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Tim Berners-Lee défend le Web Ouvert #WWW2012

Catégories: Europe de l'ouest, France, Cyber-activisme, Droit, Gouvernance, Médias citoyens, Technologie, Advox

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(Billet d'origine publié le 1er mai 2012 ; liens en anglais et français) Du 16 au 20 avril 2012, la 21ème conférence internationale du World Wide Web [1] (#WWW2012 [2]) a réuni quelque 2.500 professionnels de l'internet et de la sociologie, créateurs du web et de la technologie mobile, chercheurs et universitaires, à Lyon, en France [3] pour discuter de sujets d'intérêt planétaire pour l'Internet et la Toile. Les thèmes principaux étaient “Société et Connaissance” et “Où va le Web”.

Le programme de la conférence couvrait des sujets autant de société que de technologies, ainsi qu'Internet et démocratie, le libre accès aux services, la liberté d'expression, réglementation et censure, contrôle et droit d'auteur. Les minutes de #WWW2012 sont disponible en ligne [4], de sorte que les nombreuses contributions intéressantes peuvent être téléchargées. Des vidéos des ateliers sont aussi disponibles [5].

L'auteur de ce billet faisait partie du comité de l'atelier Donner du sens aux Microposts [6] (#MSM12), et a aussi présenté [7] un compte-rendu de recherche sur la “communication phatique” et en quoi les tweets et les messages Facebook sur le temps, la nourriture et la vie de tous les jours servent les communautés d'internautes, les relations humaines et les réseaux sociaux (ses autres articles sur ce sujet sont ici [8], ici [9], et ici [7]).

“Imaginez le monde que vous voulez”

Mais le principal point fort de #WWW2012 aura été une intervention stimulante, le 18 avril, de Tim Berners-Lee (TBL) [10], l'inventeur du World Wide Web [11] et directeur du World Wide Web Consortium (W3C) [12]. Il a livré des aperçus sur la situation actuelle du web, ainsi que sur les tendances futures qui menacent potentiellement la vitalité de l'Internet. Gagnant l'assistance à sa cause, il a affirmé : “La démocratie est dépendante d'un internet ouvert. Descendez dans les rues et protestez de ce que votre démocratie est menacée. (C'est) un devoir, il faut que vous le fassiez.”

Tim Berners-Lee at WWW2012

Tim Berners-Lee pendant son intervention à WWW2012. Photo Danica Radovanovic

TBL a fait le tour des questions les plus pressantes de l'ouverture des données, de la transparence dans la gouvernance, de la vie privée et du contrôle, de la neutralité du Net, et des générations futures. Comme l'a rapporté le blog quotidien Demain le Mail [13] :

Le fondateur du web a réalisé un plaidoyer en faveur d’un Internet libre et ouvert. Lors de sa keynote, il a exprimé ses inquiétudes concernant la collecte et l’exploitation des données personnelles. Pour Tim Berners-Lee, la menace vient de principalement de l’industrie et les utilisateurs du web doivent agir et ne pas hésiter à réclamer leurs données personnelles à Facebook ou Google par exemple ».

TBL insiste, comme le rapporte l'Australien Dejanseo [14], sur les plates-formes démocratiques en ligne, les données décentralisées et ouvertes, et l'importance du :

principe de moindre effort pour la mise au point de nouveaux langages, l'encouragement à l'usage d'applications mobiles ouvertes si le monde des systèmes fermés leur déplaît. Il a aussi mis l'accent comme à la table-ronde sur l'importance de l'ouverture – l'open data, laissant entendre qu'il reste au gouvernement du Royaume Uni à comprendre ce que sont les normes ouvertes, et a pareillement exhorté les gouvernements de tous pays à rejoindre le mouvement de l'open data. Les données devraient être ouvertes au public : les statistiques publiques, économiques, sociales, démographique, en rapport avec la démocratie et le débat politique, et non-sensibles.

Parlant d'ouverture et d'applications accessibles à tous, TBL  montre Apple du doigt, sans le nommer. E. Delsol écrit [15] à ce sujet :

Face aux apps d'Apple, de Google et des autres, le W3C milite pour le développement des web apps – open mobile web apps -, ces applications créées avec html5 et accessibles depuis n'importe quel navigateur, sur n'importe quel système. Tout internaute peut accéder à l'ensemble des applications disponibles en ligne. Il enjoint les développeurs dans la salle : “La solution est entre vos mains : développez des web apps, pas des apps !”

Un commentaire [16] de “Open Africa” sous un article de 01.Net partage les affirmations de TBL et médite sur les efforts de transparence aussi en Afrique :

Je souhaite souvent que le web reste ouvert à la créativité des utilisateurs de tout lieu y compris ceux d'Afrique. Je tiens à féliciter TBL pour ces mises au point claires et virulentes.Nous travaillons beaucoup aussi ici en Afrique de l'Ouest pour avoir une meilleure visibilté sur le net tout en espérant profiter pleinement du réseau pour créer,partager, briller et donner le meilleur de nos talents.

TBL a aussi dit son opposition aux traités en faveur d'une surveillance et régulation accrues d'Internet, dont ACTA.

D'aucuns, dont le blog (Dés)Illusions [17], estiment que TBL lie trop étroitement les avenirs du web et de la démocratie :

Si nos libertés sur le Web sont certes menacées ou malmenées par des politiques gouvernementales répressives (SOPA, PIPA, Hadopi) pressées par des lobbies industriels et économiques ; il ne faut pas oublier que le Web n’est qu’un des supports de communication existant dans l’espace public démocratique, et non l’unique. Le web est une technologie et non un droit, ni une liberté, même si il devient le moyen d’échange prépondérant d’idées entre individus par une infinité d’outils : blogs, mails, chat, réseaux sociaux… Dans les pays arabo-musulmans, le web a joué le rôle d’un facilitateur par ses outils, permettant une mobilisation rapide et massive des protestataires au Caire, à Tunis ou à Tripoli ; mais il n’a jamais fait la révolution. Une révolution ne se fait pas avec des machines, mais avec les hommes qui sont derrière.

Dans son opposition sans faille aux lois qui défendent une surveillance accrue d'Internet, mettent en danger les libertés fondamentales de la vie privée, d'expression et l'accès à l'information, TBL a demandé à l'auditoire [14] de :

…passer 90% de notre temps à faire des choses sympa, inventer de nouvelles choses […], mais les 10% restants à défendre l'infrastructure ouverte du Web sur laquelle tout cela est construit. Parce que sinon, nous ne pouvons pas innover, parce que les plates-formes seront fermées, que les fournisseurs de services contrôleront le trafic.

A l'évidence il nous faut réfléchir chacun à ces questions actuelles cruciales dans notre société et nous engager dans des actions collectives pour promouvoir la croissance, la stabilité et la santé d'un écosystème ouvert et neutre de l'Internet. Si la démocratie est tributaire de l'internet ouvert, le discours humain l'est tout autant, avec l'engagement de masse là où chacun est concerné.