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Chine: Quand la police convoque les blogueurs “pour une tasse de thé”

La civilisation du thé est une grande tradition en Chine. C'est une forme d'art, un composant essentiel des réunions sociales. Et pourtant depuis environ cinq ans, les internautes chinois utilisent la formule : “Prendre une tasse de thé pour bavarder” ou bien : “Prendre un thé obligatoire” pour se référer aux interrogatoires des services de sécurité intérieure de la police. Ces “collations” sont devenues tellement  fréquentes que les internautes les considèrent comme leur quotidien habituel.

Green tea by mckaysavage (CC BY 2.0)

Thé vert , par mckaysavage (CC BY 2.0)

On peut inviter une personne à prendre le thé pour bien des raisons : les leaders d'opinion sur Internet, les gens qui écrivent ou qui hébergent une plate-forme sur le net pour les dissidents politiques, ceux qui partagent des informations sensibles provenant de sources non officielles, ceux qui signent des pétitions en ligne: tous sont fréquemment obligés de venir prendre le thé avec la police. La police convoque fréquemment les leaders d'opinion pour s'assurer du fait qu'ils se sont comportés de manière responsable dans le rôle de référent sur Internet.

Habituellement la police provoque ces “thés” par appels téléphoniques ou en passant directement sur le lieu de travail appelé en Chine “danwei” (單位 (abrégé de 工作单位 : gong zuo danwei : unité de travail). Ainsi, pour un étudiant ce sera la cellule du Parti Communiste Chinois de son université.

La police peut exploiter ces rencontres pour identifier des sources d'information, intimider les internautes, ou s'en servir dans le cadre d'une investigation sur un crime réel ou potentiel.

Identification de sources d'information.

Pendant cette séance de thé on peut demander aux internautes qu'il identifient précisément les sources des informations politiques et idéologiques qu'ils ont diffusées. En cas de refus de collaborer avec la police et donc de révéler leurs sources, ils peuvent se voir accuser de diffamation ou d'incitation au désordre public. Dans certains cas la police propose des incitations matérielles ou économiques aux internautes qui acceptent de devenir des indicateurs.

Intimidation des internautes

Ces conversations autour d'un thé peuvent aussi être un avertissement aux internautes, le signe qu'ils sont sur une liste de surveillance et qu'ils ont intérêt à faire attention à ce qu'il publient sur le net.

Début 2013, une polémique [en anglais] entre les éditeurs de presse et les censeurs du gouvernement à propos du quotidien très influent Southern Weekly [chinois] (L'hebdomadaire du Sud) a conduit beaucoup de leaders d'opinions d'internet, incluant l'ancien directeur de Google Kai-fu Lee [en anglais], la célèbre actrice taiwanaise Annie Yi Nengjing et le promoteur immobilier Ren Zhiqiang, à déclarer publiquement leur soutien à la liberté éditoriale de ce journal.

On leur a demandé, à tous les trois, de venir prendre un thé avec la police. Kai-fu Lee raconte [chinois] sur son microblog : “le thé a été très amer” et “à partir de maintenant je ne peux parler que du Nord, de l'Est ou de l'Ouest et seulement au sujet des jours de la semaine.” Une référence tacite au dominical Southern Weekly (Hebdomadaire du sud paraissant le dimanche).

Annie Yi Nengjing [anglais] a refusé de coopérer. Depuis, son contrat avec la chaine de télévision Dragon TV où elle animait le programme “China's Got Talent” [La Chine a du talent] a été résillé.

Investigation pour un délit “potentiel”

La police peut interroger un internaute en tant que témoin d'un crime ou comme suspect et tout ce qu'il dit sera enregistré. La police a convoqué pour une tasse de thé [chinois] @borderline_citizen_weibo (@邊民微博) en septembre 2012 après un article qui commentait le massacre du Mékong [en anglais] en 2011, au cours duquel des assaillants non identifiés ont assassiné l'équipage de deux cargos qui navigaient sur le fleuve. En se basant sur les premiers témoignages des principaux suspects et sur ses sources d'information personnelles, cet internaute avait écrit qu'il était persuadé que dans le passé le principal suspect, le parrain birman de la drogue Naw Kham [anglais] avait  conclu des accords secrets avec les militaires chinois et le personnel de la sécurité publique. Pendant l'interrogatoire, la police a évidemment exigé  de @borderline_citizen_weibo qu'il révèle ses sources sous peine de se voir mis en accusation pour incitation au désordre public.

 Stratégies à adopter pour “aller prendre un thé”.

Pour aider d'autres internautes à se préparer avant un rendez-vous avec la police pour prendre le thé ensemble, le leader d'opinion Wu Gan(@超級低俗屠夫)propose [chinois] quelques conseils :

1. Ne pas s'énerver, ne pas avoir peur.

2. Parler seulement de soi. Faire tout son possible pour ne pas donner d'informations concernant d'autres personnes.

3. Dire à la police que l'on croit en ce qu'on a fait et qu'on est prêt à en subir les conséquences.

4. Ne pas répondre de manière personnelle.

5. Ne pas les critiquer ou les humilier pendant ou après le thé.

6. Ne pas leur faire confiance, ne pas s'imaginer que l'on sera capable de les persuader de passer de son côté.

7. Si on ne veut pas coopérer avec eux, envisager de signer l’attestation de garantie. Ce document témoigne de la promesse d'un citoyen de suivre les instruction policières, ceci peut aller jusqu'à s'engager à ne plus écrire sur certains thèmes ou à ne plus aborder des sujets politiques sur internet. En théorie ce document n'est pas contraignant, on n'est pas obligé de faire tout ce qu'on a signé, mais…

8. Si on veut minimiser les risques il faut éviter de s'impliquer dans les problèmes locaux. Il faut s'intéresser à ce qui se passe dans d'autres provinces car elles sont hors de leur juridiction. La police de sécurité interne a une compétence strictement provinciale. Les procédures habituelles pour mener à bien des opérations dépassant les frontières de la province doivent passer par l'unité de la police locale (échelon hiérarchique supérieur) ce qui demande beaucoup de travail administratif….

9. On pourra essayer de faire pression sur les amis, la famille ou les supérieurs hiérarchiques. Il est donc important d'avoir une bonne communication avec son cercle social pour qu'il adhère à sa cause.

1 commentaire

  • Lulu

    j’ai une amie qu’on a invité pour prendre le thé, dans ces circonstances, elle est étudiante et avait participé a une réunion sur tianenmen! je lui ai fait parvenir l’article par capture d’écran! Il y a t’il d’autres conseils?

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