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Taïwan : Dites non au boeuf américain à la ractopamine

[Liens en anglais, français, chinois] La ractopamine, un additif alimentaire qui “améliore” la viande en réduisant son taux en graisse, est interdit à Taïwan et dans plus de 150 autres pays ; certaines cargaisons de boeuf américain ont été interdites d’entrée à Taïwan après la découverte de traces de cet additif toxique dans la viande l’année dernière.

Cependant, sous la pression du gouvernement américain, le Président taïwanais nouvellement  élu Ma Ying-jeou réfléchit maintenant à la levée de cette interdiction. Les consommateurs et les éleveurs taïwanais sont mécontents de cette démarche et des consommateurs se sont unis pour organiser une contre-attaque.

Un additif controversé

La ractopamine a été développée par une compagnie pharmaceutique américaine, Elanco Animal Health, une branche d’Eli Lilly. Celle-ci est utilisée dans l’alimentation des porcs, des vaches et des dindes afin d’améliorer “l’efficacité alimentaire” et la viande  elle-même, en réduisant son taux de graisses et en augmentant son taux musculaire. L’additif est autorisé dans 25 pays mais interdit dans plus de 150 autres.

Taiwanese farmer protests against Ractopamine use in 2007. Photo by Flickr User munch999 (CC BY-NC-SA 2.0)
Manifestations d’éleveurs taïwanais contre l’utilisation du Ractopamine en 2007. Photo de l’utilisateur de Flickr munch999 (CC BY-NC-SA 2.0)

Le boeuf américain compte parmi l’une des questions les plus controversées dans les négociations de l'accord de libre-échange menées avec les autres pays ; l’assouplissement des règles en matière d’importation de viande ruine souvent le secteur agricole local. Par exemple, en 2008, la Corée du Sud s’est largement mobilisée contre la réouverture de son marché au boeuf américain, dans le cadre du processus de ratification de l’accord de libre-échange entre la Corée du Sud et les Etats-Unis.

Récemment, le Japon a aussi ouvert  son marché de viande de boeuf aux Etats-Unis. Il a autorisé la présence de la ractopamine dans la viande importée mais en a interdit l’usage dans sa production intérieure de viande de porc et de boeuf.

Une entente similaire a été mise en place depuis la mi des années 2000 entre les Etats-Unis et Taïwan selon l’accord-cadre sur le Commerce et les Investissements (TIFA). Le gouvernement américain a fait pression sur Taïwan pour qu’il lève non seulement l’interdiction sur la ractopamine mais aussi la restriction imposée sur le boeuf américain après que se soit déclarée la maladie de la vache folle en 2003.

Cependant, dans le contexte de panique sociale suscitée par le nombre de cas d’empoisonnement par le clenbuterol survenus en Chine, l’évaluation du niveau résiduel maximal (MRL) de ractopamine en 2006 n’a pas réussi à ôter cette dernière de la liste des médicaments interdits.  En 2007, lorsque le gouvernement a essayé de nouveau de lever l’interdiction sur la ractopamine, le parti d’opposition d’alors à l’Assemblée nationale populaire, le Kuomingtang, s’est rangé du côté des éleveurs porcins du pays [chinois] et a empêché l’adoption de la motion.

Une nouvelle série de controverses relative au boeuf américain a éclaté après que Don Shapiro, de la Chambre de Commerce américaine de Taipei, ait révélé que le Kuomingtang, sous la pression du gouvernement américain, avait recommencé, après avoir remporté les élections présidentielles 2012, à travailler sur une levée de l’interdiction de la ractopmineb:

Dès le début 2011, le gouvernement américain voulait commencer à préparer la reprise des discussions sur l’accord-cadre sur le Commerce et les Investissements. Mais un autre obstacle a surgi lorsque Taïwan a rejeté certaines cargaisons de boeuf, en lesquelles il avait été constaté des traces de ractopamine, un additif alimentaire “améliorant” la viande. A chaque fois qu’étaient soulevées, l’année dernière, des questions  se rapportant à la recherche d’une solution à l’impasse, les autorités taïwanaises ont répondu que rien ne pouvait être fait avant les élections de ce mois de janvier, de crainte de déclencher les protestations des consommateurs et des éleveurs et de les voir se transformer en un enjeu de campagne électorale.

Un congrès universitaire international sur les additifs organisé par le Ministère de la Santé en avril et mai 2012 a fait l’objet de critiques [chinois], celui-ci étant considéré comme une tentative du gouvernement d’informer le public sur la sécurité de la ractopamine et de créer un consensus public sur la levée de l’interdiction. En réaction à cette démarche du gouvernement, plus de 20 groupes de citoyens allant des consommateurs et des défenseurs des droits des animaux aux secteurs de l’environnement et de l’agriculture, ont formé une coalition [chinois] pour la stopper.

