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Egypte : Non, la révolution n'est pas terminée

Catégories: Afrique du Nord et Moyen-Orient, Egypte, Droit, Élections, Gouvernance, Médias citoyens, Politique, Religion

Ce billet fait partie du dossier de Global Voices sur les élections en Egypte 2011/2012 [1].

Les 23 et 24 mai, les regards du monde entier étaient à nouveau braqués sur l'Egypte au moment où le pays tenait sa première élection présidentielle [2] après l'immense soulèvement populaire qui renversa Hosni Moubarak il y a un an et demi.

Pas moins de 660 candidats tentèrent de se faire admettre (ce qui a amené le blogueur Bassem Sabry à produire une liste comique [3] de ceux qui ne briguaient pas la présidence). Les candidats ne comprenaient pas seulement des membres des Frères Musulmans et de leur parti Liberté et Justice (FJP), mais aussi d'éminents tenants de l'ancien régime (appelés “feloul” ou “résidus”).

Pour finir demeurèrent 23 candidats officiels, dont dix furent encore disqualifiés [4]. C'est ainsi qu'il restait en compétition le 23 mai 13 candidats [5] au total, s'échelonnant du “candidat de la révolution” Khaled Ali à Mohamed Morsi, la “roue de secours” du FJP.

Egyptian presidential election in a nutshell. Cartoon by Carlos Latuff. [6]

A quoi se résume l'élection présidentielle égyptienne. Dessin de Carlos Latuff.

Les résultats définitifs doivent être proclamés officiellement le 29 mai, mais la curiosité était à son comble à la fermeture des bureaux de vote. Le comptage commença aussitôt et les résultats furent communiqués en temps réel sur diverses chaînes de télévision et plusieurs espaces de liveblogging.

Dénonciation et comptage

De même que pour les élections parlementaires, il y a eu une surveillance citoyenne générale des irrégularités. Des dénonciations [7] ont été enregistrées [8] en permanence sur divers réseaux sociaux. Les accusations d'irrégularités comme des activités illégales de campagne ont surtout été attribuées [9] à des partisans du candidat FJP Mohamed Morsi [10] et de l'ancien Premier Ministre Ahmed Shafik [11].

L'intérêt sur Twitter, sous les hashtags #EgyPresElection [12], #EgyElections [13], #EgyPresElex [14], était si grand que la discussion [15] et la dispute étaient déjà en cours alors que seulement 2% [16] des voix avaient été comptées.

D'où ces plaisanteries sur l'excitation et les heures d'insomnie à venir :

@bassem_sabry [17]: Dernière minute : Hosni Moubarak l'emporte avec 99.9% des voix.

@vicosalama [18]: @bassem_sabry aah le bon vieux temps. Sans stress :-)

Les utilisateurs de Twitter @Iyad El-Baghdadi [19] et @GalalAmrG [20] ont élaboré un document [21] collaboratif pour suivre les résultats. L'auteur du présent billet a contribué à rassembler les résultats [22] finaux en compilant les chiffres publiés par les sites d'actualité Ahram Online [23] et Aswat Masriya [24].

Au fur et à mesure des résultats, Mohamed Morsi et Ahmed Shafik sont apparus comme les candidats les plus susceptibles de prendre part au deuxième tour des 16 et 17 juin. Etonnamment, le nassérien Hamdeen Sabahi [25] a fait un bond spectaculaire :

@HaniShukrallah [26]: URGENT URGENT: Sabbahi bondit à la deuxième place !

No kidding! Free election in Egypt??? Cartoon by Carlos Latuff. [27]

Sans blague ! Une élection libre en Egypte ??? Dessin de Carlos Latuff.

Son bon score a été l'une des plus grandes surprises de cette élection, d'autant plus qu’Alexandrie [28] (d'habitude un bastion des Frères Musulmans) et le quartier d’Imbaba [29] au Caire (traditionnellement dominé par les Salafistes) lui ont massivement donné leurs voix. Il est ensuite retombé à la troisième place, où le décompte final l'a maintenu.

