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Bolivie : Le développement, mais à quel prix ? Nouveau conflit à propos de la route des TIPNIS

En Bolivie, un projet de route [fr] dont le tracé traverse le parc national et territoire indigène Isiboro-Secure (désigné par l’acronyme espagnol TIPNIS) est, une nouvelle fois, source de conflits et de protestations. Des organisations indigènes, les habitants de la région concernée et les personnes alliées à leur cause ont initié une nouvelle marche partie de Trinidad le 27 avril dernier pour rallier La Paz afin de réclamer l’abandon du projet.

Les plans de la route, longue de 306 kilomètres, sont le résultat d’un accord de 415 millions de dollars US [es] signé par le président bolivien et son homologue brésilien en août 2009. Initialement, la compagnie brésilienne OAS avait décroché un contrat clés en mains [es] pour construire en 40 mois la route financée par la Banque nationale brésilienne de développement économique et social.

En octobre 2011, après une longue marche de protestation organisée par les indigènes et leurs supporters jusqu’à La Paz [fr], le président Evo Morales avait adopté un projet de loi déclarant les TIPNIS « incorporels » ou « intouchables », que les défenseurs de l’environnement et les organisations indigènes avaient considéré comme mettant un terme à la question.

TIPNIS march arrives in La Paz in October 2011. By Szymon Kochański on flickr (CC BY-NC-ND 2.0)

Arrivée de la marche de défense des TIPNIS à La Paz en octobre 2011. Photo de Szymon Kochański sur Flickr (CC BY-NC-ND 2.0)

Toutefois, en février 2012, le gouvernement bolivien a rassemblé les groupes en faveur de la construction de la route [en] et soutenu une autre marche proposant une nouvelle loi appelant à « une consultation préalable » qui permettrait aux indigènes de pouvoir donner leur opinion dans une plus grand mesure. Cela paraît incohérent aux indigènes habitant les TIPNIS, soutenus par la Confédération des populations indigènes de Bolivie (CIDOB), pour qui ce mécanisme aurait dû être mis en œuvre avant la signature de tout accord ou contrat.

Evo Morales a finalement annoncé l’annulation du contrat avec la compagnie brésilienne OAS début avril, mais les manifestants rejettent toujours les conditions de la consultation qui leur est proposée.

Un grand nombre d’organisations indigènes et de citoyens reconnaissent qu’Evo Morales, lui-même d’origine indigène et représentant des cultivateurs de coca, a œuvré à l’amélioration de leur situation [en]. Cependant, ils soulignent que leur protestation vise le droit à être consultés [es] avant que des politiques relatives à leurs terres soient déployées.

La vidéo ci-dessous présente des interviews de personnes vivant dans les TIPNIS qui partagent leur point de vue sur le projet.

L’impact du projet sur l’environnement est un autre motif de protestations [es], spécialement parmi la population citadine et la classe moyenne.

Néanmoins, le gouvernement bolivien insiste sur les bénéfices de cette route qui offrirait une meilleure liaison pour le centre du pays, où se situe la plus grande partie des cultures illégales de coca et où se concentre aussi le soutien au président Morales. Les organisations de cultivateurs de coca se positionnent en effet ouvertement en faveur du projet puisque cette route leur permettrait d’étendre la production au sein des TIPNIS. Une perspective qui suscite la méfiance parmi les défenseurs de l’environnement, les organisations internationales et dans l’opinion publique.

La question est bien entendue l’objet de débats dans les médias sociaux, en particulier sur Twitter (via le mot-clic #TIPNIS). La question la plus simple étant « es-tu pour ou contre la route #TIPNIS ? ».

Parmi les réponses :

« Je pense qu’il faut relier la campagne, si le mieux est de traverser les TIPNIS, qu’il en soit ainsi. La route doit suivre le tracé qui soit le meilleur pour la Bolivie. »

Des critiques visent également le lien entre le projet et l’initiative, soutenue par le Brésil, d’intégration de l’infrastructure de la région sud-américaine (IIRSA) [fr], un plan de développement dont le but est de relier les économies de la région par le biais de projets dans le domaine de l’énergie, des transports et des télécommunications.

Sur le blog CEADESC [es], le chercheur Gustavo Soto écrit  à ce propos :

Le programme du MAS (le parti politique d’Evo Morales) pour 2010-2015 aligne l’économie bolivienne sur les intérêts capitalistes du 21e siècle. Cela s’exprime par de projets pharaoniques en matière d’énergie, de routes et d’extraction, chapeautés pour la plupart par l’IIRSA II et qui vont inévitablement à l’encontre des droits des indigènes.

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Le billet original et ses traductions en espagnol, en arabe et en français ont été commandés par l’International Security Network (ISN) dans le cadre d'un partenariat ayant pour objectif de relayer des points de vue de citoyens sur les relations internationales et les questions de sécurité dans le monde entier. Pour découvrir d’autres articles sur ce sujet, consultez le blog de l’ISN.

Cet article fait partie du dossier central de Global Voices International Relations & Security

 

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