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Roumanie : “Moi, citoyen”

La contestation est descendue dans les rues depuis une semaine déjà en Roumanie pour réclamer des élections anticipées, et sur le cyberespace roumain, les échanges vont bon train sur l'identité des contestataires, ce qu'ils veulent et sur quoi débouchera le mouvement. Les manifestants n'ont pas encore de leader, ce qui n'affaiblit pas pour autant leur voix, et le changement semble amorcé.

Lundi 23 janvier; le Premier Ministre Emil Boc a limogé le Ministre des Affaires Etrangères Teodor Baconschi , une semaine après la publication par ce dernier de ce billet sur son blog personnel [les blogs cités sont en roumain] :

Une chose devient de plus en plus claire pour les Roumains de bon sens. Un combat sans merci a commencé entre les forces du passé et le projet d'une nouvelle Roumanie. L'opposition a fini par activer tout l'arsenal hérité des communistes: punks armés, désinformation, propagande haineuse […] Cette année sera cruciale pour la Roumanie. Le choix est simple : réformes, responsabilité et sécurité – ou régression, populisme et le règne d'un club. Mais le choix sera fait par la Roumanie sérieuse, la Roumanie travailleuse, la Roumanie progressiste, et non par l'alignement de la lie violente et incompétente, semblable aux mineurs du passé, derrière les héritiers de l'ancienne [Securitate] communiste.

Le journaliste Bogdan Ciuclaru décrit la responsabilité citoyenne, que les Roumains, lassés de n'être écoutés que pendant les campagnes électorales, commencent à exercer :

Je suis moi aussi déçu par Traian Basescu et ne suis pas prêt à permettre au couple [Victor Ponta et Crin Antonescu, les deux principaux dirigeants d'opposition de l’USL/Union Social Libérale] de me faire le même coup. Traian Basescu a été le dernier représentant de la génération du Front National du Salut [le premier parti formé après la révolution de 1989] qui a eu ma confiance et même mon affection. En 2004, il était un phénomène, un personnage politique habile, une alternative à un gang, une sorte de poil à gratter… je ne pense pas qu'il m'ait trahi, il m'a plutôt déçu en ce qu'il est devenu précisément ce qu'il paraissait vouloir condamner ou corriger. Après avoir essayé Traian Basescu, je pense que nous avons épuisé les options raisonnables, et le seul à qui je puisse faire confiance désormais c'est moi, moi, citoyen… Je n'ai pas le droit de me décevoir à la maison, dans ma voiture ou dans la rue. Je n'ai pas le droit de décevoir la banque non plus, si j'y pense. Pour les citoyens, la règle de la déception est plus sévère. Si vous voulez pouvoir vous regarder en face, vous allez continuer à vous conformer à cette règle et veiller à ne pas décevoir vos parents, votre famille, vos collègues, patrons et ainsi de suite.

[…] La politique semble la façon la plus aisée de pratiquer la déception avec une intensité 100 fois plus grande. Si vous êtes exposé à une telle déception, il vous reste peu d'alternatives : voter et manifester. L'évolution de Traian Basescu et des autres personnages qu'il a mis en avant ou soutenu me fait douter de la première option et accorder plus d'attention à la seconde. Pour moi il ne suffit pas d'être écouté une fois tous les quatre ans. Voilà pourquoi je suis descendu dans la rue… Si je n'agissais pas, je me décevrais.

Je suis convaincu que manifester et exprimer son mécontentement d'une voix plus forte est bien. C'est à peu près la seule manière de se faire prendre au sérieux par le pouvoir. A quoi bon avoir le wifi, le chauffage central et des bus si nous sommes constamment poursuivis par la frustration de ne pas être écoutés par ceux que nous avons élus pour nous gouverner…

Manifestation à Bucarest contre le plan d'austérité. Photo GEORGECALIN, copyright © Demotix (19/01/12).

