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Les parlementaires kirghizes doivent-ils prendre le bus pour aller au travail ?

Les parlementaires du Kirghizistan membres du Jogorku Kenesh ne sont pas réputés pour leur abnégation. Cependant, la proposition émanant de la Chambre que les députés renoncent à leurs voitures subventionnées par l'Etat et prennent un minibus pour aller au travail a amené les Kirghizes à réévaluer les privilèges auxquels ont droit leurs élus.

La proposition a émané des rangs du parti socialiste Ata-Meken, au cours d'un débat au long cours sur les moyens de réduire un budget de l'Etat criblé de dettes. Les réactions des députés des autres courants ont été largement analysées dans un excellent article de Kloop.kg par Begimai Bolotbekova.

Akunaly Dosaly de Ata-Meken expose les grandes lignes [russe] du “projet navette” ainsi :

Chaque faction politique peut avoir droit à une ou deux voitures personnalisées tandis que la majorité des députés pourrait prendre une navette. Ils pourraient arriver le matin puis être raccompagnés le soir.

Ceci semble une initiative raisonnable, étant donné qu'il est peu probable que les députés des diverses factions voyagent dans le même bus. Mais même à cette condition, certains législateurs n'aiment pas cette idée.

Jyldyzkan Joldosheva du parti Ata-Jurt affirma [russe] :

J'ai une maison à Bishkek – j'ai refusé un appartement subventionné par l'Etat. Mais la voiture, je ne peux la refuser parce que ce n'est pas un luxe, mais une nécessité.

Incidemment, si on porte foi aux allégations d'un portail d'informations [russe], Joldosheva est plutôt ouvert aux “nécessités” subventionnés par l'Etat.

Même si quelques députés  soutiennent le projet de navette dans sa forme, d'autres pensent qu'il n'est pas réalisable dans le fonds. Tatiyana Levina du parti Ar-Namys affirme en substance qu'elle n'était pas contre l'idée de prendre un moyen de transport en commun, mais qu'elle  avait peur de l'image négative que cela renverrait aux électeurs :

Si vous renoncez aux voitures de fonction, vous devez renoncer à tout – paiements, subventions… Eh bien, de quoi cela aura-t-il l'air ? Chacun vit dans des quartiers différents de la ville. Je pense que nos électeurs seront plus frustrés [si nous allons au travail en autocar], parce que nos retraités ne peuvent voyager gratuitement en autobus.

Donc, l'électorat serait plus incommodé par des députés qui voyagent gratuitement en bus que de les voir rouler dans des Toyota Camri, fournies par le gouvernement, pour aller au travail ? Hmmm…

Super voitures, baike

Il est important de préciser que tous les législateurs kirghizes ne conduisent pas une Camri pour aller au travail. Certains rejettent le cadeau pour utiliser leurs propres voitures tape-à-l'oeil, alors que d'autres alternent entre voitures de fonction et voitures privées.

Au vu de  l'intérêt généré par l'article de Bolotbekova, Kloop.kg a invité leurs  jeunes journalistes (tous âgés de moins de 24 ans) et les lecteurs du site à prendre des photos des députés se rendant au travail. Les résultats ont été affichés comme suit (exemple):

Azamat Arapbaev, député de la faction Ata-Jurt, se rend au travail à bord d'une “Lexus LX570″,  modèle 2008, portant le numéro minéralogique 0028 KG.

Selon des informations courantes, cette marque de voiture change de propriétaire pour 87 000 dollars américains.

Se procurer cette voiture coûtera en année de salaire :
– A un député, sur la base du salaire officiel : 4.5 à 6.5 années
– A un  travailleur moyen, résident de Bishkek : de 22 à 33.5 années

L'article, comprenant quinze autres profils de ce type, a généré un flot de commentaires des internautes, qui, par le biais d'une application sur la page Facebook de  Kloop, ont soit choisi de défendre des députés spécifiques comme “intègres” ou soit donner le coup de grâce en dénonçant des cas de malversations et injustices.

Tynchtyk Maldybaev a écrit  ironiquement :

Mais pourquoi est-ce que vous dites du mal de nos députés, ils sont des demi-dieux, les représentants kirghizes de Dieu sur terre, ils pensent seulement au peuple.

Un autre lecteur, Isken, a cité l'historien anglais, Lord Acton :

Car nous savons que le pouvoir corrompt et le pouvoir absolu corrompt absolument.

Alors que certains lecteurs ont calculés combien de temps cela leur prendrait d'acquérir une Lexus, d'autres ont suggéré que l'article leur faisait prendre parti contre l'élite dirigeante. En réponse à ces accusations, Anna Leilik, éditrice de Kloop, a écrit :

Nous n'avions pas l'intention d'élever ou d'abaisser les députés. Vous avez probablement noté  que le nombre des députés des différentes factions n'était pas équitable – les voitures avaient été sélectionnées au hasard. Nous avons vouls comparer les données des différentes sources avec les photos. Concernant les [coûts des voitures] et les salaires, le public peut les consulter en ligne gratuitement, et ce e que nous avons  faite – calculer – n'importe qui aurait pu le faire.

Des armées privées au transport public

Exception faite des opinions sur la probité des députés, le fait que le parlement kirghize soit en train de polémiquer sur de tels sujets marque un changement majeur.  La loi proposée en avril de l'année dernière par l'ancien président de la Chambre, Akhmatbek Keldibekov, qui aurait autorisé les législateurs et leurs gardes du corps personnel à être armés à l'intérieur et aux abords du parlement.

A l'époque, un sondage de Kloop avait indiqué qu'un grande majorité des utilisateurs du portail était opposée à la loi, alors que beaucoup le soutenaient seulement pour des raisons falacieuses. Un utilisateur, Nurbek, avait commenté :

Je suis POUR cette loi. Laissez les se tirer les uns sur les autres au Jogorku Kenesh

Clairement, moins de 12 mois plus tard, la Chambre est un tout nouvel endroit. Elle a une nouvelle coalition au pouvoir, un nouveau président, et ses membres réfléchissent au besoin d'échanger la “flotte automobile parlementaire” contre des navettes. Avec tout cela, une émission de télé réalité attend d'être produite !

N.B.: Par coïncidence, Akhmatbek Keldibekov a quitté la présidence à cause d'un scandale entourant la distribution des plaques d'immatriculation spéciales ‘KG’. La plaque présidentielle (KG 001) se décline en plaques d'immatriculation moins prestigieuses de la série KG 00 qui procurent à leurs détenteurs une certaine prestige au Kirghizistan et souvent permettent de passer devant les agents de la circulation sans ennuis. On ne sait pas encore quelles plaques porteront les “bus des députés” dont on parle.

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