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Pérou : Les suites de l'opposition au projet minier Conga

[Liens en espagnol] Le 17 avril  a été remis un rapport d'expertise technique réclamé par le gouvernement, l'Etude d'Impact environnemental (EIA) du projet minier Conga à Cajamarca. Néanmoins, divers évènements en lien avec ce projet controversé se sont produits depuis les tentatives infructueuses de dialogue entre les opposants au projet et le gouvernement et la “Marche (quelque peu ignorée) pour l'Eau. “(Voir à ce propos sur  Scribd le rapport sur la Grande marche nationale pour le droit à l'eau au Pérou   de la Mission internationale des observateurs.)

Après la marche, Wilfredo Saavedra, Président du Front de Défense de Cajamarca, a indiqué que si le gouvernement ne déclarait pas l'invalidité du projet Conga avant la troisième semaine de mars, il serait organisé une grève au niveau national.

On a appris ensuite qu'outre l'expertise demandée par le gouvernement central, le gouvernement régional de Cajamarca avait demandé, pour sa part, une expertise étrangère parallèle, laquelle contient pour l'heure quelques observations sur l’impact environnemental du projet minier.

Opposition au projet minier Conga lors de la Marche pour l'Eau. Février 2012. Photo de l'utilisateur de Flickr Ricardove04 (CC BY-NC-SA 2.0)

A la mi mars, Wilfredo Saavedra a été arrêté à Tacna et transféré à Cajamarca où il a été libéré après 10 heures de détention, non sans  s'être exprimé auparavant devant le Ministère public.

A la fin du mois, au milieu des rumeurs d'une nouvelle grève, s'est ouverte à Cajamarca l'Assemblée nationale des peuples du Pérou. C'est elle qui a décidé de réaliser la grève du 11 avril. D'après ce que l'on sait, les dissensions entre les divers mouvements formant le Front de défense environnemental se serait accentuée lors de cette assemblée, probablement en raison d'une divergence d’intérêts politiques.

Dès le 7 avril, le gouvernement central a envoyé un fort contingent militaire à Cajamarca afin d'empêcher les éventuels débordements de la grève mais finalement celle-ci s'est paisiblement déroulée, malgré l'occupation de l'Université de Cajamarca et des blocages routiers à Jaén. “Un changement de drapeau”  a eu lieu  également sur la Place des Armes de Cajamarca en signe de rejet du projet Conga.

Dernièrement, le tribunal constitutionnel a déclaré fondée la demande présentée par le Parquet  d'inconstitutionnalité de l'ordonnance du gouvernement régional de Cajamarca, invalidant le projet Conga. Il a été établi également que c'est l'Autorité nationale de l'Eau  et non les gouvernements régionaux qui a pour charge de déterminer quelles sources de bassins doivent être déclarées inviolables.

Dans les médias,  le projet Conga a fait pas mal parler de lui :  annonces d'un prochain grand affrontement entre le gouvernement et les manifestants opposés à la mine, analyse de l'usure de ce mouvement, ‘analyse des erreurs de communication du gouvernement jusqu'au pur discrédit de ceux qui s'opposent à Conga. D'après les informations, le rapport indiquerait que la perte des lagunes n'aurait pas d'impact significatif sur le débit de l'eau de la région. D'un autre côté, néanmoins,  on indique que le rapport recommande de ne pas utiliser deux des quatre lagunes comme prévu par le projet.

Dans les blogs, les rapports et analyses sont également divers. Par exemple, le blog Celendín libre a reproduit un communiqué de l'ONG Oxfam :

5. Ainsi donc, Oxfam appelle les autorités régionales et locales de Cajamarca à reprendre le dialogue, à écouter la population, à lever ses doutes et à rechercher le bien-être de ceux qui les ont élues. Ceci ne signifie pas que  leurs droits à prendre des décisions concernant leurs circonscriptions et leurs ressources afférentes vont être restreints.

6. Oxfam appelle le gouvernement péruvien à concevoir des politiques à long terme permettant aux investissements publics et privés de se réaliser harmonieusement, dans le respect de la biodiversité et des dynamiques sociales et culturelles des populations autochtones et rurales. Dans cette optique,  impulser des politiques économiques alternatives qui réduisent la forte dépendance du pays en ce qui concerne l'actuel modèle d'exploitation minière, constitue une priorité.

