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Pérou : Terrorisme, jeunesse et réseaux sociaux

Une des répercussions les plus notables de la demande de reconnaissance comme parti politique du MOVADEF [en anglais] (Mouvement pour l’Amnistie et les Droits Fondamentaux) – si l’on met de côté les accusations d’être une couverture du Sentier Lumineux – est le nombre de jeunes activistes et de supporters que le groupe parvient à attirer. Il est souvent dit que la plupart des 350.000 signatures que le mouvement a présentées pour son inscription ont été rassemblées par des moyens frauduleux [en espagnol comme les liens suivants]. Néanmoins, même si cela s’avère fondé, le soutien rencontré par le MOVADEF auprès de certains groupes de jeunes est indéniable.

Tous les regards se tournent vers les lacunes du système éducatif péruvien qui aurait échoué à enseigner aux enfants et aux adultes l’époque du terrorisme au Pérou, et vers l'attitude de certains hommes politiques qui s'opposent toujours à la publication à grande échelle du Rapport Final  de la CVR (Commission pour la Vérité et la Réconciliation [en anglais]). Peu de débats ont eu lieu sur la responsabilité des partis politiques, qui n'ont pas fait face à la propagande latente ou à d’autres groupes anti-démocratiques implantés dans les universités ou ayant des racines urbaines ou rurales.

Il n’y a pas eu plus de débats sur les stratégies utilisées par le MODAVEF pour gagner des soutiens. Cependant, un des objectifs supposés d’au moins l’une des mouvances parait clair étant donné qu’ils utilisent de plus en plus les réseaux sociaux pour diffuser leur message, et que ces plateformes sont principalement utilisées par les jeunes. Une simple recherche sur Facebook montre plusieurs profils et pages des différentes cellules du MOVADEF ; elle montre aussi que certaines pages s’opposent au MOVADEF ; c’est donc de bonne guerre, d’une certaine manière. Youtube est un autre réseau social où le MOVADEF est présent et actif. La chaîne du mouvement propose des vidéos de leurs activités passées et des entretiens avec des membres, comme la suivante :

Au moins un utilisateur de Youtube s’évertue à poster des vidéos des activités et des entretiens contre le MOVADEF, ainsi que des témoignages historiques de l’époque terroriste : Hagamos Memoria Perú [en espagnol] (“Gardons le souvenir du Pérou”) poste des vidéos comme celle-ci :

Il semble qu’il n’existe pas de compte Twitter officiel du MOVADEF, mais un utilisateur se nomme @noalmovadef [en espagnol] (« Non au MOVADEF »).

Même si les arguments soulevés par les militants du MOVADEF, comme ceux exposés sur la vidéo ci-dessus, peuvent être méprisables et réfutables, les chaînes de télévision ont démontré une certaine intolérance en refusant de répondre ou de débattre de ces questions. C’était criant dans deux (1 , 2 ) émissions de la chaîne Frecuencia Latina. Susana Frisancho a publié sur son blog un article sur un autre entretien télévisé ; un commentaire fait remarquer l’attitude des animateurs de l’émission :

fundamentalmente se dedica a interrumpir a sus entrevistados sin dejarlos terinar [sic] una frase completa y sin permitirles que expongan sus ideas con ninguna claridad. Eso no es disputar algo en el terreno político, sino querer silenciarlo, y también es producto de nuestro sistema educativo y de la asunción (en el fondo, irracional) de consensos que no por ser mayoritarios (quizás) son justos o beneficiosos. Por ejemplo, el consenso de que estos jóvenes no tienen derecho a hablar, o incluso el consenso de que Abimael Guzmán debe seguir en la cárcel, algo que debería justificarse en el diálogo y no simplemente decirse a voz en cuello por encima de los que creen que no es así.

En fait, ils n’arrêtent pas d’interrompre leurs invités sans les laisser finir complètement leur phrase et exposer leurs idées avec clarté. Ceci n'est pas débattre dans la scène politique, c'est faire taire, et c'est aussi le fruit de notre système éducatif, et de la montée (au fond, irrationnelle) de consensus qui pour n'être pas majoritaires (peut-être) seraient justes et salutaires. Par exemple, il est admis que ces jeunes hommes n’ont pas le droit de débattre ou même que Abimael Guzman doit rester en prison ; cela doit se justifier par le dialogue et non pas seulement en l’annonçant haut et fort et au nom de personnes qui ne le pensent pas.

Sur le blog Ideele Radio est disponible une transcription [en espagnol] de l’entretien avec le parlementaire Javier Diez Canseco, qui montre la nécessité d’un débat politique et idéologique, « car leur jeu [du MOVADEF] n’est pas d’être inscrit, mais de se faire connaître et de diffuser leurs idées senderista [du Sentier Lumineux] » :

“para cualquiera que tiene dos dedos de frente el colocar el tema de que adhieren al ‘pensamiento guía de Gonzalo’, tenía precisamente por objeto colocar por delante el hacer difusión de la lógica senderista más que el de lograr la inscripción” […] “Me parece claro que en ese sentido han jugado y juegan, y creo que esa es la lógica de negociación desde la cual están presionando al Gobierno y al país. Creo que efectivamente, tienen una presencia juvenil que revela un nivel de significación que hay que encarar en un debate político ideológico en el pedido que viene por delante”, acotó. Ratificó que el tema debe ser enfrentado con una batalla ideológica y el esfuerzo de gestar un liderazgo político que genere niveles de movilización, de acción, y levante banderas y campañas concretas que resuelvan los problemas que tiene la población.

