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Cuba: La Journée contre l'homophobie et pour l'intégration

[liens en espagnol] L'acceptation de l'autre constitue un des grands défis des sociétés contemporaines. A Cuba depuis 2008, est organisée en mai une journée contre l'homophobie, qui compte une série d'actions pour afficher et combattre tout type de discrimination fondée sur l'identité de genre ou l'orientation sexuelle.

La journée est coordonnée par le Centre National d'Education Sexuelle (Cenesex), principale organisation du pays en faveur de la reconnaissance de la diversité sexuelle et égalité de genre. Son premier objectif est de “contribuer à l'éducation de toute la société, en se centrant sur la famille, dans le respect du droit à la libre et responsable orientation sexuelle et identité de genre, en tant qu'exercice de l'équité et de la justice sociale”.

Dans différentes villes du pays -en particulier à Cienfuegos, siège de la manifestation cette année-, ont eu lieu des défilés, projections de films, pièces de théâtre et expositions d'arts plastiques en faveur du respect de la diversité sexuelle et de la lutte contre l'homophobie. Un hommage a également été rendu à l'écrivain Virgilio Piñera (1912-1979), dont l'oeuvre fut passée sous silence dans les 70 en raison de son homosexualité.

Défilé sur la musique de la conga des zanqueros dans l'avenue 23, quartier de la Rampa à la Havane, dans le cadre de la 5ème Journée contre l'Homophobie, le 12 mai 2012. Photo: Cortesía AIN FOTO/Omara García Mederos

Pour la cinquième année consécutive, une conga (danse cubaine populaire) a été organisée sur l'avenue 23, dans le centre de La Havane. L'événement a réuni des centaines de personnes, aux diverses histoires et motivations. Tout au long du mois de mai se sont également déroulés des rencontres et débats, dans lesquels de nombreux acteurs du milieu académique et de la société civile ont discuté en particulier de l'homophobie et la vulnérabilité face au VIH, principal sujet cette année.

Comme d'habitude, la blogosphère cubaine participe de façon directe et indirecte à ces débats. Elle constitue l'espace de nombreuses discussions passionnées.

Sur le blog La isla y la espina, Rey Alexander Rodríguez Cureux souligne un des sujets de conversation les plus récurrents chez les Cubains depuis qu'a débuté la Journée contre l'Homophobie : le fait qu'elle soit organisée à la même date que le jour des paysans. Dans le discours machiste et homophobe national la réaction se traduit par “prendre le jour des paysans pour fêter le jour des homosexuels”, affirme-t-il dans son blog.

Rey Alexander Rodríguez Cureux en arrive à la conclusion suivante :

Il faudrait peut-être insister sur le caractère homogène de la célébration. Sur le fait que la manifestation ait autant d'importance dans les campagnes, après avoir été célébrée à échelle nationale. Sur le fait qu'avant et après les médias fassent écho du succès “social”, et non celui du “réseau de réseaux”, milieu dont l'accès est limité.

Il faut comprendre qu'il s'agit d'un appel à l'unité, au travers du respect.

Le journaliste Francisco Rodríguez Cruz, une des figures les plus médiatiques du mouvement de défense des droits des homosexuels à Cuba, a consacré divers posts à ce sujet, sur son blog PaquitoeldeCuba, lié au thème LGBTI (lesbiennes, gays, bissexuels, transexuels et intersexuels). Dans un post publié le 30  mai dernier, il mentionne un appel lancé par un des activistes dans le cadre de la journée contre l'homophobie. Ce dernier réclame que soit retiré des ventes un livre récemment publié à Cuba qui fait référence de manière très péjorative à l'homosexualité. Cette réaction a soulevé beaucoup de critiques, qui associent le retrait de l'ouvrage à un acte de censure impardonnable.

“Passe à la télé et écrase l'auteur, piétine-le, arrache-lui les cheveux si tu veux, mais il a le droit d'exprimer son opinion” a commenté un lecteur surnommé El Cronista.