La société roumaine était très passive depuis 22 ans, et le journaliste Vasile Ernu propose de se montrer unis en prenant le blanc pour emblème de la contestation actuelle :

Il devient de plus en plus difficile de faire sortir les gens dans les rues. On arrive à rassembler peut-être 2.000, 5.000, voire 15.000, mais c'est très dur. Pourquoi ? Pour diverses raisons. Nous avons oublié comment manifester, nous sommes fragmentés, nous ne savons plus comment être unis et courageux, nous avons oublié qu'au-delà de l'intérêt particulier il y a un intérêt général qui donne du sens à une société. Nous nous sommes accoutumés à être humiliés et avons oublié que nous aussi pouvons être une force que devraient craindre ceux qui sont au pouvoir.

Il reste quelque chose à faire… Et si nous nous mettions à porter des rubans blancs ou des écharpes blanches, sur le revers ou agrafés à la poitrine, autour du cou ou du poignet, tous blancs. Nous pourrions les accrocher à nos fenêtres et voitures. Nous pourrions être 5.000 pour commencer, puis 15.000, puis 100.000 puis un million. Nous serions de plus en plus nombreux… Tout le monde ne peut pas descendre dans la rue, mais ce geste est à la portée de chacun qui se sent révolté et mécontent du pouvoir. Au début, nous serons timides et effrayés, puis quand vous et moi nous rencontrerons, nous nous reconnaîtrons. Au début, nous serons quelques-uns seulement, puis de plus en plus s'uniront et prendront courage. Graduellement, de moi à vous, de voisin à voisin, d'un manifestant à un gendarme, de plus en plus de gens porteront des rubans blancs. Un effort minime sans violence. […]

Certains slogans des contestataires roumains sont contre la classe politique en entier. Mais qui choisiront les électeurs lors du scrutin prévu à la fin de l'année ? Catalin Tolontan imagine la vie après les manifestations :

Je ne crédite d'avance aucun des nouveaux mouvements politiques. Ce que je crois, c'est que nous ne pouvons pas nous permettre d'en arriver au point de ne plus pouvoir entendre les idées à cause des imperfections des voix qui les expriment.

Nous vivons tous des vies imparfaites, mais nous attendons de ceux qui nous gouvernent des vies exceptionnelles. Dans ce cas de figure, c'est nous les hypocrites, pas eux. Chacun de ceux sur la Place de l'Université – des femmes et des hommes que j'admire beaucoup s'y expriment – a ses faiblesses. […]

[…]

J'ai mes propres doutes de journaliste et de vieux comptes à régler avec Crin Antonescu [leader d'opposition et futur candidat à la présidentielle], même si cela me plaît qu'il ait osé dire en ce moment, à plusieurs reprises, que les membres des partis politiques valent autant que ceux qui manifestent à travers toute la Roumanie. Les membres des partis militent au quotidien sur leurs agoras virtuelles. Que devrions-nous leur dire ? Laissez-nous, nous sommes immaculés ! C'est sûr, nous pouvons continuer à détester les différences et rêver d'un chevalier blanc. Nous fixons l'horizon. Pour le moment le blanc est l'apanage de la neige, la seule solution pour les gens au pouvoir, une neige homogène et froide dans laquelle nous nous fondons, purs, préservés et isolés.

Le mot de la fin revient au journaliste Radu Tudor qui commente la déclaration de Crin Antonescu que la démission des députés USL du Parlement roumain n'est qu'une affaire de jours :

C'est ce que je veux depuis un an et demi. Après les heures noires de la démocratie roumaine, le 15 septembre 2010, lorsque Anastase Roberta Alma [président de la Chambre des Députés du parlement roumain] a trahi en compagnie de 80 députés de la coalition au pouvoir sur le vote de la loi sur les retraites, l'opposition semble avoir enfin compris qu'elle ne peut plus rester aux côtés des voleurs du régime actuel. […]

Je suis des plus inquiet et curieux de voir si l'opposition  honorera cet engagement.

Cela signifierait une solidarité totale avec les milliers de mécontents qui manifestent à travers toute la Roumanie.

Ce serait probablement le sprint final pour gagner les élections.

Maintenant l'intelligence et la bêtise vont être passées au crible. On va voir…

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