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Argentine : La présidente abuse-t-elle du Réseau public de diffusion ?

[Liens en espagnol] En Argentine, le Réseau national de diffusion (radio et télévision) permet à la Présidente  Cristina Fernández de Kirchner de présenter ses mesures nouvelles, investissements, projets et lancements officiels qui relèvent de la politique publique. Lors de sa dernière allocution nationale, la Présidente a proposé que l'exercice du journalisme soit soumis à une loi sur l'éthique publique, une déclaration qui a suscité de nombreuses réactions de la part des blogueurs et journalistes argentins.

Cadena nacional, le canal d'Etat

Le réseau national de radiodiffusion (Cadena Nacional) permet la transmission coordonnée et simultanée d'annonces officielles sur les chaines de radio et télévision. En Argentine, la Loi 26522 promulguée en Octobre 2009, réglemente les services de communication audiovisuelle. Dans son article 75, elle stipule :

Article 75 – Chaîne nationale ou provinciale.  Le Pouvoir Exécutif national et les pouvoirs exécutifs provinciaux pourront, face à des évènements graves, exceptionnels ou de portée institutionnelle, avoir recours au réseau de radiodiffusion national ou provincial selon le cas de figure. Cette mesure sera obligatoire pour tous les détenteurs de licences.

Pour Fabían Bosoer, dans El Estadista [es], la Présidente utilise ce procédé pour éviter la désinformation:

Face aux critiques vilipendant l'usage abusif du  Réseau national de radiodiffusion, Cristina Kirchner a regretté l'existence d'une “télévision nationale de la peur et du découragement” qui diffuserait uniquement de mauvaises nouvelles et propagerait de “mauvaises ondes”. Cette information supposément négative obligerait la Présidente à rendre public les succès et actions de son gouvernement par ces discours et téléconférences retransmis au niveau national, et grâce auxquels – selon le discours officiel – elle peut communiquer directement et sans intermédiaire avec les téléspectateurs.

Le journal La Voz Del Interior [en] a publié un graphique illustrant l'impact des “émissions nationales” sur l'audience de chaque chaîne:

On constate que les interventions de la Présidente en simultané dans tous les médias attirent chaque fois moins de téléspectateurs, comme le soulignent les chiffres de l'Ibope, l'institut qui mesure les audiences de la télévision à Buenos Aires.

Lors de sa dernière allocution nationale, la Présidente a évoqué  l'inauguration d'une usine d'hydrotraitement de gasoil de YPF, et a déclaré :

Pourquoi j'interviens sur le Réseau national ? Parce que si je ne le faisais pas ainsi, personne ne serait informé de ces choses là.

Légiférer sur l'éthique publique ?

Autre sujet de polémiques : le commentaire de la Présidente au cours de ce même discours. Elle a en effet suggéré qu'il devrait y avoir une loi obligeant les journalistes à “publier de quelles entreprises ils recoivent de l'argent […], qui les rémunèrent afin que nous le sachions quand nous lisons un article” :

Il est certain que nous avons besoin une fois pour toute d'une loi sur l'éthique publique pour ce quatrième pouvoir (les médias) en Argentine. Pas pour ne rien dire, au contraire, non, mais simplement pour savoir s'ils perçoivent de l'argent d'une entreprise ou s'ils possèdent une quelconque inclinaison politique.

En réaction, une “Déclaration du FOPEA (Forum du journalisme argentin) sur l'éthique journalistique en Argentine” a été publiée :

[…] Nous manifestons notre désaccord total avec une quelconque initiative qui favoriserait la règlementation de notre profession au moyen de lois ou mesures gouvernementales et nous alertons l'opinion publique sur les risques graves que ce genre de suggestions ou propositions fait peser sur la liberté d'expression.

Christian Sanz, directeur du journal indépendant Tribuna, interroge la Présidente et écrit :

Comme le dit la Présidente, il est vrai que certains collègues touchent des dessous de table. Mais quelqu'un devrait peut être lui dire que si elle a connaissance d'un cas concret, elle devrait le dénoncer comme il se doit, au bon endroit, et non au travers du somptueux Réseau public national de diffusion.

Pour sa part, Gustavo Marcelo Sala, dans le blog Las Balas del Campanario [es], apporte son analyse de l'”éthique publique” :

Je ne suis pas complètement d'accord pour formaliser une loi sur l'éthique publique. L'histoire de l'humanité nous montre combien ce concept a évolué au fil des années. Qui déterminerait ses contours ? les patrons de presse, les éditeurs, les journalistes, les sponsors, l'Etat, tous à la fois ? Selon quels critères professionnels et conceptuels ? Quel serait l'étendue des sanctions ? Comment procède t-on pour délimiter la subjectivité du sujet ?

Gustavo Marcelo Sala ajoute :

J'accepterais, mais avec des réserves, que le journalisme lui même établisse une sorte de code de conduite professionnelle dans le cadre de son exercice. Mais en réalité, à ce stade, il serait impossible de constituer un corps collégial de caractère démocratique pour débattre ouvertement de la question. Est-il possible de qualifier éthiquement une certaine interprétation de la réalité ? Il me semble que non.

Dans son article pour Perfil, Roberto Garcia explique le rôle virtuel de rédactrice en chef jouée par la Présidente via ces émissions nationales :

En vérité, cette activité virtuelle de rédactrice en chef qu'elle pratique à travers ses discours a allégé la tâche des journalistes puisqu'elle leur fait économiser de l’ imagination et des recherches documentaires : elle génère uniquement des nouvelles qui n'apparaissent nulle part ailleurs, elle produit des grands titres, des éditoriaux aussi, ses opinions remplacent l'ennui quotidien provoqué par des informations locales sans grand intérêt et même par la complexité de l'actualité international. Sans Cristina, les quotidiens vendraient moins d'exemplaires et les journalistes devraient travailler plus. Elle mérite un grand merci des gens du métier

Dans le post “Cristina et le Réseau national de diffusion comme moyen d'expression souverain“, Cristian Adalberto Sayes du blog Goliardo analyse l'usage de ce réseau et conclut sur une phrase de Juan Donoso Cortés :

La souveraineté politique s'exprime dans la parole présidentielle, sans intervention corporative. Les allocutions nationales sont diffusées sans fard. Elles sont un moyen de communication de démocratie directe. Car, pour paraphraser le célèbre Espagnol :

Quand l'information suffit à informer, l'information ; quand elle ne suffit pas, les allocutions nationales.

Petite image de Cristina Fernàndez de Kirchner lors de l'inauguration de l'usine d'hydrotraitement de gasoil de YPF. Photo de du palais présidentiel Casa Rosada, sous licence Creative Commons CC-BY-SA

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