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Netizen Report : Édition Télécoms

Catégories: Europe de l'ouest, Chine, Etats-Unis, Ethiopie, Liberté d'expression, Médias citoyens, Technologie
Image par Xeni Jardin via Flickr (CC BY-NC-SA) [1]

Image par Xeni Jardin via Flickr (CC BY-NC-SA)

Ce rapport est basé, pour l'essentiel, sur le travail de recherche, de rédaction et de relecture de Tom Risen [2], Weiping Li [3], James Losey [4] et Sarah Myers [5].

Dans les pays dans lesquels les gouvernements traitent avec mépris la liberté de parole et la vie privée, la mise en place de nouvelles infrastructures de télécommunications (télécoms) donne généralement lieu à un nouveau niveau de censure et de surveillance. L'Éthiopie est l'un des derniers exemples en date. La semaine passée, Ethio Telecom [6], l'unique fournisseur de services de télécommunications en Éthiopie, a annoncé [7] un plan pour relancer son réseau radio 3G, afin d'améliorer la qualité et le débit des connexions Internet. Malgré cela, Tor [8], un projet soutenant l'anonymat des communications en ligne, a récemment constaté [9] que l'opérateur Ethio Telecom avait déployé ou commencé à tester un dispositif d’Inspection des Paquets en Profondeur (Deep Packet Inspection) [10], DPI) sur la totalité du trafic Internet, et qu'il avait également bloqué Tor. L'équipe Tor a développé depuis une solution de contournement [11] à l'attention des utilisateurs en Éthiopie.

Cette récente action visant à renforcer la censure et la surveillance survient dans le contexte de la ratification intervenue, le mois dernier, [12] de la législation “Ethiopian Telecom Service Infringement Law”, visant à mettre un frein à la téléphonie sur Internet telle que les appels et les télécopies utilisant le protocole Voix sur Internet (VoIP). Face à l'expansion, à Addis Abeba, de l'utilisation des services d'appels ordinateur vers téléphone, le législateur a estimé que cette tendance non seulement portait atteinte aux profits d'Ethio Telecom, mais qu'elle constituait également une menace pour la sécurité nationale. La législation comporte par ailleurs un volet anti-terroriste et anti-diffamation, qui est un sujet de préoccupation pour les blogueurs, qui craignent qu'il ne décourage la liberté d'expression dans la florissante culture du blogage en Éthiopie.

Censure

À la veille du 23ème anniversaire du massacre de la place Tian'anmen [13], le gouvernement chinois a renforcé [14] sa répression [15] à l'encontre des discussions sur cette tragédie. Sina Weibo, la plateforme populaire de microblogage chinoise, a interdit [16] le compte de la chaîne de télévision publique japonaise NHK pour avoir publié sur Weibo un message portant sur l'anniversaire de Tiananmen. De nombreux comptes Facebook à Hong Kong ont été désactivés [17] peu de temps après avoir publié des messages politiques sur une veillée aux bougies pour commémorer le massacre. [Note : “Netizen Report” a appris qu'un responsable de Facebook avait informé plusieurs activistes que la raison pour laquelle les comptes avaient été désactivés était la conséquence d'un problème technique global qui a été résolu entretemps – et que l'incident n'avait rien à voir avec des événements ou des actions politiques locaux. Toutefois, à notre connaissance, Facebook n'a pas fait de déclaration publique sur cet incident.]

La semaine dernière, Sina Weibo a également mis en place de nouvelles règles visant à contrôler ses utilisateurs. Ces règles stipulent que Sina impose des contraintes concernant le contenu des billets Weibo ainsi que des “comités communautaires [18]” chargés de statuer sur les cas d'infraction à ces règles. Le système fonctionnera sur le principe d'un système à points [19], qui se prononcera sur les actions que devra prendre Sina pour punir ces violations.

La semaine dernière, un net-citoyen de la province de Xinjiang, au Nord-Est de la Chine, a été arrêté [20] pendant 15 jours pour avoir diffusé la nouvelle du décès d'un jeune dans un centre de détention.

Afin d'alerter les utilisateurs chinois sur les cas de censure, Google a annoncé qu'il intégrerait à son moteur de recherche de nouveaux outils [21] indiquant lorsque la requête d'un utilisateur contient des mots sensibles.

