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Kirghizistan : “Il n'y aura pas d'hiver”

(Billet d'origine publié en anglais le 16 décembre 2011)

Les gouvernements tombent, les présidents du parlement font trois petits tours et puis s'en vont [en anglais], et les saisons se succèdent inexorablement. C'est du moins ce que croyaient les internautes kirghizes avant la prédiction fracassante de l'ex-candidat à la présidentielle Arstanbek Abdylayev [en russe] qu’ “il n'y aura pas d'hiver”.

M. Abdylayev, qui a récolté moins de 1% des voix à la récente élection présidentielle [en anglais], annonçait à des journalistes goguenards la “vision depuis le cosmos” d'une “ère nouvelle par les Kirghizes, qui commencera en 2012” lorsque la phrase est sortie de sa bouche. Il n'a fallu que quelques jours aux vidéos en ligne de sa conférence de presse pour devenir virales, et les utilisateurs kirghizes de Gmail et Facebook allèrent répétant que “Зима не будет “, c'est-à-dire “il n'y aura pas d'hiver”.

Arstanbek Abdylayev

Arstanbek Abdylayev

Si la performance visait à gagner une plus grande visibilité à M. Abdylaev et son parti “Pour le Peuple”, le succès a été foudroyant, avec l'information de ces prémonitions à la Nostradamus qui s'est répercutée dans toutes les largeurs de l'internet russophone. Selon Meerim Nazarova [en russe], sur l'organe d'information indépendant Kloop.kg :

Un clip [d'une conférence de presse] en provenance du Kirghizistan a gagné une célébrité plus vaste par l'émission [satirique] russe sur internet “C'est bien”. L'animateur Stanislav Davydov a commenté de façon comique la vidéo qui lui a été envoyée. Le numéro de Davydov a déjà été visionné plus d'un million de fois.

Davydov, un pendant russe de Russell Brand, a été cruel dans sa parodie [en russe et anglais], faisant d'Abdylaev un nouvel “Hitler kirgize” à cause de l'affirmation discutable de son conseiller Mirlan Asakeev que “la vie est apparue avec les Kirghizes”. Puis Davydov a rejoué deux fois le clip du chef de “Pour le Peuple” prédisant des inondations apocalyptiques en Occident et la fin de la succession des saisons telle que le monde la connaît, avant de conclure qu'Abdylayev est un “menteur, parce que, comme nous le savons tous, l'hiver est proche”.

L'utilisateur de YouTube Toxic959 a mis en ligne un ‘remix’ hip-hop étonnamment entraînant de la performance d'Abdylayev et Asekeev ici.

A Bishkek, il neige, soit dit en passant.

Mauvaise comm’

Sur le portail vidéo kirghize blive.kg, la section des commentaires a enflé. Répondant à l'estimation d'Asakeev que les habitants du jardin d'Eden étaient à “63,5%” Kirghizes, greenrum, un utilisateur du portail, a demandé :

“Où a-t-on trouvé l'ADN d'Adam ?”

“Tuez ces deux imbéciles [Abdylayev et Asakeev]. Ils sont une honte pour le pays,” fulminait [en russe] un autre utilisateur, Scanner.

“Peut-être que si nous avions gagné l'élection, nous n'aurions pas eu d'hiver,” songeait [en russe] un troisième, non inscrit.

Mais à côté des vannes et menaces de mort, une lassitude croissante est apparue devant les extrémités auxquelles sont prêts les personnages publics pour accéder aux projecteurs des média.

“Je veux juste dire comme c'est devenu affreux de vivre ici,” a écrit [en russe] Blacky. “J”aimerais mieux me noyer en Europe que [de rester] et être relié à [la force cosmique kirghize] AYAN !!! Bonne chance aux enfants d'Adam !!!”

Mais la surréaliste conférence de presse du 6 décembre n'était pas pour autant la première fois que le comportement erratique de l'élite du Kirghizistan attirait l'attention du monde extérieur.

En avril 2011, la blogueuse et chercheuse de la fondation Jamestown Erica Marat écrivait [en anglais] :

Fatigués des confrontations continuelles qui menacent de désintégrer la coalition au pouvoir, les députés kirghizes ont décidé de sacrifier sept moutons devant le bâtiment du parlement. D'après les traditions locales, offrir le sang d'un mouton égorgé expulse les démons qu'un humain n'est pas capable de chasser par la seule vertu de ses efforts.

Ce qui n'a servi à rien, puisque la coalition au pouvoir au Kirghizistan est une fois de plus en proie à l'incertitude, mais a assuré un déluge de titres humoristiques aux dépens du pays, comme celui du New York Times, “Kirghizistan : Un Sacrifice pour sauver la démocratie”.

“Les meilleures traditions du monde”

Une autre fanfaronnade de MM. Abdylayev et Asakeev était que le “Kirghizistan a les meilleures traditions du monde.” Si la plupart des visiteurs étrangers de ces confins attestent de l'hospitalité des Kirghizes campagnards, toujours là pour mettre un bol de kymyz [en anglais] sous le nez du voyageur égaré, c'est une tradition nationale d'un genre bien différent qui concentre en ce moment l'attention des médias mondiaux.

D'après un article de Voice of Russia [en russe] du 14 novembre,

Le mois de la lutte contre l'enlèvement nuptial a été annoncé au Kirghizistan, où, selon le médiateur de la république, le nombre de jeunes filles enlevées est estimé aujourd'hui à 15.000 ou 16.000… les autorités kirghizes vont organiser des réunions avec les gens du cru pour expliquer que le mariage par rapt est illégal, et discuter de ces faits avec la police. L'enlèvement de la fiancée est un crime, quelles que soient les raisons utilisées par les gens pour le justifier.

Un récent article des jeunes journalistes de Kloop montre pourtant que la pente sera rude pour faire entendre le message. Dans un récit d'une désespérante ironie, Azat Ruziev, Diana Rahmonova et Bektour Iskender détaillent [en anglais] comment une étudiante de la ville provinciale de Karakol, kyzy de Kymbat Barkan, a été enlevée par des inconnus alors qu'elle se rendait à la projection d'un film contre la pratique du rapt des fiancées.

Pour ceux qui ignoreraient les implications de ce crime, une vidéo du 9 décembre de Vice News offre une fenêtre accessible quoiqu'un peu atténuée sur le phénomène, tandis que le deuxième numéro du magazine en anglais de Bishkek the Spektator raconte [en anglais] un affolant enlèvement pour mariage, avec le documentariste et journaliste Anthony Butts.

Le mouvement féministe Equality Now a aidé à donner vie à cette campagne.

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