Il a déclaré que « tout esprit rationnel peut se rendre compte qu’approuver « le guide de pensée de Gonzalo » n’avait pour but précis que de diffuser la logique du Sentier Lumineux, et non pas de valider leur inscription » […] « dans ce sens, je pense qu’il est évident qu’ils en jouaient et qu’ils continuent à le faire ; c’est avec la logique de négociation qu’ils mettent la pression sur le gouvernement et le pays. Je pense qu’en fait  ils possèdent un socle solide de jeunes militants ce qui pousse à la nécessité d’entamer un débat politique et idéologique ». Il a confirmé que ce phénomène doit être combattu sur le terrain idéologique et des efforts  doivent être entrepris pour impulser une dynamique politique qui puisse générer des niveaux de mobilisation, avec des drapeaux levés et des campagnes concrètes qui résoudraient les problèmes de la population.

Nombreux sont ceux qui s’accordent sur le fait que contre le terrorisme, on ne devrait pas faire de sentiment ; mais il vaut mieux considérer qu’une telle attitude – nier l’humanité de son adversaire – a enfanté les atteintes aux droits humains durant la lutte anti-subversion dans le pays. D’autre part, le MOVADEF représente d’une certaine façon un changement dans la stratégie du Sentier Lumineux car durant l’époque terroriste il ne s’est jamais vraiment montré et a refusé tout dialogue. Aujourd’hui, le MOVADEF, même si c’est son unique tactique, se montre « à visage découvert », et n’a pas renié ses activités terroristes et l’idéologie du Sentier Lumineux.

La déclaration récente de l'exécutif qu’un projet de loi allait être présenté devant le Jury National des Elections (JNE) pour empêcher l’inscription du MOVADEF en tant que parti politique, prétextant que le groupe est une façade du groupe terroriste du Sentier Lumineux, démontre la posture de refus quant à une trêve avec le terrorisme. Gardant cela à l’esprit, Dante Castro, sur le blog « Le fruit de l’enclos d’autrui », fait la réflexion suivante :

(MOVADEF) ha puesto a prueba la legitimidad del sistema democrático. MOVADEF quiso inscribirse como partido político en el Jurado Nacional de Elecciones (JNE) pero fue rechazado por motivos ideológicos. Una organización que se declara “marxista-leninista-maoísta-pensamiento Gonzalo” obviamente es el PCP Sendero Luminoso con otro membrete. ¿Hasta qué punto la democracia liberal es tan sólida como para asumir un desafío de tal envergadura?

(Le MOVADEF) teste la légitimité du système démocratique. Il voulait s’inscrire en tant que parti politique auprès du JNE mais a été rejeté à cause de ses motivations idéologiques. Une organisation qui se réclame « marxiste-léniniste-maoïste-de la pensée de Gonzalo » est clairement liée au Sentier Lumineux. Quelle fermeté va afficher la démocratie libérale pour répondre à un défi d'une telle envergure ?

Enfin, la journaliste Maria Isabel Guerra aborde un sujet intéressant, qui n’a fait que peu l’objet de considération :

Lo que me preocupa, me reafirmo, es que el caldo de cultivo social y económico que dio origen y sustento a esta desquiciada ideología sigue vigente. En veinte años las cosas no han cambiado, seguimos teniendo vergonzosos porcentajes de peruanos viviendo en extrema miseria, y en lugar de cuestionarnos esa realidad y de hacer algo para cambiarla y crecer como sociedad integrada, lo que hacemos es temer que unos desquiciados los engañen con discursos extremistas. Me parece que eso es querer tapar el sol con un dedo. No se trata de acallar a la fuerza los discursos extremistas, que eso es como tratar de “proteger al pobrecito campesino” tapándole los oídos sino de mejorar sus condiciones de vida. Que exista un discurso extremista puede ser problemático, pero que NO sepamos cuáles son las condiciones para que éste prenda, que pretendamos ignorarlo y no hagamos nada, es vergonzoso.

Ce qui m’inquiète, et je me répète, est que le cadre social et économique qui a généré et soutenu cette idéologie démente est toujours vivace. Dans vingt ans, les choses n’auront pas changé, nous laissons toujours un pourcentage déplorable de Péruviens vivre dans une extrême pauvreté, et plutôt que de remettre en question cette réalité, de faire quelque chose pour y remédier et pour émerger en tant que société intégrée, nous nous contentons d’avoir peur de quelques fous qui vont nous embobiner avec des discours extrémistes. Je pense que c’est comme cacher le soleil avec son doigt. Il ne s’agit pas de faire taire la puissance des discours des extrémistes, ce qui équivaudrait à essayer de « protéger les pauvres paysans » en leur bouchant les oreilles ; il s’agit d’essayer d’améliorer les conditions de vie. Le fait qu’un discours extrémiste puisse être problématique, mais que l’on ne sache PAS quelles conditions sont requises pour qu’il se propage, que l’on essaye de l’ignorer et que l’on ne fasse rien, cela est honteux.

Billet publié sur le blog de Juan Arellano le 25 janvier 2012

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