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Maldives : Au bord du chaos

[tous les liens sont en anglais sauf mention contraire] Trois ans après que la première élection multipartite des Maldives ait porté au pouvoir un gouvernement démocratique, la jeune démocratie semble être à deux doigts de l’anarchie et du chaos. L’expérience démocratique des Maldives pourrait connaître une fin prématurée car des casseurs affiliés au parti au pouvoir et des partis d’opposition se sont affrontés dans les rues de la capitale Male, vandalisant les propriétés privées, mettant le feu aux locaux des chaines de télévision privées, sous une pluie de briques et de pierres.

Une rébellion au sein de la police a abouti à une crise inquiétante entre l’armée et la police ; certains militaires ont d’ailleurs rejoint la police dans la mutinerie. La tension a atteint un point critique lorsque des communiqués ont annoncé la démission imminente du président.

La crise politique qui secoue les Maldives a débuté en janvier lorsque le gouvernement a demandé à la police d’enquêter sur certains chefs de file de l’opposition. Les accusations se basaient sur des insinuations et des allégations sans fondement et il semblait que le gouvernement cherchait à ébranler la foi islamique du pays. Les opposants ont été déconcertés de constater que la police détenait des chefs de l’opposition sous des accusations très graves alors que les dires de l’opposition auraient pu être poursuivis dans le cadre d’un procès civil en diffamation.

Le Parti Démocratique Maldivien (MDP) au pouvoir a de son côté commencé une campagne appelée « Thiheneh Nukiyeyne » [en divehi] (Vous ne pouvez pas dire cela), clamant que le parti ne pouvait permettre à l’opposition de continuer à lancer ce qui semblait être des allégations sans fondement.

Par le passé, la diffamation était un crime aux Maldives, et les écrivains ainsi que tout individu pouvaient être condamnés à la prison pour diffamation pour les critiques qu’ils exprimaient. Décriminaliser la diffamation en 2009 a été salué comme une avancée remarquable pour la liberté d’expression aux Maldives. La tendance du gouvernement à mener des enquêtes criminelles pour les affaires de diffamation était devenue une inquiétude majeure pour les défenseurs de la liberté d’expression.

Après qu’Abdulla Mohammed, Président de la cour pénale, ait jugé que la détention du vice-président du Parti Divehi Qaumee (PDQ) était illégale et ait ordonné sa libération, la police a demandé le soutien de la Force de Défense National des Maldives et des militaires pour arrêter le juge.  Abdulla Mohamed se trouve en détention militaire depuis le 16 janvier et sa disparition forcée a provoqué des manifestations de rue qui se sont poursuivies durant trois semaines.

Abdulla Mohamed a déjà été au centre de plusieurs controverses et la Commission du Service Judiciaire (CSJ) a estimé qu’il avait violé le code de conduite des juges. Il a fait appel de la décision de la CSJ devant la Cour Civile, qui a émis une injonction à l’encontre de la CSJ pour ne pas que soit pris des mesures disciplinaires contre Mohamed jusqu’à ce que son procès en appel soit terminé. L’injonction de la Cour Civile est très controversée car elle empiète sur les prérogatives accordées par la Constitution au CSJ pour rendre le système judiciaire efficace.

Le gouvernement a depuis déclaré que la détention de Abdulla Mohamed fait partie de sa campagne de dépoussiérage de l’appareil judiciaire, qui est corrompu jusqu’à la moelle, selon lui.

La détention de Abdulla Mohamed dans un camp d’entrainement militaire a été déclaré illégale et jugée comme une violation de la constitution par plusieurs partis, qui disent que l’armée n’a pas l’autorité légale pour détenir des civils. Le gouvernement n’a pas exprimé des accusations formelles contre Abdulla Mohamed. L’armée prétend avoir permis à Mohamed la visite d’un avocat ainsi que celle de la Commission des Droits de l’Homme des Maldives. Sa famille a été informée de sa situation seulement quelques jours après sa détention.

De nombreux avocats éminents des Maldives se sont exprimés contre la détention du juge Abdulla Mohamed. Parmi eux, Shaheen Hameed, vice-président de l’Assemblée Constituante , qui a écrit la Constitution actuelle, Dhiyana Saeed, premier procureur  de la République du gouvernement actuel et Husnu Suood, ancien procureur de la République du gouvernement actuel.

