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Russie : Un centre de transit de l'OTAN à Oulianovsk, est-ce une bonne idée ?

Il n'y a pas de ‘bases de l'OTAN’ en Russie” [ru], a tweeté le Vice-Premier Ministre russe Dmitri Rogozine le 15 mars, au lendemain des dépêches d'agence sur un projet de centre logistique de l'OTAN installé en Russie [en anglais]. L'inamovible dirigeant du Parti Communiste Guennadi Ziouganov n'a pas été convaincu, qui tweeta quelques jours plus tard : “La base de l'OTAN à Oulianovsk – cadeaux de Poutine aux USA pour leur reconnaissance de l'élection [présidentielle russe]” [en russe], pour la qualifier ensuite de “trahison.” Ce dialogue indirect illustre le tohu-bohu autour d'une plate-forme logistique qui sera installée sur un terrain d'aviation à Oulianovsk, une ville moyenne au bord de la Volga, où est né Lénine. D'un côté, une communauté internet russe outrée, avec des politiciens d'opposition exploitant le scandale ; et de l'autre des responsables gouvernementaux essayant de dégonfler l'affaire.

L'homme politique russe Dmitri Rogozine donne une conférence de presse à Moscou, 22/2/2011, photo A.SAVIN. CC BY-SA 3.0; Wikimedia Commons.

M. Rogozine réagissait à une vague d'indignation en ligne, qui a depuis débordé dans la rue, en grèves de la faim et cortèges anti-OTAN à Oulianovsk et Moscou. Il continue depuis à tweeter avec emphase sur la question, et attribue la rancoeur montante à des “provocateurs.” Après tout, lorsque le Ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov avait fait l'annonce à l'origine, il avait dit clairement que le centre de soutien à la mission de l'OTAN en Afghanistan serait utilisé uniquement pour l'acheminement d'équipements “non-létaux” et le ravitaillement en carburant. Le Ministère des Affaires étrangères a ensuite pris soin de dissiper les inquiétudes [en russe] que la nouvelle “base” serait tout sauf une plate-forme logistique, ou que des personnels de l'OTAN y seraient  stationnés.

Las, la méfiance que les Russes vouent tant à l'OTAN qu'à leurs gouvernants veut qu'il n'est nul besoin d'agents provocateurs [en français dans le texte] pour susciter la grogne, et dans les faits, l'expression “circulez, il n'y a rien à voir” ne fait qu'encourager les théories du complot. L'analyse sur les blogs russes va de l'usage potentiel d'Oulianovsk pour transporter de la drogue d'Afghanistan en Russie [en russe] à des appels sans complexes [en russe] pour des bases russes réciproques aux USA ou en Europe. Pour de nombreux blogueurs, soit Poutine trahit les intérêts nationaux vitaux [en russe] afin d'adoucir la rhétorique militante de sa campagne présidentielle maintenant achevée, soit il y a une sorte de marchandage [en russe] entre la défense anti-missile européenne et la base d'Oulianovsk. Et, pour couronner le tout, le sacrilège de relier l'alliance anti-communiste au berceau du fondateur du communisme soviétique. (Photo.)

De fait, le Parti communiste de la Fédération de Russie a été le fer de lance de l'opposition à la plate-forme d'Oulianovsk. Le 19 mars [en russe], les communistes ont organisé le premier rassemblement anti-OTAN. Bien que modeste, la manifestation suivante du 26 mars [en russe] “Non à l'OTAN” aussi animée par la section locale du PC, a attiré dans les 300 personnes. Le défilé du 7 avril [en russe] a été encore plus fourni avec un millier de protestataires. Cependant, les membres du groupuscule politique “Volonté du Peuple” prétendent [en russe] avoir constitué, avec d'autres mouvements nationalistes, la plupart des rangs. “Volonté du Peuple” avait fait la publicité de la marche sur son blog [en russe], ainsi que sur la page “Oulianovsk sans l'OTAN” [en russe] créée pour l'occasion. (Photo.)

Manifestants anti-OTAN à Moscou, 5/4/2010, photo by ILYA VARLAMOV, copyright © Demotix.

Communistes et nationalistes semblent être les seuls opposants majeurs à la base. A ce jour, le parti “Autre Russie” d'Edouard Limonov est le seul groupe de l'opposition libérale à enregistrer une manifestation avec son opération “Le Ministère des Affaires étrangères est un nid de traîtres” [en russe] du 5 avril à Moscou. Même Alexeï Navalny, le chouchou à la fois des nationalistes et des libéraux, n'a fait aucun commentaire. Les Nachi et autres activistes pro-Kremlin, les fomenteurs habituels de manifestations anti-OTAN, gardent un silence assourdissant. Peut-être se satisfont-ils des assurances ministérielles.

Les communistes, eux, ne s'en contentent pas et ont entamé une grève de la faim le 8 avril [en russe] sur le terrain d'aviation d'Oulianovsk pressenti pour la base. Même si leur campement a été démantelé depuis par la police [en russe], leur intention est de poursuivre la grève au moins jusqu'au 21 avril [en russe]. Cette grève de la faim a beaucoup moins attiré l'attention que celle d'Astrakhan [en anglais], même si le PC semble avoir utilisé l'optimisation de moteurs de recherche [en russe] pour augmenter la sensibilisation du public. Accessoirement, des blogueurs locaux croient que la grève est motivée par le désir de Nairi Chatinian, un propriétaire d'usine et membre du comité local du PC, de prendre son envol politique [en russe] ou peut-être même de s'emparer des rênes [en russe] de l'appareil local du parti.

Le 26 mars, le Secrétaire Général de l'OTAN a tenté de calmer quelques-unes des craintes ci-dessus [en russe] en déclarant que l'OTAN n'avait aucun projet de “base” en Russie, ce qu'a réitéré Vladimir Poutine en s'adressant à la Douma le 11 avril, en ces termes [en anglais] :

Je vous assure que rien d'inhabituel, ne correspondant pas à notre intérêt national, ne s'y passe. Au contraire, tout ce qui est fait dans cette sphère correspond pleinement aux intérêts nationaux de notre peuple.

Certes, s'il devait jamais y avoir une base de l'OTAN installée en Russie, Vladimir Poutine est sans doute le seul dirigeant politique qui pourrait s'en tirer impunément. En attendant, la réalité sur le terrain importe peu. En l'absence de confiance mutuelle, Kremlin et opposants poursuivront leur dialogue de sourds.

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