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Costa Rica : “Me sentir coupable d'avoir été violée parce que je suis sortie ?”

[Tous les liens de ce billet renvoient à des sites web en espagnol.]

Faisant preuve de force et de courage, la blogueuse SophiadelSol de Love, Fashion & Vintage [NDT: blog plus accessible au public] raconte comment elle a été “carjackée”, enlevée et violée alors qu’elle était sortie avec son ami. Dans une société qui trop souvent rejette la faute sur les victimes arguant que ce qui leur arrive est la conséquence de leur comportement et des situations auxquelles elles s’exposent, elle défend les victimes et accuse la société qui permet de tels drames.

Dans le billet « C'est arrivé parce que tu es sortie » elle répond à un commentaire, destiné à son ami, qui prétend que le vol de voiture avec violence est arrivé car il est sorti. Elle extrapole donc : “cela signifie-t-il que c’est également ma faute si elle je me suis fait violer ?”

Elle explique comment se sont déroulés les événements : elle et son ami se sont fait voler leur voiture sous la menace d’une arme, ont été obligés à se dévêtir, puis ont été ligotés et placés face contre terre dans une plantation de café. Elle explique ensuite qu’elle a été emportée plus loin pour être violée. Elle a réussi à s’enfuir, à rejoindre son ami ; ils ont marché pendant des heures dans la plantation, jusqu’à trouver une route, au petit matin. Sa réponse : non, rien de cela n’est de leur faute.

Ciel de nuit, photo de Ruthanne Reid, publiée sous licence CCBy.

Non, cela ne nous est pas arrivé parce que nous sommes sortis ce soir-là, ni pour avoir été à l’endroit où nous étions. Ce n’est pas notre faute, ce n’est la faute de personne si de telles choses se produisent. Mais il est de notre responsabilité de faire en sorte que cela ne se reproduise plus. Il ne s’agit pas de faire plus attention ou de porter une arme. La solution est de modifier notre législation, afin que les juges, les avocats, la police et les enquêteurs soient plus sévères. Parce qu’ici, les délinquants sont ceux qui font la loi. Personne ne fait rien pour que la situation change. Ce « je m’en foutisme » est courant au Costa Rica. Évidemment, si j’étais la fille d’un de ces juges, l’histoire serait différente et son dénouement aussi.

La blogueuse a reçu de nombreux messages de soutien, sous forme de commentaires sur son blog et sur Facebook où son témoignage a circulé.

Daniela López la félicite de son courage, commente qu’elle est une source d’inspiration et que leur pays a besoin de plus de personnes comme elle.

Certains lecteurs ont également saisi cette occasion pour partager leurs histoires. Catalina Orozco, par exemple, raconte qu’elle a été victime de violences sexuelles durant son enfance et explique pourquoi elle n’a jamais porté plainte :

Mon père biologique a abusé de moi depuis toute petite, jusqu’à ce que je tombe enceinte à 14 ans de mon fils, que j’aime infiniment. Mon avenir semblait très sombre, mais je ne me suis pas laissée abattre. J’ai décidé de garder mon enfant et aujourd’hui (9 ans plus tard), je suis fière de pouvoir dire que ma vie est lumineuse, remplie de joie et que je suis bien. Je raconte cela parce que rien n’est plus dérangeant que les personnes qui demandent pourquoi je n’ai pas dénoncé ce qui se passait. Est-ce ma faute si j’ai été violée, parce que je n’ai rien dit ?

Dans un commentaire, Lechuga indique que la lecture du billet de SohiadelSol lui a fait revivre sa propre expérience. Elle exprime aussi sa solidarité face à cette situation où certains montrent du doigt l’habillement des femmes, le fait qu’elles sortent dans les bars, qu’elles boivent et font confiance à des inconnus. Lechuga a porté plainte suite à son agression, mais rien n’a été fait :

Ma plainte n’a donné lieu à aucun suivie, elle est allée rejoindre d’autres histoires et dossiers sur une pile. J’espère que si vous décidez d’initier une procédure, celle-ci se passe mieux. Sois forte devant les policiers et fonctionnaires parce qu’ils sont très machistes. Sois courageuse, montre la grande femme que tu es…

Fernando Arias, écrit lui aussi que rien n’était de leur faute. Il prend également la défense des employés du système judiciaire. Il considère que changer les lois n’est pas la solution.

Je ne crois pas que changer les lois résoudra le problème. De plus, je dois défendre les travailleurs du système judiciaire. Ils ne sont pas responsables de tout ce qui se passe dehors, ils n’agissent pas non plus différemment selon les personnes prenant part aux procédures. Mais je vous transmets mon plus grand respect et toute ma considération. Je n’ai pas vécu d’expériences aussi traumatisantes, mais je sais ce que c’est que de se faire délester sous la menace d’une arme

Quant à SophiadelSol, elle termine ainsi :

Je suis une femme forte, je marche la tête haute. Rien ni personne ne me fera abandonner ma vie, mes rêves et mes objectifs. Je n’ai pas peur, je n’ai pas honte. Je suis la même que le mois passé, mais plus forte, plus décidée. J’ai vécu un cauchemar, mais je suis ici pour le raconter, pour que tous sachent que ce genre de choses se produit tous les jours. Aucun journal, aucune chaîne d’informations n’en parle et les raisons de ce silence ne m’importent pas. Ce que je souhaite en témoignant, c’est que personne ne vive la même chose que moi. Cela doit cesser !

 

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