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Kirghizistan : A l’assaut des investisseurs chinois

Les deux pays ont beau partager une frontière commune, ils sont  de culture différente : la présence économique grandissante de la Chine au Kirghizistan ne cesse d’alimenter les débats passionnés au sein de la société kirghize. Dans les provinces du pays, ces discussions révèlent les rapports tendus entre les entreprises chinoises et la population locale ; les confrontations qui en résultent ne suscitent toutefois pas l’intérêt des principaux médias kirghizes.

Des photos et des articles réalisés récemment sur le terrain par le site Kloop.kp font la lumière sur certains de ces conflits, ainsi que sur le rejet évident des investissements chinois dans les républiques de l’Asie Centrale.

Craintes et inquiétudes

Les plaintes contre les entreprises chinoises ne sont pas le seul fait du Kirghizistan. Celles qu'éprouve ce petit état enclavé font écho à d'autres  entendues dans d’autres parties du monde, particulièrement en Afrique [voir cet article de GV], où les investissements chinois s’accroissent de façon exponentielle.

Elles se caractérisent généralement  par des interrogations sur la souveraineté du pays, la transparence, les infractions en matière environnementale, les problèmes de migrations et les sempiternelles grognes contre les entreprises chinoises qui ne fournissent pas de travail aux locaux. Alors que les internautes kirghizes mettent en avant ces sujets de préoccupations, ils s’interrogent également sur les tentatives claires d’expropriation des entreprises de l’Empire du Milieu.

Image scanned from the Kyrgyz-languague newspaper Маидан (Maidan) by Gezitter.org.

Image scannée tirée du journal kirghize Маидан (Maidan) par Gezitter.org.

Dans les journaux, le problème de la relation Chine-Kirghizistan sur le plan des investissements est habituellement traité dans les éditoriaux ou dans les pages « opinions » ; on y fait part des menaces perçues pour l’indépendance nationale tout en exaltant le sentiment patriotique. Dans un article, traduit du kirghize au russe par le site Gezitter.org, son auteur évoque un projet de construction d’une voie ferrée entre la Chine et l’Ouzbékistan  qui passe par le Kirghizistan, et se demande [en russe] si la livraison de la partie kirghize sera réglée par la « patrie ». Prétendant qu’un tel projet permettrait à la Chine « d’avaler » le Kirghizistan, l’auteur rappelle les batailles dominées par Manas, héros mythique du peuple kirghiz, contre les « innombrables » troupes chinoises.

De telles diatribes ne font qu’exacerber la sinophobie et les débats animés sur les problèmes entre entreprises chinoises et communes où elles travaillent ;  c’est ce que les journalistes citoyens et les organisations travaillant sur le terrain comme Kloop.kp cherchent à corriger. A travers un traitement « hyper-local » et des reportages objectifs faits au milieu de la population, les journalistes de Kloop – qui ont tous moins de 25 ans – dévoilent les deux côtés des évènements afin d’aider les netcitoyens à se forger leur propre opinion sur les investissements chinois au Kirghizistan.

Vous verrez ci-dessous une sélection de photos puisées dans les galeries de Koop.kg. Elles montrent une raffinerie de pétrole  construite par une société chinoise, Jundi, dans la ville provinciale de Kara-Balta, dans l’ouest du pays. Les citoyens protestaient [en anglais] au début contre la construction de la raffinerie près des habitations périphériques de la ville. En réponse, l’entreprise a offert des compensations financières pour reloger les propriétaires de maisons à la périphérie, mais les résidents n’étaient pas satisfaits du montant. Toutes ces photos ont été prises par ELF, pseudonyme d’un photographe de Kloop.kg, utilisée avec sa permission.

En réponse à un article [en russe] de Kloop.kg sur la raffinerie de Kara-Balta, Olga s’exclame [en russe] :

Не просто разрастаются,а травят людей. Все это не правомерно.Не соблюдены никакие санитарные нормы!!!!!!!!

[les entreprises chinoises] ne font pas que grandir, elles empoisonnent la population. Rien de tout cela n’est légal. Aucune norme sanitaire n’est respectée.

Un autre dossier de Kloop porte sur le sort d’une entreprise d’extraction d’or chinoise opérant dans le sud du Kirghizistan. L’entreprise avait vu dans un premier temps son permis retiré pour exportation  illégale de minerai, avant d’être validé pour refaire partir les machines. Plus récemment, des villageois ont menacé [en anglais] de mettre le feu à l’usine de traitement de l’entreprise, apparemment par souci écologique. Cependant, par la suite, les villageois s’y sont résignés [en russe]  après avoir été assurés de toucher  1% des profits des opérations en cours.

Un tel retournement a suscité les railleries des lecteurs de Kloop. Isken s’en amuse [en russe] :

Это, может пойдем напугаем Билайн поджогом? А за 1% тоже смилостивимся?

Peut-être que nous devrions menacer de mettre le feu à Beeline [géant des télécommunications, liens en anglais] ? Est-ce qu’on va récupérer 1% de ses profits ?

De son côté, Akylbek Abdykadyrov déplore l’attitude mercenaire des villageois, faisant un lien avec les tentatives passées du gouvernement kirghize pour amadouer les investisseurs étrangers :

Какая власть такой и народ или какой народ такая и власть. Без разницы! Зла нехватает.

Si le gouvernement agit ainsi, la population en fera de même, et vice versa. Aucune différence. Je ne peux contrôler ma colère.

Mais Aidai Algozhoyeva pense [en russe] que les villageois ont raison de lancer un pavé dans la mare :

Jiteli 4on Alaya pravy.etot zavod nikakakogo doxoda ne prinosit,i na nem rabotaut kitaicy bez dokumentov.zoloto uvoz9t,a otxody ostautsa v Daraute.

Les résidents de Chon Alai sont dans leurs droits. L’usine de traitement de l’or ne leur rapporte pas un kopeck, les seuls qui travaillent là-bas sont des chinois sans-papiers. Ils prennent et laissent des ordures dans [le village] de la région de Chon Alai.

Par ailleurs, ce mois-ci, le GKNB (anciennement KGB) kirghiz a entamé [en anglais] une enquête contre des entreprises chinoises planchant sur une Zone Economique Spéciale (SEZ) sans taxe au Kirghizistan, visiblement afin d’échapper aux impôts. Bien que le bien-fondé de ce scandale, tout comme d’autres affaires [en anglais], n’a pas encore dévoilé tous ses mystères, une chose est certaine : la  société Chine vit des moments difficiles au Kirghizistan.

Comme l’observe le directeur de Kloop.kg, Eldiyar Arkybaev :

Почему китайский бизнес в последнее время мешает людям? Наезжают на них сильно как-то.

Pourquoi les entreprises chinoises ne contrarient la population que maintenant ? Elles sont vraiment dans le pétrin.

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