Le procureur Ahmed Muizzu, qui a été un avocat de premier plan avant d’occuper sa position actuelle, a aussi jugé la détention illégale. Ahmed Faiz, juge de la Cour Suprême, a exigé la libération du juge.

La Commission des Droits de l’Hommes des Maldives a aussi exprimé son inquiétude. Les Nations Unies ont exhorté le gouvernement soit de le libérer, soit de prononcer des accusations formelles à son encontre. Abbas Faiz, chercheur spécialiste de l’Asie du Sud pour Amnesty International, exprimant son opinion sur le site maldivien Minivan News, a affirmé que la détention du juge était arbitraire. Il a ajouté qu’ « Amnesty International appelle le gouvernement à apporter des motifs d’inculpation claires contre lui ou de le libérer ».

La tension est monté d’un cran supplémentaire lorsque les manifestants pro-MPD et des partis d’opposition se sont affrontés violemment dans la soirée du 6 février. Par la suite, des unités de police ont pris d’assaut la salle de réunion du MPD et auraient saccagé les alentours. Un groupe d’agents de police s’est rebellé contre ce qu’ils appellent les ordres illégaux et s’est regroupé après minuit dans le Parc de la République à Male en signe de protestation.

Au cours d'une nuit de violences, les bureaux de VTV, un diffuseur privé proche de l’opposition, propriété d’un chef de l’opposition, ont été brûlés par un groupe de casseurs. Aminath Shifleen, journaliste au Haveeru Daily, a été blessée alors qu’elle couvrait la manifestation. Ces dernières semaines, de nombreux journalistes ont été la cible d’agressions durant les manifestations et des bureaux de médias ont subi des attaques à de nombreuses reprises. La destruction de propriété privée a également fait partie du lot des délits perpétrés lors des manifestations qui ont embrasées les Maldives.

Aux premières heures de la journée du lendemain, certaines personnes étaient toujours actives sur les réseaux sociaux, exprimant leur opinion sur cette crise. La page Facebook intitulée Zuvaanunge’ Maidhaan (la place de la jeunesse) a mis en ligne des photos des manifestations. Il y a de fréquentes mises à jour sur Twitter :

Husnu Suood, ancien Procureur de la République, a tweeté:

@hsuood: dont think they can avoid a bloody confrontation. Sad day for Maldives. #mvprotest

@hsuood:Ne pensez pas qu'ils tentent d'éviter le bain de sang. Triste jour pour les Maldives. #mvprotest

Nattu a tweeté:

Maldives National Defence Force vs Maldives Police #mvprotest. MNDF steps back.

La Force de Défense Nationale des Maldives contre la Police des Maldives #mvprotest. La FDNM recule.

Yoosuf Waheed demande:

What's going on! Hard thing r pretty nasty in #Maldives

Qu'est-ce qui se passe! Les choses tournent mal aux #Maldives.

Ali Tholhath déclare:

@tholhath: Sad day for Maldives. Stop this madness.

@tholhath: Triste jour pour les Maldives. Mettez un terme à cette folie.

Ali Shiyan a tweeté:

@falho_D: Sad to see it all come to this, who is winning now? And to think it cud hav been so simple,sad day for Maldives indeed.

@falho_D: Je suis triste de voir que tout cela aboutit ainsi, qui l'emporte maintenant ? Et croire que cela aurait pu être si simple, triste jour pour les Maldives en effet.

Shareef demande:

@shareef: Things are getting worse, #Maldives Army V/s Maldives Police. Who will Win

@shareef: La tournure des évènements est de plus en plus mauvaise, l'armée des #Maldives contre la Police des Maldives. Qui va gagner ?

Agisa demande:

@agisaa: what happened to the #maldives while i was sleeping?

@agisaa: Qu'est-il arrivé aux #maldives lorsque je dormais?

Sofwathullah Mohamed a tweeté:

@sofwath: Nothing more to say. Blame games won't help. God save Maldives. #mvprotest

@sofwath: Rien de plus à ajouter. S'amuser à blâmer ne va pas faire avancer les choses. Que Dieu protège les Maldives. #mvprotest

Et voici une mise à jour. Ahmed Affan Shafy commente cette photo :

Maldives Military joins forces with police and the public against the unconstitutional rule of Mr Nasheed.

L'armée des Maldives s'est jointe aux forces de police et le peuple contre le règne anticonstitutionnel de Monsieur Nasheed.
Image posted to Twitter by @AhmedAffanShafy

Image posté via Twitter par @AhmedAffanShafy

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