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Chili : Daniel Zamudio, symbole des crimes de discrimination, est mort

Daniel Zamudio Vera. Photo issue de diverses sources sur Internet.

[Sauf mention contraire, tous les liens sont en espagnol]

“Este bestial, cruel y despiadado ataque no pasará a la historia como un asalto más, o como una noticia de crónica roja más. Te prometo que lucharemos y combatiremos para que esta práctica nefasta sea extirpada de nuestra sociedad”.

« Cette attaque bestiale, cruelle et impitoyable ne restera pas dans l’histoire comme une agression supplémentaire, une autre nouvelle sanglante. Je te promets que nous lutterons et combattrons pour que cette pratique néfaste soit bannie de notre société. »

Telle était la promesse faite par Marcos Cárdenas, jésuite et étudiant en philosophie à l’université Alberto Hurtado, dans sa lettre ouverte. Comme de nombreux Chiliens, il a exprimé sa tristesse face à la brutale agression orchestrée par un groupe d’individus contre Daniel Zamudio, un jeune homosexuel, le 3 mars 2012. Suit un résumé des événements conformément à la version en ligne du journal satirique The Clinic :

Tout a commencé un samedi, très tôt dans la matinée, pas très loin d’un commissariat et dans un parc surveillé par des vigiles. Une bande de voyous a massacré Daniel Zamudio, un jeune homosexuel qui se trouvait là. Ils l’ont torturé pendant six heures et personne n’a rien vu. Sur les quatre agresseurs, un affirme clairement être néonazi. Les autres, un mélange de marginaux et d’asociaux. Mais tous les quatre sont aujourd’hui accusés d’avoir participé à une des agressions les plus sauvages dans l’histoire de Santiago.

[…] Sobre él estaban Fabián Mora, Alejandro Angulo y Pato Core golpeándolo nuevamente. Esta vez con más fuerza, con “patadas, combos en la cabeza, en la cara, en los testículos, en las piernas, por todo el cuerpo”. López reconoce que pegó un par de patadas. A esa altura, cuenta, Zamudio ya sangraba por la nariz y la cara. Estaba tan ido por la borrachera y los golpes -dice-, que ni siquiera tuvieron que afirmarlo cuando Angulo y Pato Core le escarificaron tres esvásticas con el gollete de una botella de pisco sour Campanario, que minutos antes habían quebrado en su cabeza.[…]

[…]  Fabián Mora, Alejandro Angulo et Pato Core étaient sur lui, le ruant à nouveau de coups. Cette fois-ci avec plus de force, avec des « coups de pied, des coups de poing dans la tête, le visage, les testicules, les jambes, partout sur le corps ». López reconnaît avoir donné quelques coups de pied. À ce moment, Zamudio saignait déjà du nez et du visage. Il était tellement inconscient à cause de l’alcool et des coups, explique-t-il, qu’ils n’ont même pas eu à le tenir lorsqu’ils lui ont gravé trois svastikas avec le goulot d’une bouteille de Pisco Sour Campanario, la même bouteille avec laquelle ils lui avaient fracassé le crâne quelques minutes auparavant. […]

Dans ce billet, nous montrons des réactions que l’on peut lire sur des blogs, des journaux en ligne et Twitter, depuis le jour où l’on a appris la nouvelle jusqu’au 27 mars, jour où l’on a annoncé sa mort.

Veillée en hommage à Daniel Zamudio à Santiago. Photo prise le 22/03/2012 par l’utilisateur de Flickr, Movilh Chile

La Loi anti-discrimination

La Loi anti-discrimination [fr], à l’étude depuis sept ans au Congrès, est redevenue un sujet d’actualité suite à l’agression de Zamudio. Un appel a même été lancé pour l’appeler la Loi Zamudio et pour qu’elle soit réexaminée à la Commission Mixte du Parlement, le dernier vote ayant eu lieu au Sénat en novembre 2011.

Dans sa rubrique « La tolérance pour les nuls » publiée dans El Dínamo, Marcos Alvo condamne  :

[…] Es por eso que necesitamos con urgencia la aprobación de la Ley Antidiscriminación (LAD). Legislar no cumple el único propósito de coaccionar , sino -más importante aun- el de ser un manifiesto social acerca de lo que nosotros como país queremos reflejar, con lo que estamos de acuerdo y con lo que no estamos dispuestos a tranzar.

[…] C’est pour cela que nous avons besoin d’approuver d’urgence la Loi anti-discrimination (LAD). Légiférer ne remplit pas l’unique fonction de contraindre, mais – et c’est le plus important – cela crée un manifeste social sur ce que nous, en tant que pays, nous voulons refléter, les choses avec lesquelles nous sommes d’accord et celles avec lesquelles nous ne sommes pas prêts à faire de compromis.

Sur le même sujet, le président de la Communauté juive au Chili, Shai Agosin, remarque que :

Por desgracia, la ley antidiscriminación, como está hoy día, no incluye una institucionalidad, no incluye políticas públicas ni un ministerio que esté encargado de llevarla adelante de buena forma.