Réactions des médias citoyens

L’une des préoccupations du camp opposé au boeuf américain concerne les effets néfastes de l’additif sur la santé humaine et la sécurité alimentaire. Bien qu’il y ait des études qui montrent que l’absorption quotidienne acceptable de ractopamine s’élève à 60mg, le Docteur Lin, un expert en toxicologie taïwanais, a établi que ce taux avait été établi pour des personnes en bonne santé. Pour ceux qui souffrent de maladies cardio-vasculaires, un taux résiduel maximal de 6mg est déjà beaucoup trop élevé.
Le reporter citoyen, Cliteir Chen, de News Market souligne [chinois] que le gouvernement ne devrait pas galvauder la santé des gens pour des considérations diplomatiques:

許多人質疑,瘦肉精開放與否,從來就不是「能不能添加」、「要不要進口」那麼單純的問題,而是被外交、貿易政策綁在一起的複雜問題。但對全民來說,這僅僅就是最單純的食品安全議題,當我們強調飲食回復天然、少吃添加物之際,為何不是維持十多年來「零瘦肉精的」堅持?

Beaucoup pensent que la levée de l’interdiction de l’additif améliorant la viande n’est pas une question simple. Elle est liée à la politique commerciale et diplomatique. Toutefois, du point de vue des gens, ce n’est qu’une simple question de sécurité alimentaire. Nous plaidons toujours pour une alimentation naturelle et sans additifs, pourquoi alors devrions-nous cesser d’insister sur notre “refus de cet additif qui améliore la viande” dans notre alimentation ?

即使萊克多巴胺「沒那麼毒」,但不要忘記國人有不吃有毒肉品的權益,這也應是政府的義務。

Même si la ractopamine n’est “pas toxique”, les Taïwanais devraient avoir le droit de dire “non” à la viande empoisonnée et il est de la responsabilité du gouvernement qu’elle ne soit pas vendue à son peuple.
Les militants pour les droits des animaux se sont aussi joints au débat [zh] :

這種「速養」以換得「快錢」的邏輯,正彰顯出資本主義體制最殘酷的一面。也就是,為了追求最快速、最大量的利潤,可以以動物的痛苦、人類的健康、生存環境的破壞做為代價。…反對美牛,還包括反對這樣的生命態度!

Cette logique d’”efficacité alimentaire” contre “de l’argent rapide” est un reflet de la face la plus cruelle du capitalisme. En d’autres mots, nous nous autorisons à faire du profit au détriment de la souffrance animale, de la santé humaine et de notre environnement… L’une des raisons de s’opposer au boeuf américain c’est de dire “non” à une telle attitude envers la vie.

Yu Fu-Ching de News Market réfléchit aux habitudes des consommateurs modernes :

當大家激烈討論「瘦肉精到底有沒有毒」、「瘦肉精安全用量」之際,大家有沒有想過,我們難道不該回到源頭問:為什麼飼養動物需要使用瘦肉精?為什麼人們對肥肉避之唯恐不及?難道肥肉對健康的危害高過萊克多巴胺?過去我們認為肥肉一無是處、是健康危害的想法真正的正確嗎?

Lorsque nous discutons de la toxicité ou non de l’additif qui améliore la viande ou du niveau résiduel maximal de la ractopamine, pourquoi ne nous posons-nous pas cette question : pourquoi les éleveurs la donnent-ils au bétail ? Pourquoi avons-nous tant peur de la viande grasse ? La viande grasse est-elle plus néfaste que la ractopamine ? La viande grasse est-elle réellement néfaste à notre santé ?

一個簡單的邏輯:吃好的食材,是健康飲食的第一步。蔬果如此,肉品也如此。而什麼是好食材?毫無疑問,天然不添加是構成好食材的第一要件。因此,自然養殖、不使用瘦肉精,呈現天然肥瘦比的肉品,無疑是最佳的脂肪與蛋白質來源。

La logique est simple : la première étape vers une alimentation saine c’est de manger de bons aliments. Cette règle peut s’appliquer aux légumes, aux fruits et à la viande. Que sont de bons aliments ? Assurément, ce qui est capital, ce sont les aliments naturels sans adjonction d’additifs. En conséquence, la viande issue d’animaux élevés de manière naturelle sans béta-agonistes* possède un équilibre naturel entre viande et graisses. C’est indubitablement la meilleure source de protéines.

*Note de la traductrice:  Les bêta-agonistes sont, entre autres choses, des agents répartiteurs, qui permettent une valorisation des carcasses en diminuant le taux de graisse et en augmentant le taux de muscle. (Source:Open Archive Toulouse Archive Ouverte/Université de Toulouse – http://oatao.univ-toulouse.fr/1008/)

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