Cependant, beaucoup ont boudé l'élection [30] qu'ils ont estimée non démocratique, et seulement propre à renforcer [31] la mainmise des militaires sur le pays.

Les craintes largement partagées ont été confirmées par une déclaration [32] attribuée au porte-parole de Ahmed Shafik que “la révolution est terminée”.

La révolution n'est pas finie

A l'annonce du décompte final le soir du 25 mai, les réactions ont explosé sur Twitter :

@MohAbdElHamid [33]: Si aujourd'hui a prouvé une chose, c'est que nos prédictions sont de la connerie. Cette révolution est imprévisible.

@DaliaEzzat_ [34]: Les Egyptians sont contraints à choisir entre deux formes de fascisme. Pour beaucoup, la décision ne sera pas aisée. Enormes conséquences dans les deux cas.

@Gsquare86 [35]: L'organisation est la clé !! Si nous avons appris quelque chose d’ Ikhwan [les Frères Musulmans] c'est que même s'ils sont impopulaires dans les rues, leur machine fonctionne !

@shadihamid [36]: La Confrérie reste obsédée par la préservation du ‘tanzim,’ ou organisation. En ce sens, elle peut déjà crier victoire.

Une bonne part de la discussion était centrée sur le boycott du second tour :

@glcarlstrom [37]: J'ai l'impression que la participation sera un facteur encore plus important au second tour #egypt – imaginez qu'il y ait des quantités d'électeurs qui traînent les pieds ?

@RawahBadrawi [38]: S'il y a un moment où jamais pour boycotter, c'est maintenant. Voter pour Morsi comme voie pour accomplir les objectifs de la Révolution est un oxymore.

Second round of Egypt election - any options? Cartoon by Carlos Latuff. [39]

Second tour de l'élection en Egypte – quel choix ? Dessin de Carlos Latuff.

Et si certains [40] ont déjà décidé de boycotter le second tour car voter serait “immoral et honteux”, d'autres [41] croient que ce serait une grave erreur car cela se traduirait par des voix allant silecieusement à M. Morsi.

En outre, la question a été soulevée de la part dans le vote Shafik des électeurs de la minorité chrétienne copte d'Egypte. Si l'Eglise copte n'a pas officiellement soutenu de candidat, de nombreux coptes redoutent [42] l'éventualité de l'accès d'un Frère Musulman à la présidence. Certains sont convaincus [43] que les voix des chrétiens ont poussé M. Shafik au sommet, une idée rejetée comme “erronée” [44] et contredite [45] dans nombre de commentaires [46] [en arabe].

Comme Aboul Fotouh, ex-membre des Frères Musulmans et arrivée à la quatrième place, paraît [47] avoir refusé de soutenir M. Morsi [48], les hypothèses ont fleuri sur les coalitions [49] susceptibles de se former. Beaucoup ont réclamé l'application de la loi sur les droits politiques [50] (la “loi anti-feloul”) récemment modifiée, et l'interdiction pour M. Shafik de se présenter :

@Amany90 [51]: Les avocats égyptiens doivent tous s'unir MAINTENANT pour éliminer Shafiq en utilisant la loi d'isolement ou les accusations de  corruption. Au travail

@mfatta7 [52]: La présence de Shafiq sur la liste des candidats est juridiquement contestable et il pourrait bien être invalidé par un jugement de tribunal avant le deuxième tour.

@mfatta7 [53]: Le SCAF [l'armée] détient la clé de la cour constitutionnelle qui détient la clé pour interdire Shafiq d'élection.

En ce moment beaucoup balancent entre choc et peur, et étudient leurs scénarios du pire, mais d'autres appellent [54] le pays à aller de l'avant au nom de tous ceux qui ont donné leur vie pour la révolution. Non, malgré l'issue possible de ce scrutin, la révolution n'est pas terminée : les chiffres montrent [55] que 75% des Egyptiens ont voté contre un président Frère Musulman et 60%, contre un retour de l'ancien régime.

Ce billet fait partie du dossier de Global Voices sur les élections en Egypte 2011/2012 [1].