Veillée pour Daniel Zamudio à la “Posta Central”. Prise du blog J. avec l’autorisation de son auteure, Javiera Tapia.

Malheureusement, telle qu'elle est à ce jour, la loi anti-discrimination n’inclut pas d'institutionnalisation, elle n’inclut pas de politique publique ni de ministère qui soit chargé de la mener à bout sainement.

Diversité ou tolérance ?

Lala du blog Zancada pose cette réflexion :

Recordé qué poco nos enseñan de diversidad, de lo aislados que estamos geográfica y mentalmente. Sé que en muchos casos no es así, pero si encendemos la tele y vemos cómo se burlan de los homosexuales, de los peruanos, de los “distintos”, no nos están enseñando a integrarlos a todos, sino que nos dicen que es mejor reírnos de ellos o huir. Dicen que la xenofobia se cura viajando, y qué cierto es. Cuando te das cuenta de que ese que tiene otro color de piel u otro acento, o cree en otro dios, no te hará nada, que es en el fondo igual a ti, te haces más persona y pierdes el miedo. Eres un poco más libre.

Y lo mejor es que ni siquiera sería necesario viajar si aquí en nuestras casas nos lo dijeran. Si en los colegios nos contaran. Si la tele y los medios lo mostraran.

Cela m’a rappelé qu’on nous enseigne très peu la diversité, que nous sommes géographiquement et mentalement isolés. Je sais que ce n’est souvent pas le cas, mais si nous allumons la télé et que nous voyons comment on s’y moque des homosexuels, des péruviens, des « différents », on ne nous apprend pas à tous les intégrer, bien au contraire, ils nous disent qu’il vaut mieux en rire ou les fuir. On raconte que la xénophobie se soigne en voyageant : c’est tout à fait vrai ! Lorsque tu te rends compte que celui qui a une autre couleur de peau ou un autre accent, ou qui croit en un autre Dieu, ne va rien te faire, qu’au fond vous êtes semblables, tu deviens plus humain et tu arrêtes d’avoir peur. Tu es un peu plus libre.

Le mieux serait de ne pas avoir à voyager et qu’on nous le dise ici, chez nous. Qu’on nous l’enseigne dans nos écoles. Que notre télévision et nos médias nous le montrent.

Beatriz Gimeno partage son opinion dans une rubrique du journal El Ciudadano :

No estar activamente posicionado en contra de cualquier tipo de discriminación es dar alas al odio y a la violencia. No hace falta llamar directamente a la violencia legitimar la violencia. No reconocer que las personas lgtb somos merecedores de exactamente los mismos derechos, es no querer reconocer que somos merecedores del mismo respeto, de la misma dignidad; es no querer reconocer que compartimos exactamente la misma humanidad. Y finalmente cuando no se reconoce la misma humanidad ni la misma dignidad, se termina por favorecer que alguien entienda que somos merecedores de algún tipo de castigo.

Ne pas exprimer d’opposition active contre tout type de discrimination, c’est donner libre cours à la haine et à la violence. Il n'est pas besoin d'appeler directement à la violence pour légitimer la violence. Ne pas reconnaître que les personnes LGTB méritent  exactement les mêmes droits, c’est ne pas vouloir reconnaître que tous nous devons aspirer au même respect, à la même dignité. Et finalement, lorsqu’on ne reconnaît pas la même humanité ni la même dignité, on finit par faire en sorte que quelqu’un s’imagine que certains méritent un châtiment.

Dans la rubrique précitée, Marcos Alvo affirme :

Si hasta hablar de tolerancia me parece intolerante.  Decir: “te tolero” suena de un egocentrismo absoluto. Quien soy yo para “tolerar”. Es casi como afirmar que a pesar de tu diversidad te permito vivir en mi país. WTF.

Rien que le fait de parler de tolérance me paraît intolérant. Dire « je te tolère » sonne d’un égocentrisme absolu. Qui suis-je pour « tolérer » ? C’est presque comme affirmer que malgré ta différence je te permets de vivre dans mon pays. WTF.

Soutien à Daniel

Une démonstration de soutien à Daniel et à sa famille à Curico, Chili. Photo de l’utilisateur de Twitter @JParadaHoyl utilisée avec sa permission.

Dès le premier jour,les marques de soutien à Daniel et celles de dégoût face à ses agresseurs ne se sont pas fait attendre avec les hashtags  #FuerzaDanielZamudio#DanielZamudio.

Le mouvement qui promeut et défend les droits des lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels, Movilh Chile (@Movilh), a constamment informé son public au sujet de la santé de Daniel et a lancé une campagne invitant les utilisateurs de Twitter à illuminer leur avatar avec une bougie virtuelle dans le but de témoigner leur soutien.

