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Honduras: A Sabanagrande, on ne plaisante pas avec la police

La police locale n'a pas du tout apprécié la représentation satirique donnée par les jeunes de la ville de Sabanagrande, au sud de Tegucigalpa, capitale du Honduras. Chaque année Sabanagrande organise un festival culturel appelé Rey Feo (Le Roi Laid). Le poète et bloggeur Fabricio Estrada le décrit comme “une tradition majestueuse, qui réunit la plus grande manifestation de morbidité collective du sud.” Près de 40 jeunes costumés portent sur le trône un “Roi Laid” qui lit un testament plein de potins de la ville et de rumeurs rimées. Cette année, le 4 février, la satire du Roi Laid a visé la police locale.

La police hondurienne a fait l'objet d'accusations de corruption, d'attaque de citoyens, et de collaboration avec des criminels et des bandes organisées. Sans aucun doute, les tensions entre les civils et la police sont fortes.

Dans son blog Bitácora del Párvulo [en espagnol comme tous les liens de ce billet], Fabricio illustre l'atmosphère qui a régné dans la ville pendant la journée du Roi Laid de cette année :

“Te digo que esta vez le tirarán duro a la chepa (la policía), yo tengo un primo que sale en el cortejo…” susurra un niño. Pero ya todos lo saben. Han tenido todo un año para meterse en la vida pública como privada, y lo de la policía es público y privado a la vez: público porque los medios masivos ya lo denunciaron y privado porque es mejor callarlo antes de ir “pechito de paloma” (apresado con esposas).

“Je te le dis, cette fois ils vont parler de la police, j'ai un cousin qui fait partie des acteurs..” murmure un garçon. Mais tout le monde le sait déjà. Ils ont eu une année entière pour s'imprégner de la vie publique et de la vie privée, et les sujets qui touchent la police sont privés et publics à la fois : publics car les médias en ont déjà parlé et privés car il est préférable de se tenir tranquille plutôt que de risquer d'être arrêté.

Plus loin dans l'article, Fabricio décrit la réaction de la police à la lecture du testament :

La policía aprieta las mandíbulas y reciben la estocada anual: “Ay policía hijue… aquí te vamos a dar la batuta, porque solo por robar y por matar el sueldo te van a pagar”.

Solo se espera que termine la lectura cuando ya la policía se le va encima al cortejo completo, pero los soldados del primer batallón se interponen, defendiéndolos. ¡Esto es teatro señores, esto es teatro! grita el de los parlantes, pero soldados y policías hacen el suyo mientras el cortejo se escabulle entre las sombras. […]

De nuevo, el pueblo se ha salido con la suya. No hay censura que valga en la insurrección más antigua de Sabanagrande: el rey feo.

La police serre les dents et accuse le coup annuel : “Oh policiers, fils de… nous allons vous donner une leçon, parce que vous recevez un salaire uniquement pour voler et tuer.” Il ont à peine attendu la fin de la lecture pour sauter sur les acteurs, mais les soldats du premier bataillon sont arrivés pour défendre les jeunes. C'est du théâtre, Messieurs, c'est du théâtre ! crie un type au haut-parleur, mais les soldats et la police font ce qu'ils ont à faire, pendant que les acteurs s'enfuient dans l'ombre. […] Une fois encore le peuple s'en est sorti. Il n'y a pas de censure qui puisse anéantir la plus ancienne insurrection de Sabanagrande : le Roi Laid.

Fabricio rapporte que quelques jours plus tard, la police a activement cherché à arrêter les jeunes ayant participé au spectacle. Près de 150 personnes se sont élevées contre “l'arbitraire de l'arrestation et de la persécution” de quelques jeunes.

Los ánimos lograron controlarse ante la promesa de mediación del COFADEH [Comité de Familiares de Detenidos Desaparecidos en Honduras], quien asumió darle seguimiento a los testimonios y acompañar a las víctimas de la violación constitucional del derecho a la libre circulación y de las amenazas concretadas por la policía al detener la semana pasada a uno de los muchachos (Mauricio Canales), a quien golpearon y sometieron a burla y escarnio ante su preferencia sexual manifiesta.

L'indignation s'est calmée avec la promesse de médiation du COFADEH [Comité des Familles des Prisonniers et Disparus du Honduras], qui a pris en charge le suivi des témoignages, l'assistance aux victimes de violation du droit constitutionnel à la libre circulation et la défense d'un jeune homme (Mauricio Canales) victime de mauvais traitements lors de sa détention par la police la semaine dernière, et qui a été battu et l'objet de moqueries et d'humiliations à cause de son orientation sexuelle.

La colère est montée parmi les habitants de Sabanagrande à cause d'un couvre-feu imposé par la police qui demande que les enfants de moins de 17 ans soient “envoyés au lit” à 10h00 du soir au risque de se faire emprisonner pour vagabondage ou présumée délinquance. Fabricio observe combien la vie en ville a changé sous ce couvre-feu non-officiel :

Un pavoroso silencio llena el pueblo y solo se ve a la patrulla recorriendo despaciosamente las calles. No se exagera cuando se puede comparar esta escena con cualquier registro histórico de una dictadura implantada sin vergüenza alguna.

Un silence impressionnant emplit la ville et seules les voitures de police patrouillent lentement dans les rues. Sans exagération on peut comparer cette scène à n'importe quel récit historique d'une dictature implantée sans vergogne.

En conséquence de ces conflits avec la police les habitants ont décidé de prendre en main ces questions et ont créé le premier Comité des Droits de l'Homme de Sabanagrande sous la direction du COFADEH.  Fabricio, qui est maintenant un participant actif de ce Comité, dit que “la société hondurienne a atteint un point de non retour qui devrait accélérer un processus  d'organisation civique inégalé.” Il nous fait partager les images de la première réunion du groupe :
 

 

Dans un courriel, Fabricio informe Global Voices que le Comité a organisé un concert et une lecture de poésie en faveur les droits humains le vendredi 2 mars et que le groupe a déjà des retours favorables :

la presión del pueblo (plantones pacíficos durante toda la semana, en el parque, a partir de las 10 de la noche) más la acción del COFADEH, Radio Globo (periodista Félix Molina) y la Secretaría de Justicia y Derechos Humanos (que entró en juego gracias a enlaces amigos) revirtió lo que estaba sucediendo ordenando el relevo inmediato de seis de los policías más implicados en arbitrariedades.

Los jóvenes están más que felices, lo logramos!

la pression de la population (des sit-ins pacifiques toute la semaine dans le parc à partir de 10H00 du soir), plus l'action du COFADEH, de Radio Globo (Felix Molina, journaliste) et du Ministère de la Justice et des Droits de l'Homme (qui se sont impliqués grâce à des liens amicaux), ont inversé le cours des événements avec le remplacement immédiat de 6 des policiers impliqués dans les actions arbitraires.

Les jeunes sont plus que contents, nous avons gagné !

Des remerciements tout particuliers à Fabricio Estrada pour avoir autorisé Gobla Voices à utiliser ses photos et pour sa collaboration à cet article et l'information fournie. Pour plus d'images et d'histoires sur le Honduras, visitez son blog photos País Fotogénico [en espagnol].

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