Un autre post fait référence à la discussion d'un groupe à Cienfuegos, dans le cadre de la journée contre l'homophobie, où un ancien joueur de baseball célèbre a reconnu publiquement la présence de lanceurs homosexuels à Cuba, et les difficultés auxquelles ils doivent faire face en raison de l'homophobie qui règne dans ce sport.

“Oui, je connais beaucoup d'athlètes dans mon sport, le baseball, qui sont attirés par des personnes du même sexe, mais ils ne le montrent pas. Dans le sport, parmi les athlètes, cette tendance n'est pas acceptée, parfois elle n'est pas en accord avec un jeu comme le baseball ou n'importe quel autre sport” a affirmé l'ancien lanceur.

Ces sportifs doivent cacher leur orientation sexuelle, ne peuvent pas montrer ou parler de leurs sentiments comme les autres, au risque d'être victimes de rejet et de moquerie, ou dans des cas extrêmes, du renvoi de leur équipe. Ils vivent une grande souffrance et une forte injustice, dans le baseball comme dans d'autres disciplines.

En raison du caractère original et authentique des blogs, les participants s'approprient les discussions et arrivent souvent à des sujets qui n'ont rien à voir avec le post original. Sur le blog Paquito…des internautes ont mentionné la polémique suscitée par la visite de la directrice du Cenesex, Mariela Castro, aux Etats-Unis. Son lien de parenté avec les principales figures du pays a été souligné, remettant ainsi en question son rôle dans la défense de de la diversité sexuelle. Certaines personnes de l'opposition se demandent si elle ne doit pas sa place au fait d'être “la petite princesse”, comme ils la surnomment.

Le site Internet Café Fuerte, célèbre pour ses critiques envers le gouvernement cubain, a souligné que le pays avait fait un pas en avant, grâce à la publication d'un éditorial dans le journal Granma (organe officiel du Parti Communiste de Cuba), dans lequel José de la Osa, journaliste et spécialiste en santé, explique les raisons de célébrer une journée contre l'homophobie à Cuba.

Café Fuerte montre comment le même journal qui avait approuvé dans les années 70  le terme de “déviation idéologique” pour qualifier l'homosexualité a publié quarante ans plus tard une page en faveur de l'acceptation de la différence. Cette politique concorde avec les récentes décisions adoptées par la Première Conférence Nationale du PCC, durant laquelle a été explicité le rejet de toute forme de discriminations fondées sur la couleur de peau, le genre, les croyances religieuses, l'orientation sexuelle, l'origine ou de tout autre type, jugées contraires à la Constitution et aux lois de Cuba.

Mariela Castro a admis qu'elle avait gardé “un sentiment ambivalent” après la Conférence Nationale du PCC de janvier dernier. “Je ne suis pas totalement satisfaite car j'aspirais à un débat plus profond, et à ce que nous puissions participer à ces discussions” a-t-elle souligné. Elle a ajouté que les objectifs du PCC constituaient cependant “une ligne générale” qui marque le chemin d'un travail “plus profond” à tous les niveaux à Cuba.

Dans différents blogs des discussions ont eu lieu sur les défis du gouvernement cubain en termes juridiques, pour la reconnaissance de l'égalité des personnes non hétérosexuelles. Le chemin tortueux parcouru par l'avant-projet de loi modifierait le Code de la Famille, sur des aspects tels que l'union légale des couples homosexuels. Après des années d'attente, l'avant-projet n'a toujours pas été présenté à l'Assemblée Nationale, bien qu'il fasse partie d'un plan législatif du Ministère de la Justice décidé en 2008. Mariela Castro elle-même a fait référence à des “obstacles” concernant cet avant-projet.

Le mouvement LGBTI considère cependant comme une victoire importante la résolution ministérielle de 2008 approuvant les opérations de changement de sexe. Cette mesure a suscité une polémique chez une partie des Cubains, qui considèrent que l'Etat n'a pas à dépenser de l'argent pour des questions qui selon eux ne sont pas “de vie ou de mort”.

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