Parmi les célébrités qui ont exprimé leur solidarité, nous retrouvons le chanteur Ricky Martin qui a posté sur Twitter (@ricky_martin) :

Anoche gane 1premio muy importante.Un @GladdAward!Que honor!Muy agradecido. Me gustaria dedicarselo #DanielZamudio y su familia! #Chile

Hier soir, j’ai remporté une récompense très importante : un @GladdAward ! Quel honneur ! Très reconnaissant. J’aimerais le dédier à #DanielZamudio et à sa famille ! #Chile

Des veillées et autres démonstrations de solidarité ont en outre été menées dans tout le pays comme à Antofagasta, Santiago et Curico exigeant que justice soit faite pour Daniel. Vous pouvez voir plus de photos de la dernière veillée face à l’hôpital où se trouve Daniel Zamudio dans le blog J.

La mort de Daniel

Sur Twitter, les Chiliens ont immédiatement réagi à la nouvelle de la mort de Daniel.

Conti (@gcontador) blâme :

Antes que lo mataran, lo ningunearon los políticos que tú elegiste, se rieron de el los humoristas que tú premias y lo condenó tu iglesia

Avant même qu’ils ne le tuent, les hommes politiques que tu as élus l’ont négligé, les humoristes que tu récompenses se sont moqués de lui et ton église l’a condamné.

Depuis Viña del Mar @Festitroll critique :

Lloran la muerte de #DanielZamudio pero se burlan de Hinzpeter por ser Judio y gritan a Zalaquett por ir a la posta. Rica tu tolerancia

Ils pleurent la mort de #DanielZamudio mais ils se moquent d’Hinzpeter pour être juif et crient contre Zalaquett pour aller à la Posta [Posta Central est le nom de l’hôpital où se trouve Daniel, ndt].Elle est belle ta tolérance.

Le célèbre présentateur de télévision chilien, Rafael Araneda (@RafaAraneda) commente :

Q tremendo ! Murió #DanielZamudio no lo puedo creer… Es un hecho q habla muy mal de nuestros tiempos y de lo q nos rodea…

Quel choc ! #DanielZamudio est mort, je ne peux y croire… C’est un fait qui parle très mal de notre époque et de ce qui nous entoure…

Tandis que Carolina Urrejola (@CarolaUrrejola) également présentatrice, conclut :

Algo edificante en medio del dolor: una sociedad entera está escandalizada. #DanielZamudio.

Il y a quelque chose d’édifiant dans la douleur : toute une société est scandalisée. #DanielZamudio.

4 commentaires

  • […] fr.globalvoicesonline.org – Today, 4:11 AM […]

  • Cela fait un peu plus d’un an que je réside à Santiago du Chili et le meurtre de Daniel a causé beaucoup d’émoi au sein de la population chilienne. Le problème concernant le néonazisme, c’est que le Chili n’a pas connu la Seconde Guerre Mondiale, ni les mouvements autoritaires tels que le nazisme ni le fascisme. Il n’existe pas ici toute la polémique autours des symboles nazis comme en Europe.
    Le week-end dernier, j’étais en train de picniquer avec des amis dans un parc public rempli de familles avec un tas d’enfants, de groupes de jeunes… et parmi ces derniers, il y en avait un qui avait accroché un drapeau avec une croix gammée au centre (un ami a réussi à prendre discrètement une photo reprise par le journal The Clinic : http://www.theclinic.cl/2012/03/24/neonazis-carreteando-en-el-parque-intercomunal/). Nous avons averti l’administration du parc, les carabiniers chargés de la sécurité, espérant que soit l’un soit l’autre demanderait au groupe d’enlever le drapeau. Mais rien à faire, à chaque fois la réponse a été « Nous ne pouvons intervenir, tant qu’ils ne font rien de mal ». S’afficher clairement néonazi semble normal ici, au sein même de mon groupe d’amis, il y en avait une qui prônait la liberté d’expression, elle ne voyait en ce drapeau qu’un bout de tissu rouge avec une croix au centre. C’est à cause de la banalisation du néonazisme et de ses symboles que de tels crimes sont possibles. Espérons que Daniel ne sera pas mort en vain et que le Chili apprenne à protéger TOUS ses citoyens et autres résidents.

  • PE

    La loi interdit certainement déjà de tabasser à mort quelqu’un dans un parc.
    Pourquoi la mort d’un ou d’une hétérosexuelle devrait être traitée différement de celle d’un homosexuel ?
    Tout ceci rappelle fortement l’Affaire Sébastien Nouchet en France. Agression, (qui n’a jamais pu être vérifiée), émotion, loi.

    • La loi effectivement interdit toute violence contre tous les individus. Cependant, les homosexuels et autres minorités sont plus ciblées en raison de leur différence. C’est donc pour cette raison que la loi se doit d’être modifiée pour leur apporter la protection nécessaire. Réouvrir le débat sur la discrimination permet également de faire évoluer les mentalités et de démontrer qu’au fond nous sommes tous égaux.

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