Depuis Cajamarca, le blog Radio Alfil  a fait savoir ceci :

Entre 16 et 20 heures, mardi 17 avril, quelques 3 000 personnes se sont réunies sur la Place des Armes de Cajamarca pour une marche à travers les principales rues de la ville en réponse à la présentation de l'expertise de l'aspect hydrologique de l'Etude d'Impact environnemental du projet minier Conga. Les gens se sont mobilisés puis ont participé à une veillée.

Vigilia en Cajamarca

Veillée à Cajamarca

Par ailleurs, certains se sont plaints de la difficulté d'accéder via Internet aux rapports d'expertise technique. Le blog Crónicas de la ciudad de Cajamarca – Perú (Chroniques de la ville de Cajamarca au Pérou) fait à ce sujet le commentaire suivant :

Après avoir téléchargé le rapport, je suis tombé sur ce à quoi je m'attendais : le texte du document est considéré comme une image de sorte qu'on ne peut faire aucune recherche sur les mots. Mais j'ai eu une surprise supplémentaire: le document est protégé contre l'impression… Sous Windows car sous Linux, il est possible d'imprimer.

Dans le blog  Tierra y Libertad (Terre et Liberté), le mouvement politique de Marco Arana, l'un des leaders du mouvement anti-minier, ont été recueillies les déclarations faites à une radio locale  par ce dernier concernant l'attitude du gouvernement:

“L'attitude politique adoptée a été la suivante : “Regardez. Voici notre expertise. Nous allons  en faire connaître les résultats dans nos propres termes et les autres n'auront plus qu'à s'y soumettre. A la presse, nous allons faire passer l'image de ce que le débat technique a déjà été résolu mais qu'il est clair que ce qui manque ici c'est uniquement une décision politique.

Dans le blog du Front de Défense environnemental de Cajamarca, est reproduit une partie des opinions de Robert Morán, l'un des experts en charge de l'expertise alternative réclamée par le gouvernement régional de Cajamarca :

Il est totalement irréel de discuter des impacts de Conga sur l'eau sans parler aussi des impacts accumulés qu'auront les autres projets miniers dans les mêmes sources de bassins que Conga. Au minimum, ceux-ci incluent  la mine de Yanacocha et ses futurs élargissements  à celle d’ Amaro et de La Carpa; le projet  Galeno de l'entreprise chinoise Lumina Copper et celui de Michiquillay de l'entreprise anglaise et sud-africaine Anglo American.

Vu qu'apparemment les positions des deux parties continuent d'être irréconciliables, il a été suggéré de réaliser un débat technique sur le sujet. Lucho Aguirre dans son blog Lacrita précise avec un certain humour:

Débat technique: Echange de points de vue entre deux parties antagonistes où sont omis les mots suggérant des émotions ou de la  compassion. Bien plus, il est recommandé d'omettre totalement les mots et d'utiliser à la place des tableaux, des graphiques ou des pictogrammes. Lors du débat technique, il est interdit d'utiliser des hauts-parleurs ou des chapeaux, ceux-ci pouvant corrompre les informations.

D'autres blogueurs tel Diego Yépez de Cínico ¿yo? sont d'avis  que le rapport lève les doutes et que les opposants à la mine sont des entêtés :

C'est un soulèvement culturel, celui de l'Indien contre le Blanc, celui de l'anti-système contre le sytème. C'est simple. Il n'y a pas d'affrontement rationnel des propositions mais une lutte idéologique entre le petit et le grand et ce que les gens qui s'opposent au projet ne comprennent pas c'est que cette bataille, ils l'ont déjà perdue depuis longtemps. […] Santos, Saavedra et ses partisans  sont  sur le point de franchir la ligne entre être en divergence avec le gouvernement et basculer dans l'anarchie et là, vu qu'Humala reste un Cachaco de coeur , aïe, aïe, aïe! Il va y avoir effusion de sang. C'est ennuyeux, nous allons salir notre image à l'extérieur mais c'est nécessaire.

Ce qui demeure évident, c'est que avec ou sans rapports, le problème est loin d'être résolu. Comme le mentionne Hans Rothgiesser dans un article du journal en ligne Semana Económica, “rien de tout cela ne serait nécessaire si nous avions eu un Ministère des Mines crédible, qui, lorsqu'il approuve une Etude d'Impact environnemental, l'approuve vraiment.” La version complète des rapports d'expertise technique  réclamés par le gouvernement peut être lue sur Scribd.

Le billet original a été publié sur le blog personnel de Juan Arellano.

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