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Corée du Sud : En pleine campagne électorale, un “Watergate à la coréenne”

[Liens en coréen ou en anglais] Le Palais présidentiel [en français] sud-coréen est sous le feu des critiques pour sa surveillance illégale des citoyens. L'affaire, qui a commencé par des accusations portées par l'opposition, a maintenant dégénéré et a même été surnommée un Watergate à la coréenne. Des artistes qui ont souvent soutenu des manifestations contre le gouvernement ont révélé avoir été suivis et contrôlés par des responsables des services de renseignement.

L'enquête est en cours, mais la blogosphère nationale déborde de réactions de Coréens en colère. C'est l'un des plus grands scandales politiques du mandat de l'actuel président Lee Myung-bak.

Le Parti démocrate national et le syndicat de la compagnie KBS (Système de radio-télévision de la Corée) ont publié des extraits de documents du gouvernement, environ 2600 pages, qui prouvent les activités de surveillance du gouvernement actuel sur les citoyens, y compris des journalistes, des militants, des membres de partis rivaux et même des comédiens, qui avaient ouvertement exprimé leurs positions politiques.

Kim Jae-dong, participating in the broadcaster's strike against unfair journalism, Screen capture image of a Youtube video uploaded by user mbcunion2012

Kim Jae-dong, participant à une grève des travailleurs de la Radio-TV contre le journalisme déloyal. Capture d'écran d'une vidéo Youtube téléchargée par l'utilisateur mbcunion2012

Kim Jae-dong est un comédien bien connu et un animateur de talk show qui exprime publiquement sa position libérale et est souvent injustement accusé d’être “gauchiste pro-Corée du Nord” par les conservateurs. Kim a déclaré dans une interview au magazine national d'investigation SisaIN qu'il avait rencontré deux fois un homme qui s'est présenté comme travaillant pour le Service national de renseignement (NIS), l'agence équivalente au FBI en Corée du Sud.

Cela a prouvé que la théorie selon laquelle le gouvernement surveillait de nombreux citoyens et a enflammé la colère des internautes. Baek Chan-hong(@mindgood) a tweeté :

MB정권하에서 연예인들까지 사찰대상이었다는 보도를 보면 50년대 미국 메카시 선풍이 생각날 정도. 지난 4년간 정권의 눈밖에 나면 누구나 감시대상이 되는 상황에서 국민들은 말그대로 철장없는 감옥에서 살았던 것.

Quand j'ai lu les reportages que même les artistes avaient été surveillés par le gouvernement actuel, cela m'a rappellé la période du maccarthysme aux États-Unis dans les années 1950. Toute personne en mauvais termes avec le gouvernement est devenue une cible à surveiller. Cela signifie que pendant les quatre dernières années, les Sud-coréens ont vécu derrière des barreaux invisibles.
Outre Kim, un chanteur de rock parmi les plus célèbres du pays, Yoon Do-hyun, et Kim Mi-hwa, comédienne et animatrice de radio, pourraient figurer sur la liste des personnes surveillées du gouvernement après avoir été étiquetés comme “artistes de gauche”.

Sur Twitter  @cinemAgora a envoyé ce tweet :

[…]연예인까지 사찰 대상. 이 정부의 레드 콤플렉스가 이 정도일 줄은 몰랐다.

Même des professionnels du spectacle ont été surveillés. Je ne me serais jamais attendu à ce que le gouvernement ait une telle obsession envers les rouges [eng] (en référence à la peur du communisme et à une tendance à censurer tout ce qui touche au communisme ou aux pays communistes. Dans des notes afférentes, tout contenu lié à la Corée du nord est étroitement censuré dans la société sud-coréenne].
Un influent, mais aussi controversé critique culturel du pays, Chin Jung-kwon (@unheim) a exhorté les Coréens à voter pour punir le gouvernement et le parti au pouvoir. Une élection générale doit se tenir la semaine prochaine et l'élection présidentielle aura lieu en décembre de cette année.

“국정원 직원 두 번 찾아왔다.” 결국 김제동씨가 증언을 했군요. 충격, 또 충격. 총리실과 국정원이 연예인을 사찰하고
협박하고… 대체 뭣들 하는 짓인지. 응징의 방법은 단 하나, 투표입니다.

Alors, enfin, M. Kim Jae-dong a révélé qu'un fonctionnaire du NIS lui a rendu visite à deux reprises – une révélation choquante, un choc au-delà de tous les chocs … Le bureau du Premier ministre et le NIS ont surveillé et menacé des vedettes du spectacle. Qui croient-ils être ? La seule façon de les punir est le vote, citoyens.
M. Chin voit  dans cette affaire le déclin du pouvoir des intellectuels face aux médias  :

과거의 독재정권들은 ‘지식인'을 사찰했지요. 근데 왜 이 정권은 애먼 ‘연예인'을 사찰하느냐? 그건 미디어 환경의 변화지요. 사회의 주요한 소통수단은 텍스트에서 이미지로 넘어갔죠. 지식인은 텍스트 문화의 영웅, 연예인은 이미지 문화의 영웅입니다.

Les régimes autoritaires du passé surveillaient les intellectuels. Vous pourriez vous demander “pourquoi le gouvernement surveille-t-il des artistes  insignifiants ?” C'est parce que l'environnement médiatique a changé. Les médias traditionnels sont passés des textes aux images. Alors que les intellectuels sont des héros de la culture basée sur l'écrit, les artistes de spectacle sont des héros de la culture de l'image.
Ces artistes qui ont été surveillés par le gouvernement étaient également des utilisateurs actifs de Twitter. Chaque fois que leurs tweets faisaient les manchettes des journaux, des polémiques éclataient,  suivaient pour savoir si le gouvernement ou les groupes publics de radiodiffusion ne devraient pas établir des directives plus strictes sur l'utilisation de Twitter par des personnes influentes. L'utilisateur de Twitter @tsbre a commenté :

사찰이후 정권이 맘에 들지않는 연예인은 1.우선 편파심의로 징계하고 2.제작진을 경쟁력 저하라는 막연한 잣대로 압박하며 3.그래도 안되면 방송사별 소셜테이너 금지조항을 만들어 억지로 프로그램 하차시켰죠

Lorsque le gouvernement repérait des animateurs particulièrement défavorables [au gouvernement] après les avoir suivis, [le schéma habituel]  était d'abord de les réprimander par leur système de censure injuste. Deuxièmement, il  exerçait une pression sur les équipes [des programmes] en imposant des normes d'évaluation vagues, par exemple en les blâmant pour “perte de compétitivité”. Troisièmement, si ces mesures ne marchaient pas, il mettait en place une réglementation qui limite les activités sur les médias sociaux des personnalités du spectacle et enfin, il les expulsait de leurs programmes [en appliquant ces nouvelles règles].
La présidence soutient que la plupart des cas de surveillance enregistrés dans les documents divulgués remontaient à l'ancienne administration. Mais certains journalistes sont en désaccordet rétorquent que, si l'ancien gouvernement se focalisait sur le contrôle de ses fonctionnaires, l'actuel cible des personnes sans responsabilités envers le gouvernement.

@yaaacool a exprimé son mécontentement de voir le gouvernement et le parti au pouvoir se soustraire à leur responsabilité et a ajouté que cette surveillance des citoyens lui donnait des frissons, puisque n'importe qui pouvait être la prochaine victime.

La Fondation Freedom House a retrogradé l'année dernière le statut de la Corée du sud de “libre” à “partiellement libre” afin d'illustrer l'augmentation de la censure officielle et les tentatives du gouvernement d’ influencer les médias et de censurer les contenus en ligne.

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