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Mexique : La vidéo “Enfants qui dérangent” secoue la campagne présidentielle

En pleine campagne présidentielle, le mouvement Notre Mexique de l'Avenir a lancé le 9 avril dernier une vidéo intitulée “Des enfants qui dérangent s'adressent à candidats” (“Niños incómodos exigen a candidatos”). On y voit durant 4:02 minutes des enfants jouant des scènes tristement quotidiennes des Mexicains (vol, enlèvement, pauvreté, violence, corruption des fonctionnaires, embouteillages et pollution). La vidéo se termine par un message clair adressé aux candidats à l'élection présidentielle :

 Si c'est cet avenir-là qui m'attend, je n'en veux pas. Assez de travailler pour vos partis et pas pour nous. Assez de diriger le pays “par-dessus la jambe”. Mme Josefina, M. Andrés Manuel, M. Enrique, M. Gabriel, ces temps-là sont révolus, le Mexique a touché le fond. Quels sont vos projets ? Un plan de carrière ou un changement pour l'avenir de notre pays ?

La vidéo a fait le buzz sur Internet et a été partagée par des milliers de personnes sur Facebook et Twitter. Les réactions ne se sont pas fait attendre.

Katya Albiter, pour Vivir México, fait dans un premier temps l'éloge de la vidéo, puis se montre sceptique quant aux personnes qui se cachent derrière celle-ci :

Malheureusement, j'ai du mal à me laisser porter aussi facilement, parce que derrière l'émotion, je me dis : cette vidéo n'est pas l'affaire des enfants. La production est de trop bonne qualité. Et je me demande alors : qui est derrière tout ça ? La réponse est immédiate : Notre Mexique de l'Avenir. Ils se définissent comme un “mouvement social sans précédent à échelle nationale qui a appelé tous les Mexicains  à faire part de leur vision du Mexique dans lequel ils aimeraient vivre” – je refuse de le qualifier de “mouvement social” ; c'est le problème quand on a étudié la sociologie, rien ne nous satisfait.

Vitocha, auteur du blog Stupidités dépourvues de sens fait part de son opinion. Elle exprime son désaccord, soulignant le fait que la critique du système actuel et l'indignation qu'il suscite n'est qu'une simple “mode” :

Contrairement à la très probable majorité de l'opinion qui salue cet exercice de liberté d'expression, je suis en proie à un fort sentiment d'injustice. Et pas seulement à cause de ma tendance naturelle à jouer les avocats du diable, ou de l'indignation quasi hystérique de la classe politique et des intellectuels, ou encore du fait d'utiliser des enfants acteurs dans la campagne électorale en cours, bafouant les dispositions légales, mais à cause de la nature du message qui fait partie d'une tendance à la mode dans notre société civile. Au début des années 80, une tendance, qui à ce moment-là avait une raison d'être et s'est révélée efficace, s'est dessinée sur la scène politique mexicaine. C'était la mode de créer des groupe critiques, formés par des chefs d'entreprises, intellectuels, ex guérilleros, curés progressistes, militants écolos et défenseurs des droits de l'homme.

L'auteur justifie ainsi son point de vue :

Etre citoyen ne se limite pas à s'indigner aux côtés de l’Índice Flamígero, ou à appartenir à une organisation de la société civile qui ne veut pas se salir en participant aux activités politiques. Cela ne signifie non plus diffuser une perception manichéenne et plutôt simpliste des “bons citoyens contre les méchants politiciens”, ni des phrases grossières du style “on en a plein le cul”. Etre citoyen, et c'est ce que disent quelques personnages bénéficiant d'une “certaine” crédibilité acquise au cours des années, voire des siècles, tels que Hobbes, Rousseau, Montesquieu et plus récemment Hannah Arendt, c'est être partie prenante de la sphère publique, qui est la source de la condition de cive, c'est-à-dire celui qui vit dans la civitas, qui tient elle-même son origine de la polis, formée des pólites o politkós (citoyens).

Il semble que la vidéo ait atteint son objectif de “déranger” au moins quelques-uns des acteurs de la scène politique, comme l'explique Marco Antonio Gómez Lovera :

Aujourd'hui, à la séance plénière, quelques députés ont donné leur avis sur la vidéo qui met en scène des enfants représentant la situation du pays et qui met en doute les motivations des candidats à la présidentielle . Le député PRIiste Miguel Ángel García Granados a demandé à la Secrétaire du gouvernement de faire retirer le spot et de ne pas s'abriter derrière le respect de la liberté d'expression.

A propos du malaise provoqué par la vidéo chez les législateurs, en particulier chez García Granados, le journaliste Carlos Marín relève que utiliser des enfants dans leurs propres campagnes ne suscite pas de critiques :

Impudiques et effrontés, lorsqu'il s'agit de politiciens en campagne en train d'embrasser des enfants, ils ne parlent pas d'”exploitation”.

Sur Twitter, Gabriel Guerra (@ gabrielguerrac) ironise sur le malaise que la vidéo en question a suscité non seulement chez les législateurs, mais dans l'opinion publique en général :

Il y en a pour qui une vidéo dérange davantage que la réalité qu'elle représente… ça, OUI, c'est le monde à l'envers…

Alessia Corcuera (@top_roping_ale) a exprimé sa joie suite à la diffusion de la vidéo :

Vous avez vu la vidéo des #NiñosIncómodos? wouah, elle est excellente, j'ai bien aimé, et je suis d'accord, “Si c'est cet avenir-là qui m'attend, je n'en veux pas.”

Pour sa part, l'administrateur du compte  @Dios_Padre souligne :

Il est évident que derrière les “enfants dérangeants” qui provoquent un malaise se trouvent des adultes très “aisés”.

D'autres comme @JCsudias ont également critiqué la vidéo, prétextant que la demande (objective) est “autre”, sans préciser de quoi il s'agit :

#niñosincómodos la plupart des Mexicains ne sont pas assez bêtes pour se laisser avoir par des chantages  de ce type. La demande a un autre sens.

Une diffusion d'une telle ampleur suscite toujours différentes opinions, et au cours de cette campagne électorale, il y aura sans doute beaucoup d'autres vidéos qui feront du bruit sur la blogosphère et les réseaux sociaux mexicains. Nous restons à l'écoute.

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