La Malaisie a modifié [22] sa loi sur la preuve (“Evidence Act”), qui fait désormais reposer sur le responsable du site Web la charge de prouver son innocence et qui le rend responsable des commentaires abusifs ou politiquement incorrects.

Le gouvernement du Malawi a retiré [23] un amendement de son Code pénal qui aurait autorisé l'interdiction de toutes les informations qui “ne sont pas dans l'intérêt public”, sous la pression des défenseurs de la liberté de la presse, qui ont empêché l'entrée en vigueur de cet amendement après son adoption en 2010.

Le journal sud-africain “South African City Press” a été contraint par le Congrès National Africain de retirer de son site Web une image [24] d'un portrait controversé du Président Jacob Zuma.

Le cofondateur de Wikipedia Larry Sanger a lancé un appel en faveur d'une meilleure sensibilisation au fait que certains articles de Wikipedia comportent des contenus destinés aux adultes [25] et plaide en faveur d'un filtre pour les contenus pornographiques.

Brutalités

Le défenseur bahraini des droits humains Nabeel Rajab, inculpé d'incitation à des rassemblements en ligne illégaux, a été libéré sous caution [26]la semaine dernière, avant d'être arrêté à nouveau [27] cette semaine.

Fox News rapporte [28] que des agents de l'aéroport international d'Israël ont demandé à des personnes d'origine palestinienne d'ouvrir leurs emails afin qu'ils soient contrôlés avant d'être autorisés à entrer dans le pays.

Politique nationale

Le Parlement néerlandais [29]a voté contre l'Accord commercial relatif à la contrefaçon (ACTA), en le replaçant en tête de la liste du Parlement de l'Union européenne (EU) afin de déterminer si les 20 pays européens signataires seront capables instaurer l'Accord. Trois comités européens [30]ont également voté contre l'adoption su traité, et le prochain vote [31] par le Comité de l'Union Européenne sur le Commerce International, prévu le 21 juin, pourrait déterminer l'issue du vote final en juillet.

Fin 2012, la Commission européenne formulera des propositions pour la mise en place de la neutralité du réseau [32], conformément à un rapport révélant qu'entre 20 et 50 pour cent des Européens subissent des restrictions de leur accès Internet imposées par leur fournisseur d'accès à Internet (FAI).

Le Centre d'information sur le réseau d'Internet en Chine (CNNIC) a modifié son règlement [33] et autorisera à nouveau les particuliers à enregistrer des noms de domaines. L'organisation n'avait pas autorisé les particuliers à enregistrer de noms de domaines depuis 2009.

Gouvernance d'Internet

Les membres du Comité de l'énergie et du commerce, Sous-comité de l'énergie et de la qualité de l'air, au sein de la Chambre des représentants aux États-Unis, ont exprimé leur opposition [34] à l'élargissement du contrôle d'Internet par les Nations Unies. Cette évolution risque d'avoir des conséquences profondes et dangereuses pour l'avenir d'Internet, a déclaré Vint Cerf [35], l'informaticien connu comme “le père d'Internet” pour son travail dans les années 1970 au sein du Département de la Défense des États-Unis.

L'organisation à but non lucratif Access, militant pour la liberté numérique, est sur le point de recueillir 20 000 signatures [36] lors d'une pétition adressée à l'Union internationale des télécommunications (UIT/ITU) et lui demandant de ne pas étendre son contrôle sur Internet.

Les chercheurs en technologie Jerry Brito et Eli Dourado ont lancé [37]un nouveau site Web, WCITleaks.org [38], une plateforme destinée à publier des documents divulgués intéressant l'UIT et la prochaine World Conference on International Communications [39], qui doit avoir lieu à Dubaï en décembre 2012, et au cours de laquelle seront discutées des propositions relatives à l'élargissement de l'autorité de l'UIT sur Internet.

L'organisation à but non lucratif Internet Corporation for Assigned Names and Numbers [40] (ICANN) a recueilli près de 2 000 candidatures [41] pour de nouveaux noms génériques de domaines de premier niveau et révélera le nom des gagnants le 13 juin [42], avec une période d'appel et de contestation qui prendra fin le 12 août.

