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Inde, Bangladesh : La guerre de l'eau et la diplomatie de la rivière Tista

Ce billet fait partie de notre dossier central Relations internationales et sécurité 

[Liens en anglais, sauf mention contraire] L'Inde et le Bangladesh ont 54 cours d'eau en commun. En dépit de la création d'une Commission bi-nationale sur les rivières pour la gestion de l'eau dès l'année 1972, les tensions entre les deux pays sur le partage des ressources hydriques se sont récemment envenimées lors d'un conflit autour de la rivière Tista. En jeu, les vies d'innombrables personnes au Bengale-Occidental et au Bangladesh, dont la survie dépend de cette rivière.

Actuellement, une seule convention globale sur les fleuves a été signée entre l'Inde et le Bangladesh, le traité bilatéral de 1996 qui a institué un accord de partage de l'eau pendant 30 ans entre les deux pays. Il devait être reconduit en septembre 2011, date à laquelle le premier ministre indien, le Docteur Manmohan Singh, aurait du ratifier avec son homologue bangladais un traité ajourné régulant l'accès à l'eau de la rivière Tista et son utilisation.

Aerial View of Teesta River

Vue aérienne de la rivière Tista. Photo sur Flickr par Prato9x (CC-BY-NC-ND 2.0)

La Tista – qui prend sa source dans le Sikkim [fr] – coule dans la partie nord du Bengale-Occidental en Inde avant d'entrer sur le territoire du Bangladesh, où, après avoir parcouru environ 45 km de terres irrigables, elle se jette dans le Brahmapoutre (appelé Jamuna sur son parcours au Bangladesh). En 1983, un accord ad hoc de partage de l'eau avait été conclu entre l'Inde et le Bangladesh, aux termes duquel les deux pays avaient droit respectivement à 39% et 36% du débit d'eau. Le nouveau traité bilatéral reprend cet accord en proposant cette fois-ci une répartition égale des eaux de la rivière Tista entre les deux pays. Cependant, le traité s'est retrouvé bloqué quand Madame Mamata Banerjee, Premier ministre  alors nouvellement élue  du Bengale-Occidental, a refusé de l'approuver, craignant que cette diminution du quota d'eau pour les zones riveraines entraîne des problèmes dans la partie nord de l'état, particulièrement durant la saison sèche.

Ganges Hrishikesh

Le Gange à Hrishikesh, en Inde. Photo sur Flickr de Sanj@y (CC-BY-2.0)

L'eau étant sous la tutelle de l'Etat en Inde, et le parti politique de Mme Banerjee, le All India Trinamool Congress, un partenaire essentiel du gouvernement central de coalition, l'accord ne peut être ratifié sans son assentiment. Une grande partie de la population bangladaise ainsi que les médias indiens ont fustigé la rigidité de sa position mais son opposition aux termes actuels du traité a elle aussi ses partisans.

En mai 2012, durant une visite en Inde, la ministre des Affaires étrangères du Bangladesh, Mme Dipu Moni, a averti que les relations bilatérales pourraient devenir problématiques si l'Inde ne parvenait pas à trouver une position sur l'accord de partage des eaux de la Tista.

Face à cette stratégie de la tension, la question du traité reste toutefois en suspens en Inde, celle-ci poursuivant ses efforts pour parvenir à un consensus dans son cadre politique national. Cependant, le ministre indien des Affaires extérieures, S.M. Krishna, a tenté de calmer les tensions et assuré au Bangladesh que l'Inde restait attachée à une résolution rapide de la question du partage des eaux de la Tista.

Le fleuve Jamuna (Brahmapoutre) au Bangladesh. Photo sur Flickr de bengal*foam (CC BY-ND 2.0)

Le Bangladesh souhaite lui aussi une résolution rapide de cette question, et pourrait même être disposé à faire des concessions sous la pression de son opinion publique, qui insiste pour qu'un accord soit trouvé.

Le blogueur et journaliste bangladais Farid Ahmed écrit :

Il est apparemment assez évident maintenant que…le Bangladesh a jusqu'ici échoué à faire en sorte que l'Inde signe un accord…pour partager l'eau des cours d'eau que nous avons en commun, particulièrement la Tista … Maintenant, c'est au Bangladesh de faire ce qu'il aurait du entreprendre il y a longtemps. Outre la diplomatie traditionnelle, ils auraient du relayer les sentiments de ses citoyens de l'autre côté de la frontière. Le ciel est verrouillé pour Dacca, étant donné qu'aucune chaine du Bangladesh n'est diffusée par les opérateurs indiens de la télévision par cable. La plupart des journaux indiens soutenait la cause du Bangladesh dans l'affaire de la Tista. C'est un aspect positif. Mais pourquoi ne pas impliquer la population du Bengale-Occidental ?

Au delà de la rhétorique politique, cependant, les inquiétudes du Bengale-Occidentale sur la sécurité hydrique de sa région nord ne peuvent être ignorées et doivent trouver une réponse. L'Inde commence déjà à ressentir l'amoindrissement de sa sécurité hydrique, en raison d'une demande toujours croissante d'eau pour sa population en plein essor. Selon un rapport paru en 2010, “Water Security for India: The External Dynamics” (Sécurité hydrique de l'Inde : les dynamiques externes), publié par l’Institute for Defence Studies and Analyses (IDSA) :

L'Inde fait face à un grave problème de ressources hydriques et comme le prévoient les projections, s'attend à être en situation de “stress hydrique” d'ici à 2025 et en “pénurie hydrique” en 2050

Les deux pays, de ce fait, doivent élaborer un traité mûrement réfléchi et équilibré qui permettra un partage équitable des eaux de la Tista, renforçant par là les liens bilatéraux et réduisant la probabilité d'un conflit autour de l'eau.

ISN logoCe billet et ses traductions en espagnol, en arabe et en français on été commissionnés par l'International Security Network (ISN) dans le cadre d'un partenariat destiné à faire entendre les points de vue de citoyens sur les questions de relations internationales et de sécurité dans le monde entier. Visitez le blog de l'ISN pour lire d'autres articles.

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