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Espagne : Les Catalans continuent à faire campagne pour l'indépendance

Ceci est la suite à notre article de la semaine dernière, Les Catalans font bouger la rue et les réseaux pour la fête nationale

La semaine a été fertile pour la politique catalane. Mardi 11 septembre 2012, bien plus d'un million de manifestants étaient descendus dans la rue pour réclamer la sécession de la Catalogne d'avec l'Espagne, en ce qui fut le plus vaste rassemblement indépendantiste dans l'histoire de cette région. (Une impressionnante photo aérienne montre une marée orange recouvrant le centre de Barcelone, grâce à l'abondance des senyeres rouges et jaunes, le drapeau national catalan.)

La réaction du président catalan Artur Mas a été de publiquement endosser la contestation [en catalan], mettant la direction espagnole au défi de répondre, une décision qui a surpris après son ambiguïté sur le statut politique de la Catalogne tout au long de sa carrière. La déclaration de Mas marque la première prise de position officielle depuis 1936 d'un président catalan en faveur de l'indépendance d'avec l'Espagne.

Du côté des responsables espagnols, les réactions vont de la tiédeur au déni total. Le dirigeant socialiste espagnol Alfredo Pérez Rubalcaba a reconnu que des concessions politiques [en espagnol] devraient être faites en matière d'autonomie de la Catalogne, tandis que les chefs de la droite ont défendu que la manifestation de masse signalait le besoin pour l'Espagne d'un pouvoir central plus fort. Le Premier Ministre espagnol Mariano Rajoy a essentiellement esquivé l'affaire.

Pendant ce temps, les militants indépendantistes ont maintenu la pression sur les hommes politiques pour passer promptement de la parole aux actes. Sur le web, les internautes catalans continuent à déferler sur la blogosphère pour muscler leur position. Passage en revue de la semaine passée.

“Ceci est le cri de mon peuple”

Col·lectiu Emma et Help Catalonia, deux des blogs anglophones à la plus grande diffusion de la région, ont publié substantiellement, pour contrer préventivement toute tentative des média étrangers ou des politiques espagnols de minimiser le rassemblement de mardi dernier. Outre documenter des manifestations plus modestes de la diaspora catalane dans des villes comme Londres et New York, tous deux ont mis en ligne des articles ripostant au discours centralisateur chez le personnel politique espagnol.

Col·lectiu Emma a publié un article sous le titre “La poursuite du bonheur,” dans lequel l'auteur, l'économiste catalan Xavier Sala-i-Martin de l'Université Columbia, a usé d'une métaphore dérangeante pour décrire le discours centralisateur émanant de Madrid :

Les maris possessifs ont des réactions prévisibles lorsque leurs femmes demandent le divorce : ils font d'abord semblant d'être étonnés, puis ils nient les faits, aussitôt après refusent de signer les papiers, et pour finir, ils essayent de lui faire croire que la séparation la laissera sans ressources, et que sans lui, elle n'est rien.

Help Catalonia a publié une traduction en anglais des conclusions de Liz Castro mardi dernier, à son discours intitulé Escolta Espanya! ou “Ecoute, Espagne !”

Aucun peuple ne mérite le traitement que nous avons reçu de vous. Et pour cette raison, et dans des cas comme le nôtre, la communauté internationale reconnaît le droit à l'autodétermination. C'est à nous de l'exercer. Et c'est pour cette raison que nous nous réunissons ici aujourd'hui. Notre peuple a vu la naissance de la plupart des pays dans le monde moderne pendant que vous usurpiez notre souveraineté et annuliez nos constitutions. Nous avons vu comment vous créiez des identités artificielles tout en déniant la nôtre. Et qui plus est, nul ne peut nier le fait que nous avons été aussi résolus que constructifs, aussi patients que pragmatiques… Pour la première fois depuis des générations, la nation catalane avance avec fermeté, résolution et harmonie et d'un même pas vers un avenir neuf. Tel est le cri de mon peuple. Au revoir, Espagne.

Les blogs anglophones moins importants basés hors de Catalogne ont aussi contribué au retentissement de la semaine passée, ainsi Catalonia Direct, qui a décrit la manifestation de mardi comme un événement destiné à “mettre l'indépendance de la Catalogne à l'horizon.”

“Je suis un Catalan”

Sur Twitter, les utilisateurs indépendantistes ont gardé un haut niveau d'activité, même au milieu du bruit d'autres événements significatifs, comme le récent décès du dirigeant communiste espagnol Santiago Carrillo ou la démission de la présidente madrilène Esperanza Aguirre. #FreedomForCatalonia, #SpainIsPain et #CataloniaIsNotSpain restent en usage, aussi bien que #11s2012 et une multitude de mots-clics en catalan que nous avons énumérés dans l'article de la semaine dernière.

Cette activité intense a conduit Al Jazeera à créer une opération live stream avec un suivi en temps réel de Twitter et un débat avec modérateur entre les intellectuels connus Carla Ponsati et Carles Muntaner, ainsi que le militant devenu homme politique Alfred Bosch de la Gauche Républicaine de Catalogne (ERC).

En outre, #PauCasals a émergé en tendance en Catalogne, en référence au célèbre violoncelliste dont on se souvient plus communément sous la traduction espagnole de son prénom, Pablo. Deux ans avant sa mort, Casals avait fait un bref discours devant les Nations Unies, “Je suis un Catalan” (texte complet)[en anglais], pour essayer d'expliquer son identité nationale au monde — un événement qui a eu un retentissement majeur en Catalogne pendant les dernières années de la dictature franquiste et continue à résonner chez les avocats de l'indépendance catalane.

Action dans le monde réel

L'intense activité des blogueurs et des utilisateurs de Twitter s'est exercée en parallèle au mouvement hors-ligne, car militants et politiques ne sont pas restés les bras croisés depuis le rassemblement historique de mardi.

Encouragés mais pas tout à fait convaincus par le discours rhétorique séparatiste neuf dans l'élite politique de la Catalogne, les gouvernements ont pris les choses en mains. Pour faire presser le pas à Barcelone, une poignée de municipalités se sont proclamées [en catalan] territoris catalans lliures ou “territoires catalans libres” hors du champ de la constitution espagnole.

En même temps, les dirigeants de l’Assemblea Nacional Catalana (Assemblée Nationale Catalane ou ANC) [en anglais], le mouvement militant organisateur du rassemblement de la semaine dernière, ont prévu de se réunir [en catalan] avec Artur Mas dans les prochains jours pour faire avancer une stratégie politique concrète vers l'indépendance, et il semble devoir être réceptif.

“La Catalogne ne sera pas assujettie ou réduite au silence,” a dit le président catalan mercredi, après une rencontre improductive avec le Premier Ministre espagnol à Madrid.

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