Activisme Internet

La Knight Foundation a décerné un prix [43] à un projet d'un établissement secondaire de la région de Miami visant à connecter en ligne des étudiants migrants sans papiers et à les informer sur leurs possibilités dans l'enseignement supérieur.

Les membres des groupes d'hacktivistes Anonymous et Telecomix ont des approches différentes en ce qui concerne l'aide à apporter aux opposants dans des pays comme la Syrie. Le groupe Telecomix, basé en Suède, revendique [44] une stratégie plus politique.

Le fondateur de Wikileaks Julian Assange, qui a été mis en résidence surveillée au Royaume-Uni pour des allégations de viol, a perdu son procès [45] devant une juridiction britannique à propos de la décision de l'extrader en Suède pour répondre au charges qui pesaient sur lui. Il devra décider s'il souhaite faire appel de cette décision. Malgré une activité réduite sur le site Web en raison des récentes difficultés légales et politiques, la culture de la dénonciation qu'il a contribué à galvaniser continue [46].

Suite à l'interruption pendant 12 heures de l'activité de Reddit en 2011, en signe de protestation contre la législation Stop Online Piracy Act [47] (SOPA), le fondateur de Reddit, Alexis Ohanian, s'est associé au groupe de défense des droits numériques “Fight for the Future” pour former la Internet Defense League [48], dans une volonté de sensibiliser aux efforts visant à élargir la gouvernance d'Internet. Selon eux, cet effort constitue “un signal négatif pour Internet” pour d'autres sites Web avec lesquels coopérer pour la défense contre des législations telles que le “Cyber Intelligence Sharing and Protection Act” (CISPA) et pour “veiller à ce que l'Internet ne perde jamais.”

Inspirés par le succès électoral du parti Pirate [49] dont le programme est centré sur les libertés numériques, lors des dernières élections en Allemagne, des citoyens français tentent d'établir leur propre version du parti à la veille des élections législatives.

Vie privée

D'après un rapport intitulé “When the government comes knocking, who has your back [50]?” [Quand le gouvernement se présente à votre porte, qui vous protège ?], publié par la Electronic Frontier Foundation [51], un fournisseur d'accès Internet indépendant en Californie, Sonic.net [52] est la société Internet qui protège le mieux la vie privée de ses clients contre les demandes des gouvernements de leur communiquer les données des utilisateurs.

La Commission Europénne a assigné [53] l'Allemagne devant la Cour Européenne de Justice pour ne pas avoir appliqué la réglementation européenne exigeant que les sociétés Internet et de téléphonie conservent les archives des emails et des appels téléphoniques des usagers.

Facebook a lancé une consultation [54] sur les modifications proposées par les utilisateurs à sa “Déclaration des droits et responsabilités” et à la “Politique en matière d'utilisation des données” du réseau social. Le vote a commencé le 1er juin et se terminera le 8 juin à 9 heures, heure avancée du Pacifique. Pour que les changements aient force contraignante, plus de 30 % de la base des utilisateurs de Facebook doit participer [55] à ce vote.

Cybersécurité

Un article dans le New York Times révèle [56]que le gouvernement des États-Unis et Israël ont coordonné un projet d'attaque du programme nucléaire iranien par l'intermédiaire du virus Stuxnet. Entretemps, l'Iran a annoncé [57] que les ordinateurs du pays avaient été attaqués par une forme plus virulente du logiciel malveillant que Stuxnet, baptisée “Flame”. Le virus Flame est conçu pour le cyber-espionnage [58] plutôt que pour la guerre cybernétique. Les Émirats Arabes Unis et l'Arabie saoudite ont également rapporté qu'ils avaient détecté [59] le même virus dans leurs ordinateurs.

Simurgh, un important logiciel utilisé par les internautes iraniens et syriens pour contourner la censure, a une version malveillante [60], qui installe des portes dérobées sur les ordinateurs de ses victimes.

Publications et études

Pour les événements à venir relatifs à l'avenir des droits civiques à l'ère du numérique, voir le Calendrier des événements Global Voices [64].

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