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Philippines : Les réfugiés des opérations militaires sur l'île de Mindanao

En dépit de l'engagement pris en 2012 par les Forces Armées des Philippines de ne commettre  “aucun” abus contre les droits de l'homme  [en anglais], les ruraux et les autochtones de l'île de Mindanao, au sud des Philippines, se sont vus obligés d'abandonner leurs terres [en anglais] ces derniers mois en raison d'une présence et d'une activité militaires accrues dans la région. Les habitants sont devenus des “bakwits”, terme local pour désigner les réfugiés.

La tempête tropicale Sendong ainsi qu'une série d'inondations soudaines  et de glissements de terrain avaient isolé Mindanao l'an passé, provoquant des exodes. Des milliers de personnes ont aussi fui l'île en raison des graves conflits qui opposent les rebelles sécessionnistes musulmans au pouvoir central.

Il n'y a pas eu jusqu'ici de dégâts importants mais beaucoup de gens ont dû récemment abandonner leurs communautés en raison des intenses opérations de combats et bombardements de l'armée dans les provinces de Sultan Kudarat, Sarangani, Suriago, Agusan, Cotabato, Davao, Valle de Compostela dans la péninsule de Zaboanga et de Bukidnon.

Ces communautés se trouvent situées dans des zones riches en minerais, lesquelles sont convoitées par les multinationales  [en anglais]. Mais l'armée considère aussi ces zones comme appartenant au Parti Communiste des Philippines (PCF) [en anglais] et à son groupe armé, la Nouvelle Armée du Peuple (NEP).

Karapatan [en anglais], l'Alliance pour les Droits de l'Homme, a prévenu qu'un nombre plus important de communautés risquaient d'être déplacées pour laisser place à des activités minières à grande échelle sur l'île et que c'était l'armée qui s'en chargeait.

Le mode d'existence de ces populations en a été affecté, les enfants ne vont plus à l'école et tous ces gens qui ont été privés de leurs foyers ont trouvé refuge de manière temporaire auprès des centres d'évacuation. Voici quelques-unes des histoires recueillies par Karapatan et qui ont circulé par e-mail :

Antolin Gimo, membre de KAMASS-KMP, une organisation locale de paysans de Mahaba, de Marihatag et de Surigao del Sur. La communauté rurale d'Antolin est visée par des exploitations minières de carbone et de nickel, lesquelles vont bientôt démarrer. Les habitants de Bgy. Mahaba  subissent depuis début 2006 une série d'évacuations forcées et c'est, depuis, toujours d'actualité. En mars 2011, des unités du 29ème et du 23ème Bataillon d'Infanterie de l'Armée des Philippines (sigle anglais: IBPA) ont lancé des missions aériennes et terrestres de reconnaissance contre la NEP (Nouvelle Armée du Peuple) et bombardé les zones voisines de ces communautés.

Bebeth Calinawan Enriquez, membre de Butuan City-RTR-Cabadbaran City-Tubay Organización Intermunicipal Mamanwa (APOGAN), une organisation locale de Mamanwa de Cabadbaran, dans la province d'Agusan del Norte. Bebeth appartient à l'une des 215 familles qui ont dû abandonner leur foyer en mars dernier en raison des bombardements et des attaques d'automitrailleuses. Les canons étaient situés à mi champs, soit seulement à 20 mètres des maisons. Les habitants de Mamanwa se trouvent encore dans les centres d'évacuation de la ville de Butuan et des communautés voisines, loin de leurs foyers et de leur mode d'existence. En septembre 2011, les militaires ont tiré sur Bebeth Calinawan, l'ont arrêté et présenté devant les médias comme une victime des mines anti-personnelles posées par la NEP. Bebeth a aussi été témoin des difficiles conditions de vie dans les centres d'évacuation: le stress post-traumatique, le manque de nourriture, les nuits passées sur le ciment froid, les maladies et le désintérêt manifesté par les autorités.

Maritess Bulawan, Présidente de Nagkahiusang Mag-uuma sa Kibawe (Namaki) à Kibawe, dans la province de Bukidnon. Maritess est l'une des leaders paysannes de Kibawe qui s'oppose activement à la construction de l'immense barrage Pulangi V, lequel submergera les communautés rurales. Elle a participé aux négociations avec les commerçants locaux auprès desquels ils obtiennent le matériel agricole et à qui ils vendent leurs produits. Le 1er avril, 183 familles du village de Maritess ont été évacuées lorsque les militaires ont lancé 14 bombes depuis des avions tora-tora. Trois communautés ont conséquemment été affectées. Selon Maritess, un civil a été blessé par l'éclat d'une bombe. Les militaires ont occupé aussi une école primaire publique. Maritess pense que l'opération militaire est menée en représailles d'un précédent affrontement avec la NEP. Mais comme en beaucoup d'autres cas, les militaires tirent sur les civils. En raison de son rôle actif en tant que leader paysanne,  Maritess a provoqué la colère des militaires.

Les dernières évacuations forcées [en anglais] touchent au moins 80 familles de Trentodans la province  d'Agusan del Sur – celles-ci ont dû en effet fuir les bombardements et les opérations militaires du 7 mai dernier. Karapatan a rapporté qu'il y avait au moins 6 556 victimes d'évacuations forcées dans le cadre du plan de contre-insurrection “Opan Bayanihan” de l'administration Noynoy Aquino.

En avril dernier, des groupes autochtones, des environnementalistes et des militants des Droits de l'Homme ont protesté  [en] devant la Commission nationale des peuples autochtones et le Ministère de l'Environnement et des Ressources naturelles  (DMARN) afin de condamner cette militarisation. Voici une vidéo montrant les manifestations :

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