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Russie : La remise en liberté d'une des Pussy Riot, motif d'indignation pour les démocrates ?

La semaine dernière, la Pussy Riot inculpée Ekaterina Samoutsevitch avait créé la surprise en changeant d'avocats pour adopter une nouvelle stratégie de défense dans la procédure d'appel en cours. A ce moment aucun consensus ne s'est fait parmi les blogueurs russes sur l'incident ou ses raisons. (Global Voices a relaté quelques-unes des hypothèses ici.) Il apparaît à présent que le pari d'E. Samoutsevitch a été gagnant. Elle a été remise en liberté après l'audience de hier, sa condamnation à deux ans de prison convertie en peine avec sursis. Les deux autres détenues du groupe, Maria Alekhina et Nadejda Tolokonnikova, n'ont pas eu autant de chance : le tribunal d'appel a maintenu leurs verdicts (il reste un recours, la Cour Suprême de Russie).

La défense nouvelle et couronnée de succès de Ekaterina Samoutsevitch reposait sur le fait qu'elle n'avait pas participé activement à la performance du groupe à la Cathédrale du Christ Sauveur, fait que de nombreux blogueurs avaient relevé la semaine dernière, mais qui semble toujours une information inattendue pour certains, qui ont donc contesté le raisonnement du tribunal. L'opposant et blogueur Ilya Iachine a tweeté [en russe] :

Самуцевич освободили, т.к. она была задержана охраной до акции #PussyRiot в ХХС и по сути не участвовала. Но тогда надо вообще оправдывать.

Samoutsevitch a été libérée, parce qu'elle était détenue avant l'action des #PussyRiot et action et n'a donc pu participer. Mais alors elle aurait dû être acquittée.

Et il n'en resta que deux. Les membres de Pussy Riot comparaissent pour faire appel de leur condamnation à deux ans de prison (1er octobre 2012), photo Maria Pleshkova, copyright © Demotix.

Des blogueurs ont laissé entendre que la “participation inactive” de E. Samoutsevitch n'était qu'un prétexte à la décision de la cour. Si elle a été remise en liberté, selon cette théorie, c'est parce qu'elle a choisi une stratégie de défense non-conflictuelle. Edouard Limonov, le chef d'Autre Russie, a blogué [en russe] :

Условный срок  для Смуцевич, – это благодарность ей за то, что она сменила адвоката. Одновременно это приговор против Виолетты Волковой,пощечина ей как профессионалу, которая  вела себя вызывающе-неумно, оскорбляла судью в некоторых случаях. Волкова превратилась фактически в революционно-оппозиционного трибуна, проигнорировав участь своей подзащитной.

Le sursis pour Smoutsevitch [sic], c'est le remerciement de son changement d'avocat. En même temps, c'est un verdict contre Violetta Volkova, une gifle à son professionnalisme, car elle s'est conduite de manière provocante, sotte, insultant à plusieurs reprises la juge. En fait Volkova s'est métamorphosée en oratrice opposante révolutionnaire, négligeant le sort de sa cliente.

Le publiciste Dmitri Olchanski écrit dans la même veine [en russe]:

Екатерину Самуцевич отпустили, потому что […] она отказалась от политических адвокатов, отказалась от политической войны с системой и в сущностном смысле попросила прощения у системы

Ekaterina Samoutsevitch a été relâchée parce que […] elle a renoncé à ses avocats politiques, renoncé à la guerre politique avec le système, et fondamentalement a demandé le pardon du système.

Pavel Tchikov, le président d’Agora [en russe], l'ONG de droits de l'homme qui représente à présent E. Samoutsevitch, d'accord avec le premier point d'Olchanski, a tweeté [en russe] :

Надо было биться за максимальный резонанс с жестким приговором либо за минимальную ответственность. Девушки выбрали первое, всё удалось.

Il fallait se battre soit pour un retentissement maximal et un verdict sévère, soit pour une responsabilité minimale. Les filles ont choisi le premier et ça a tout-à-fait réussi.

Pour autant, il a contesté [en russe] que E. Samoutsevitch ait jamais fait des excuses :

Хочу подчеркнуть — Катя Самуцевич вину в совершении преступления не признала, заявила, что никакого раскола в группе нет.

Je tiens à le souligner : Katia Samoutsevitch n'a pas reconnu sa culpabilité dans la commission du crime, elle a déclaré qu'il n'y a pas de schisme dans le groupe.

Il y en a qui ne croient pas E. Samoutsevitch. Pour ceux-là, la nouvelle décision de justice est un moyen pour le Kremlin de diviser le groupe punk et le mouvement contestataire, ou peut-être de s'en prendre aux avocats du groupe (Feyguine, Polozov, et Volkova), qui les défendent depuis le début de l'inculpation. Par exemple, le journaliste Tikhon Dzyadko a tweeté [en russe] :

По-моему, цель сегодняшнего решения-расколоть #PussyRiot и вылить побольше говна на тройку адвокатов.к закону это не имеет отношения.

Selon moi, le but de la décision d'aujourd'hui est de provoquer un schisme dans les #PussyRiot et de déverser un peu plus de merde sur le trio d'avocats. Cela n'a aucun rapport avec la loi.

Un de ces avocats, Nikolaï Polozov, est peut-être un peu trop pressé [en russe] de se poser en martyr :

Если властям мы настолько не любы и для освобождения Нади и Маши нужно пожертвовать статусом, я первый положу удостоверение адвоката на стол.

Si les pouvoirs nous détestent tant et que pour la libération de Nadia et Macha il nous faut sacrifier notre statut, je serai le premier à déposer ma licence d'avocat sur la table.

Bizarrement, certains blogueurs paraissent avoir plus de compassion pour les avocats que pour les deux Pussy Riot restantes emprisonnées :

я смотрела на лица адвокатов и реально рыдала…

J'ai regardé les visages des avocats et versé de vraies larmes…

raconte [en russe] la journaliste Alexandra Astakhova sur sa page Facebook. Réplique d'un commentateur [en russe] :

Главная их цель была дискредитация адвокатов — Самуцевич помогла, за помощь и освобождение.

Leur but principal était de discréditer les avocats -– Samoutsevitch a aidé, en échange d'aide et de remise en liberté.

Comme en témoigne cette dernière citation, certains dans cette disposition en arrivent à accabler la victime. Bien que la conduite d'E. Samoutsevitch semble tout à fait raisonnable, RuNet est rempli d'accusations à peine voilées qu'elle a d'une certaine façon “trahi.” Une des moins voilées pourrait-être celle du journaliste et professeur de philosophie Kirill Martynov, qui a écrit ce qui suit sur son compte LiveJournal [en russe] :

Екатерина Самуцевич получила свободу ценой оправдания российского суда и за счет дискредитации всей кампании в защиту Pussy Riot.

Ekaterina Samoutsevitch a gagné sa liberté au prix de la justification des tribunaux russes et du discrédit de toute la campagne de défense des Pussy Riot.

Une rhétorique aussi exagérée pourvoit aussitôt en munitions les critiques de l'opposition. Le personnage internet imaginaire Lev Charanski a résumé ce sentiment dans son tweet ironique [en russe] :

Все демократическая общественность до глубины души возмущена освобождением Самуцевич.

L'opinion publique démocratique est indignée jusqu'au fond de son âme par la mise en liberté de Samoutsevitch.

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