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Argentine : Les récolteurs de maté réclament de meilleures conditions de travail

[Tous les liens sont en espagnol, sauf mention contraire]

La province de Misiones en Argentine, écrin des chutes d’Iguazu qui ont été incorporées récemment aux merveilles naturelles du monde, est actuellement le foyer des contestations concernant les conditions de travail des récolteurs de feuilles de maté.

La yerba maté s’est retrouvée au cœur de la polémique en mars 2011, lorsque l’Administration fédérale des recettes publiques (AFIP pour les sigles en espagnol, l’organisme chargé d’appliquer les politiques promulguées par le pouvoir exécutif en matière de fiscalité, de douanes et de sécurité sociale) a décelé des indices de travail illégal proche de l’esclavage sur une exploitation de maté. Le site Fortuna Web publie le résultat de l’enquête menée par l’organisme fiscal argentin:

La Administración Federal de Ingresos Públicos (AFIP) detectó mediante inspección el trabajo de niños en la recolección de la cosecha y la ausencia de sanitarios, agua potable y energía eléctrica en el campo ubicado en Puerto Esperanza, a 260 kilómetros de Posadas.

L’Administration fédérale des recettes publiques (AFIP) a détecté au cours d’une inspection, la participation de travailleurs mineurs à la récolte, l’absence de blocs sanitaires et d’approvisionnement en eau potable et en énergie électrique sur une exploitation située à Puerto Esperanza, à 260 kilomètres de Posadas [chef-lieu de province].

Le site Artículos y Debates de Política publie aussi un article au sujet des conditions de travail des récolteurs de feuilles de maté :

Hacinamiento, insalubridad, trabajo en negro, incumplimiento del jornal diario, trabajo de menores, pago con vales, algunas de las irregularidades que se pudo relevar en un campamento de tareferos en Caraguatay. El Sindicato de Tareferos denuncia la ausencia de los inspectores del Ministerio de Trabajo para controlar las condiciones de la cosecha y la complicidad del poder político de la zona.

L’entassement, l’insalubrité, le travail au noir, le non-respect du salaire journalier, le travail de mineurs et la rémunération en bons sont quelques-unes des irrégularités qui ont été relevées dans un baraquement d’ouvriers agricoles à Caraguatay. Le syndicat des récolteurs de maté déplore l’absence d’inspecteurs du Travail pour contrôler les conditions dans lesquelles est effectuée la récolte et critique la complicité des pouvoirs politiques de la région.

Manifestation de producteurs de maté à Misiones. Photo de Pablodf (CC BY-NC-ND 2.0)

Dans un billet [en français] daté du 5 avril 2012, Global Voices se faisait écho des réactions des citoyens face à la hausse du prix du maté. La nécessité de rentabiliser la production et d’améliorer les conditions de travail des ouvriers de ce secteur font partie des raisons invoquées pour justifier les hausses du prix de la matière première. Ces dernières font l’objet d’une autorisation semestrielle. La résolution 119/2012 du Secrétaire d’état argentin à l’Agriculture, l’Élevage et la Pêche, publiée par l’Institut national de yerba maté stipule :

entre las funciones del INSTITUTO NACIONAL DE LA YERBA MATE (INYM), la de acordar semestralmente, entre los distintos sectores participantes del mismo, el precio de la materia prima.
Que el Artículo 12 del Decreto Nº 1240 del 12 de julio de 2002 establece, como períodos semestrales, a los comprendidos entre los meses de abril a septiembre y de octubre a marzo de cada año.
Que el precio de la materia prima debe resultar de un acuerdo en el INSTITUTO NACIONAL DE LA YERBA MATE (INYM), basado en el precio promedio de venta al consumidor de los productos elaborados con yerba mate

Une des fonctions de l’Institut national de yerba maté (INYM pour les sigles en espagnol) est de fixer tous les 6 mois et en accord avec tous les secteurs concernés, le prix de la matière première.

L’article 12 du Décret Nº1240 du 12 juillet 2002 stipule que les périodes semestrielles sont les suivantes : d’avril à septembre et d’octobre à mars de chaque année.

Le prix de la matière première doit être issu d’un accord conclu à l’Institut National de yerba maté et basé sur le prix moyen de vente au consommateur des produits élaborés à partir de maté.

