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Russie : Tugeza, un modèle original de crowdfunding caritatif

Le don privé en Russie : état des lieux 

[Liens en russe sauf mention contraire] Les organisations sans but lucratif (ou non commerciales, ONC) et les associations de bénévoles indépendantes constituent les acteurs essentiels du « tiers secteur » en Russie. Bien que les associations bénévoles, caritatives ou sociales contribuent grandement à la résolution de problèmes sociaux, écologiques, juridiques et autres, leur situation reste éminemment instable. L’activité des ONC est strictement encadrée par des normes juridiques, et leur santé financière dépend de la générosité des particuliers et des entreprises.

Dans le classement annuel [en anglais] de la Charity Aid Foundation (CAF), la Russie est passée l’an dernier du 138e au 130erang. Ce rang dépend de plusieurs indicateurs : dons de personnes privées, travail bénévole, actes de charité spontanés (comme le don d'aumônes). Malgré cette progression de quelques rangs, la situation est loin d’être favorable au secteur caritatif.

En ce qui concerne les dons en Russie, l’apport des entreprises reste de très loin supérieur à celui des particuliers. Cela s’explique, d’une part, par une certaine mode de la responsabilité sociale des entreprises qui touche même les PME et, d’autre part, par le fait que le soutien le plus substantiel provient des grandes entreprises, obligées de pallier les manques budgétaires dans les régions où elles sont implantées.

Les avantages fiscaux et autres encouragements au don n'existent pas en Russie, et malgré toutes les tentatives du secteur non marchand pour se développer dans les médias sociaux et la presse, on compte très peu de réussites. Sans doute l’entraide et la participation bénévole à la résolution des problèmes « des autres » ne font-elles pas partie des préoccupations majoritaires.

Selon l'enquête de la CAF [en anglais], seulement 5 % des personnes interrogées dans toute la Russie donnent aux organisations caritatives. Bien sûr, à l’échelle du pays, cela semble insignifiant. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas de projets « populaires » qui marchent en étant financés par des dons privés.

Même si nombre d'organisations et associations caritatives n’existent que dans la sphère virtuelle, leur travail a des effets on ne pleut plus tangibles et concrets. Et la confiance qu'elles inspirent est réelle. La preuve avec la communauté Tugeza [ru](prononciation russe de l'anglais «Together »).

Тugeza : «On a vite fait de faire le bien» 

L’onglet « Qui sommes-nous ?» du site officiel Tugeza.ru dit la chose suivante :

Нас часто с опаской спрашивают: «Кто вы, ребята?» Мы теряемся, краснеем и не знаем, что ответить в двух словах. Мы не религиозная секта, не политическая партия, не благотворительный фонд, да чего уж там, мы даже плохо знаем друг друга.

« On nous demande souvent avec un peu de méfiance : «Qui êtes-vous, les gars ? » Nous nous troublons, rougissons et ne savons pas comment répondre en deux mots. Nous ne sommes pas une secte religieuse, ni un parti politique, ni un fonds de bienfaisance ; en fait, nous nous connaissons à peine entre nous.»

Tugeza est né sur le blog dirty.ru [ru] et s’est peu à peu transformé en projet de bénévolat indépendant. C’était le 7 août 2010. Les noms des organisateurs ne sont pas protégés par le secret commercial, et pourtant ils sont difficiles à trouver. C’est fait exprès : Tugeza n’est pas une structure verticale, mais une communauté caritative « anarcho-syndicaliste », selon les termes de ses fondateurs.


Capture d'écran du site Web Tugeza, 9 mai 2012

Aujourd'hui, Tugeza reste une communauté sans leaders. Le portail est dirigé et modéré par des coordinateurs : les membres fondateurs et des volontaires nouveaux venus, dont la participation est fortement encouragée. Parfois la coordination est décentralisée en région, et c’est alors le volontaire qui habite le plus près de l’endroit où doit arriver l’aide qui contrôle le déroulement du processus.

Tugeza aide à trouver des financements pour des projets de taille et de vocation diverses, et ce dans toute la Russie. En ce moment, les volontaires collectent des fonds pour un centre de réinsertion et d'éducation à Kalouga [ru], et le mois dernier ils ont aidé un centre équestre dans la région de Pskov [ru].

Tugeza fonctionne avec la technique du crowdfunding, ou financement participatif ; il s'agit de la collaboration d'un collectif de personnes qui mettent en commun de l’argent et d’autres ressources, le plus souvent via Internet, pour soutenir d’autres personnes ou organisations.

 La méthode Tugeza

Tout part de discussions entre internautes sur les réseaux sociaux de la communauté : qui a besoin d’aide ? Sous quelle forme ? Toutes les actions sont préparées en concertation, et toute personne qui le souhaite peut participer, en signalant qu'elle dispose d'un moyen de transport ou qu'elle est prête à aider autrement qu’en collectant des fonds (par exemple en donnant des vêtements, objets, ou en impliquant d'autres bénévoles). La pratique montre que l’on peut ainsi faire des économies importantes, en temps comme en argent.

Mais le plus intéressant, c'est la suite. Un nouveau projet fait son apparition sur Tugeza.ru : quelle est la somme à collecter, dans quel délai, à quoi servira-t-elle, qui sont les gens à aider ?  Parfois les bénéficiaires sont localisés dans des régions rurales isolées, sans accès à Internet, sans moyen de commenter ce qui se passe ou de participer à la collecte. Tout ce travail sera donc assuré par les organisateurs de Tugeza, qui souvent resteront anonymes.

Tous les fonds sont collectés virtuellement : sur des comptes électroniques et via des terminaux. D’un côté, cela complique la collecte (tout le monde n'a pas un porte-monnaie électronique), mais d’un autre, cela simplifie les calculs. Quant à la méfiance envers l'e-commerce et surtout le « e-caritatif », les membres de Tugeza la combattent comme ils peuvent : sur leur e-compte Yandex, les mouvements de fonds sont affichés pour que les donateurs puissent voir si leur argent est arrivé. Quant à la façon dont il sera dépensé, elle est visible sur le même site, une fois l'opération achevée.

Article d'origine [russe]

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