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Angola : La musique de résistance, aujourd'hui comme hier

[Liens en portugais, sauf indication contraire] A la fin du mois de mai dernier, Amnesty International signalait à l'approche des élections en Angola le risque d'une escalade de la répression contre la liberté d'expression dans ce pays, dirigée en particulier vers les musiciens “engagés”. Le communiqué réclamait une enquête exhaustive et impartiale après une agression violente contre un groupe de militants de l'opposition, dont le rappeur “Hexplosivo Mental“.

Deux semaines plus tard, le 11 juin, un autre rappeur qui ne cache pas son opposition au gouvernement, Luaty Beirão, également connu sous les noms d'Ikonoklasta et Brigadeiro Mata Frakuxz, a été arrêté à l'aéroport de Lisbonne pour détention présumée de cocaïne dans ses bagages.

Nombreux sont ceux sur les réseaux sociaux qui pensent que le motif véritable de l'emprisonnement de #Ikonoklasta est politique car sa parole dissidente est une des plus entendues depuis que le mécontentement contre le président José Eduardo dos Santos, au pouvoir depuis 33 ans, a commencé à s'exprimer de plus en plus souvent sous la forme de manifestations dans les rues et sur les scènes de la capitale Luanda. En mars 2011, Luaty a été arrêté au cours lors d'une opération préventive du gouvernement, avant une manifestation prévue pour le 7 mars, qui fut annulée. L'année suivante, il a été interpellé et battu par des miliciens prorégime à Cazenga.

Le temps des rythmes de résistance 

Au même  moment,”la musique de résistance” des années 1950 et 1960 en Angola était mise à l'honneur au cours d'une rencontre organisée par l'ONG Centro Interculturacidade à Lisbonne, début juin.

On célébrait la présence d'Amadeu Amorim, qui fit partie de l'historique groupe N'Gola Ritmos [en anglais]. Lors d'une rétrospective de la musique militante, le blog Interculturacidade présentait le groupe comme

un élément moteur de l'idée d'indépendance en Angola et pour cela persécuté, dissous. Plusieurs de ses membres furent emprisonnés. Amadeu a été longtemps emprisonné au camp de détention de Tarrafal sur l'ile de Saint Nicolas dans l'archipel du Cap Vert. Il a été plus longtemps encore le leader de l'ensemble de Carlos Liceu Vieira Dias.

Au cours d'un entretien publié sur le blog ‘Nós Por Cá’ de Silvia Milonga, en 2002, Amadeu  Amorim expliquait ce que représentait N’gola Ritmos dans le contexte social et politique de l'époque.

Encontro com Amadeu Amorim / Homenagem ao N'gola Ritmos no Centro InterculturaCidade. Foto de Jorge Joe Martins, Lisboa, Junho de 2012 (usada com permissão)

Rencontre avec Amadeu Amorim / Hommage à N'gola Ritmos au Centre InterculturaCidade. Photo de Jorge Joe Martins, Lisbonne, juin 2012 (utilisée avec permission)

 

Finalement, c'était une rébellion pacifique qui s'efforçait de réveiller des consciences endormies par 500 ans de colonisation et qui ne croyaient plus en rien. Il n'y avait pas de télévision, pas de radio pour tout le monde, les journaux n'arrivaient pas dans les bidonvilles ou dans l'intérieur du pays…mais nous savions bien qu'une chanson pouvait survivre dans la rue qu'elle soit sifflé ou déclamée ! Aux réunions de la Ligue Nationale Africaine, lorsque nous chantions en Kimbundu [fr], les gens avaient à moitié honte et nous appelaient : Les Mussequeiros (résidents des musseques, banlieues pauvres de Luanda).Quelques personnes de la bande comprenaient pourquoi nous chantions en kimbundu, d'autres se manifestèrent plus tard, disant qu'ils parlaient et chantaient en kimbundu. Nous en arrivons à Radio Espérance, une radio qui émettait de Brazzaville, que l'on écoutait en cachette. Notre chanson était la seule dans son genre et les gens écoutaient N'gola Ritmos en passant la consigne pour que d'autres arrivent avant la fin. On va recommencer maintenant !”

 

Pionniers du style Semba (batucada), les N’gola Ritmos ont très vite inséré dans leurs “chansons populaires” des messages clairs de revendication qui ont fini par faire disparaitre prématurément le groupe. Amadeu ajoute lors de l'interview :

“Tout s'est terminé en prison car plusieurs d'entre nous étaient directement impliqués dans la lutte politique…..Après notre libération, on a été obligé de se présenter à la police tous les 15 jours avec interdiction de toute représentation publique”. Alors, la guerre est arrivée, il y a eu le couvre-feu obligatoire, impossible de sortir la nuit.

Aujourd'hui, les rythmes sont différents, mais il existe des similitudes dans la persécution des artistes politiquement engagés en Angola.

Luaty Beirão. Imagem de Associação Omunga partilhada no blog Central Angola 7311

Luaty Beirão. Photo de l’association Omunga partilhada sur le  blog Central Angola 7311

Concernant Luaty Beião, un écrivain, José Eduardo Agualusa, a écrit sur son profil Facebook :

Tout ceux qui luttent en ce moment pour la démocratie en Angola sont des cibles à abattre , on le voit bien !

Le  blog Central Angola 7311 a publié une note signalant que Luaty était retenu au Campus Justiça dans l'attente d'une comparution devant la justice le 13 juin.

 On précise qu'il n'a pas le moindre antécédent, qu'il a seulement accompagné le groupe depuis un an en militant pacifiquement. Comme tant d'autres à Luanda, il a été, comme on l'a vu, persécuté physiquement, socialement et politiquement. Heureusement, ça ne s'est pas passé à Luanda et nous espérons que cette histoire ridicule se terminera bien.

 

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