Cette disposition relative aux hausses semestrielles a été adoptée en 2002 selon les termes du Décret Nº1240 de la même année. Cependant, le manque d’amélioration des conditions de travail continue à provoquer des réactions. Le Blog de Dario Aranda décrit la situation de ces ouvriers agricoles :

La distancia entre el hogar y el yerbal determina la hora de levantarse, siempre de madrugada, entre las 4 y las 6. Un camión recorre los barrios, sube a los trabajadores al acoplado y comienza la travesía. Pueden ser veinte kilómetros, también 40 o 50. A las 7 están en el yerbal, mojados por el rocío y la helada. Tijera o serrucho en mano, cortan las ramas pequeñas de la planta, acumulan las hojas sobre plásticos abiertos como mantel que esperan en el piso. Luego se unen las puntas del plástico y forman una gran bolsa, el “raído”, cien kilos, 20 pesos. Un tarefero experimentado, y con suerte, puede hacer cuatro raídos al día, 80 pesos de salario bruto, con descuentos se transforma en 60 pesos en mano, por jornadas de nueve a doce horas: equivale a tres kilos de yerba.

La distance entre leur foyer et l’exploitation de yerba maté détermine l’heure de leur lever, toujours à l’aube, entre 4 et 6 heures du matin. Un camion parcourt les différents quartiers, les ouvriers montent dans la remorque et le périple commence. Il peut durer 20 kilomètres, ou parfois même 40 ou 50 kilomètres. À 7 heures ils sont sur place, trempés par la rosée ou le givre. Sécateur ou scie égoïne à la main, ils coupent les petites branches de l’arbuste et déposent les feuilles sur des plastiques étendus à même le sol. Ensuite ils prennent les plastiques par les quatre coins et forment un gros sac, appelé le raído : 100 kilos, 20 pesos. Avec de la chance, un récolteur expérimenté, peut arriver à ramasser 4 sacs, soit 80 pesos bruts, salaire équivalent à 60 pesos nets, pour des journées de 9 à 12 heures de travail, ce qui représente 3 kilos de maté.

Par ailleurs, le secrétaire de la Fédération agraire, organisme privé corporatif qui rassemble les petits et les grands producteurs, déclare sur Urgente24.com :

imposible mantener en blanco al personal. Esto más allá de que la AFIP diga que se debe mantener en blanco a los tareferos, que son quienes hacen la cosecha de yerba mate.

Il est impossible de déclarer le personnel. Ça va au-delà de tout ce que peut dire l’AFIP sur le fait qu’il faut les déclarer puisque ce sont eux qui font la récolte de maté.

L’Université nationale de Misiones, établissement d’éducation publique et gratuite, a présenté le résultat de ses recherches concernant le secteur dans la province de Misiones. Voici quelques chiffres obtenus à partir de l’enquête menée dans la commune de Jardín América :

fueron 1131 tareferos registrados, de los cuales el 84 % son varones cuyas edades oscilan entre 18 y 50 años.

De los datos registrados también se desprende que los jóvenes de 11 a 17 años, representan el 10 % de los tareferos (tarea u obra que se debe concluir en tiempo determinado; se hace por empresa o a destajo) de esta localidad, de los cuales el 50 % comenzó a tarefear entre los 5 y los 14 años y aprendió la tarea mayormente con sus padres.

De ese total de 1131, el 60 % alcanzó un nivel educativo -primaria o EGB- y casi el 83 % lee y escribe.

En cuanto al pago más del 80 % manifestó que se le paga en dinero y por familia recolectan un promedio de 1300 kilos por día.

Sur 1131 ouvriers agricoles recensés, 84 % sont des hommes, âgés de 18 à 50 ans.

Les données relevées montrent aussi que les jeunes de 11 à 17 ans représentent 10 % des ouvriers agricoles de cette commune (effectuant un travail dans un délai imparti ; salariés ou travaillant à la tâche) et que 50 % ont commencé à travailler entre 5 et 14 ans, en règle générale formés par leurs parents.

Parmi les 1131 ouvriers agricoles, 60 %  ont suivi des études – à l’école ou au collège – et presque 83 % sait lire et écrire.

Quant aux salaires, 80 % des ouvriers ont déclaré être payés en espèces, chaque famille récoltant en moyenne 1300 kilos par jour.

Il y a donc toujours matière à controverse dans la région de Misiones autour du prix du maté et des conditions de travail des ouvriers agricoles.

Garganta del Diablo - Cataratas del Iguazú - Foto: Laura Schneider

Les gorges du Diable – Chutes d’Iguazu – Photo de Laura Schneider

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