'Analamanga prétend appliquer un mandat d'arrêt contre Marc Ravalomanana, la ministre de la Justice préfère ne pas en rajouter, le Premier Ministre aurait assuré Marc Ravalomanana qu'il ne voyait aucun inconvénient à son retour à Madagascar.

Etonnamment, le Ministre des Communications, Rolly Mercia, a nié que des NOTAM aient même été émis, malgré la preuve du contraire. VANF ajoute :

Alors qu’il se répandait en interviews sur les médias pour déclarer qu’il n’y avait jamais eu de NOTAM, les copies des cinq NOTAM ordonnés par le P.T. lui- même étaient affichées sur le site internet de l’ASECNA, et partagées sur Twitter et Facebook. Grotesque ! Que faut-il en conclure : incohérence, incompétence ou stalinisme chronique ?

Sur Twitter, des utilisateurs démentent que l'espace aérien de Madagascar ait été complètement fermé, et laissent entendre que l'avion de M. Ravalomanana aurait pu se poser sur l'aéroport de Morondava, où il n'y avait cependant pas de foule pour l'accueillir, et où le président aurait été facile à appréhender:

@hdleague: Alors, il est incorrecte de dire que R8 était interdit de revenir à Mada. Il était permit d'aterrir à Morondava pour être arrêter. #M21112

Sur ‘Madagate’, Jeannot Ramambazafy reconnaît le droit de M. Ravalomanana à entrer à Madagascar, mais défend aussi le droit des Malgaches à le passer en jugement, après sa condamnation pour avoir prétendument ordonné à sa garde présidentielle d'ouvrir le feu sur les manifestants en février 2009 :

Ainsi, s'il a été demandé au pilote -qui a refusé- d'aller atterrir à Morondava, c'était pour mettre en application cette note et pour sécuriser l'intégrité physique même de Marc Ravalomanana qui a, bien sûr, le droit de rentrer, mais… Au nom de l'indépendance de la Justice malgache, le mandat d'arrêt émis à l'encontre de Ravalomanana, depuis 2009, sera exécuté.

Marc Harmelle, un commentateur du blog Fijery blog, a des doutes sur la motivation de M. Ravalomanana :

je m’interroge ce soir quand a ses motivations de convoquer une telle foule ; est ce pour avoir un bouclier humain ou est ce par pure folie des grandeurs souci d’etre acclamé , ovationné par un peuple misérable ? La première solution est dégueulasse et lâche , la seconde démontre que ces 3 ans ne l’ont pas mûris *Dernièrement a mon sens rentrer discrètement en se remettant entre les mains de la justice aurait été judicieux ; il était impossible de lui refuser ce retour , impossible de le malmener et je gage qu’il n’aurait au pire fait que quelques jours de geôle ; la pression internationale et nationale aurait pu pleinement s’exercer et quelle aura politique !!!

Le titre du billet de Rovahiga, ‘Rajoelina marque contre son camp’ laisse entendre que le refus d'entrée de M. Ravalomanana nuit au camp Rajoelina.

L'ambassade des USA, qui a activement suivi les événements sur Twitter, a désavoué un reportage de CNN laissant supposer que les Etats-Unis désapprouvaient le retour de Ravalomanana :

@USMadagascar: Les Etats-Unis regrettent la diffusion d'un article de CNN qui reflète de façon incorrecte notre position officielle sur le retour de [M.] Ravalomanana à #Madagascar

Fijery doute que la débâcle de samedi ait des répercussions réelles, en particulier de la part de la communauté internationale, qui n'a pas réussi à faire avancer l'application concrète de la feuille de route pour la paix à Madagascar :

ce retour en plein ciel à quelques miles d’Antananarivo devant des journalistes internationaux ridiculise, si besoin était encore, un régime hâtif marqué par l’amateurisme. […] En parallèle, cette décision montre à la Communauté internationale à quel point Andry Rajoelina et la clique qui l’entoure sont peu désireux de réconciliation et d’apaisement. Ceci étant dit, je ne crois pas que cela aura beaucoup d’impact. Quand on a vu avec quel empressement l’ambassadeur de l’ Union européenne et le Coordonateur des Nations unies sont allés se défroquer devant Monsieur Rajoelina, sans tenir compte des violations de la démocratie et des droits de l’homme, on peut se dire raisonnablement que ce n’est pas un dérapage de plus qui va émouvoir la communauté internationale, prête à gober les couleuvres hâtives.

Depuis, les protagonistes malgaches ont été convoqués en urgence à Pretoria aujourd'hui pour une réunion avec la SADC (Communauté Sud-Africaine de Développement). La participation du premier ministre de transition de Madagascar, Jean Omer Beriziky, a  été annoncée.

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